samedi 26 septembre 2020
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2020, l’année de la libra

2020, l’année de la libra

Facebook a promis de lancer cette année sa monnaie digitale. La libra sera la première monnaie créée par une entreprise privée.

Une vraie révolution dans un monde où les devises des États sont la clé de voûte des échanges monétaires. La libra se présente comme une crypto-monnaie, avec une ambition universelle très bien décrite dans son livre blanc : développer une infrastructure financière mondiale simple, au service de milliards de personnes. Les abonnés au réseau américain en seront les premiers usagers, et ils pourraient être rejoints par tous ceux qui trouveront un intérêt à utiliser cette nouvelle monnaie digitale. Par exemple, les migrants voulant réaliser des transferts, ou encore les habitants des pays ravagés par l’hyperinflation. Au Zimbabwe comme au Venezuela, la libra pourrait très vite se substituer avantageusement au bitcoin, car elle promet d’être stable. Pour cela, elle sera adossée à un panier composé des principales devises, pour moitié en dollar et pour le reste en euro, en yen et en livre britannique.

Cette monnaie numérique aura-t-elle vraiment tous les attributs d’une monnaie classique ?

Impossible à dire pour le moment, car le projet est encore flou. D’ailleurs le lancement, prévu au premier semestre, pourrait être repoussé de quelques mois. Facebook, et les entreprises associées, auront-t-ils les moyens d’assumer la convertibilité dans les devises mentionnées comme le prévoit cette stablecoin ? Ces entreprises n’ont pas a priori de réserves colossales comparables à celle des banques centrales. Facebook parviendra t-il à se plier à toutes les règles draconiennes qui encadrent les monnaies, pour éviter entre autre le blanchiment ? Enfin une monnaie sert aussi à atteindre des objectifs économiques par le biais de l’action des banques centrales, Facebook va-t-il s’arroger des pouvoirs équivalents, et pour en faire quoi ?

Une question inquiétante pour une entreprise déjà accusée de manipuler les opinions publiques. Ses questions nourrissent les critiques des autorités monétaires traditionnelles. Mais la réalité est autre : si la libra suscite l’adhésion des usagers, si on lui fait confiance, elle deviendra de fait une véritable monnaie. Et si les banques centrales font leur maximum pour empêcher son avènement, c’est bien parce qu’elles redoutent cette nouvelle concurrence, remettant en cause un monopole qu’elles exercent depuis des siècles.

Les banques centrales ont-elles vraiment l’intention de bloquer la libra ?

Elles cherchent surtout à gagner du temps, afin de rattraper leur retard sur cette monnaie virtuelle, qui avec ou sans Facebook, apparait aujourd’hui comme une évolution inéluctable. Beaucoup de pays rêvent de mettre au point leurs propres crypto monnaies pour évincer la libra. La Suède y travaille depuis des années. La Banque de France très hostile à la libra lancera cette année une expérimentation pour préparer la mise en route d’un euro digital. La Fed américaine s’y met aussi.  Elle est motivée par un projet de cryptomonnaie encore plus effrayant pour le dollar que celui de Facebook : par le projet chinois. La Banque centrale chinoise a un pilote dans ses cartons.

On dit que Tencent, le Facebook chinois, pourrait être mis à contribution pour les premiers tests grandeur nature. À plus ou moins brève échéance, la souveraineté monétaire chère aux États risque d’être balayée par l’éclosion de la libra ou de ses avatars. Et tout comme le franc a été l’un des ciments de la nation française, l’euro celui de l’Europe, le dollar celui des États-Unis, la crypto-monnaie qui saura s’imposer pourrait être la nouvelle monnaie à vocation planétaire.

rfi

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