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A Fukushima, Panasonic rêve à l’agriculture du futur

A Fukushima, Panasonic rêve à l’agriculture du futur
Dans la ferme-usine, le repiquage est automatique et les bacs de croissance sont manipulés, le long de rails, par un trieur.

Le groupe développe des fermes usines automatisées capables de produire des légumes-feuille avec un minimum de main-d’oeuvre.

En 1970, Panasonic a inauguré à Fukushima, une usine pour assembler ses postes de radio stéréo. Dans les années 80, en pleine splendeur de l’électronique japonaise, le site avait grandi pour accueillir la production de matériel vidéo et de lecteurs CD. Puis les délocalisations ont rogné sur l’activité des ateliers qui ont été endommagés, en 2011, par le tremblement de terre qui a détruit la centrale de Fukushima Daiichi. Mais l’usine n’a pas fermé. Elle se rêve désormais en laboratoire de l’agriculture du futur.

Au bout des couloirs du bâtiment, où sont encore assemblés des GPS automobiles, un panneau indique “l’entrée du champ”. Il faut alors se déchausser. Remettre une combinaison plastique, un masque chirurgical et une longue capuche de protection avant de pénétrer dans un sas de décontamination. “Il ne faut pas amener de microbes dans les récoltes”, souffle Matt Matsuba, de la division agricole du groupe.

Des rendements très élevés

Dans son “champ” intérieur, un hall fermé de 1.200 mètres carrés, le groupe a empilé sur cinq mètres de haut de longues étagères où sont plantées, sur substrat neutre et inerte, une trentaine de variétés de légumes-feuilles. Les laitues, épinards et autres batavias poussent hors-sol dans des bacs blancs trempant dans une solution nutritive sous des néons LED bleu et rouge. “Nous avons une lumière spéciale qui permet de mieux développer les goûts, certaines caractéristiques nutritives et d’accélérer la croissance des légumes”, explique Matt Matsuba, après la dégustation d’une laitue étonnamment sucrée.

Grâce à une batterie de capteurs et une maîtrise des températures, le groupe promet des rendements très élevés. “Et nous consommons 60% d’électricité en moins que les cultures au néon fluorescent”, insiste le cadre qui note que Panasonic détient la totalité des technologies nécessaires à cette forme de culture. “Avec ces solutions, nous pouvons répondre aux problèmes de réchauffement climatique, de pollution des sols et des eaux ou encore à la chute du nombre de paysans”, insiste Yukinori Matsumoto, l’un des responsables des développements technologiques.

Si Panasonic distribue déjà ses salades à des supermarchés de la région et vante ses légumes propres et sans pesticide auprès des professionnels de la restauration, il cherche surtout à vendre ses fermes clé en main. Une a déjà été mise en place à Singapour. “Le potentiel est énorme, particulièrement lorsque nous aurons atteint l’automatisation presque complète”, indique le cadre.

Pas besoin de “paysan” professionnel

Dans la ferme-usine, le repiquage est automatique et les bacs de croissance sont manipulés, le long de rails, par un trieur. Le groupe teste aussi un robot capable de transplanter, délicatement avec deux pinces, les minuscules pousses. “Avec seulement six employés, une ferme usine devient rentable en atteignant une production quotidienne de 200 kilos de salade”, a calculé Panasonic qui n’a pas besoin de “paysan” professionnel pour ses installations. Les salariés dédiés à sa ferme usine de Fukushima viennent de la division téléphonie mobile qui a cessé ses activités.

L’entreprise, qui continue de se restructurer, espère que ses concurrents se joindront au mouvement. “On en a besoin pour créer un vrai marché”, remarque un cadre. Mais Toshiba, un temps tenté par l’expérience, vient de fermer sa “ferme” de Yokosuka près de Tokyo. Et Sharp, tout juste racheté par Foxconn, semble hésiter à poursuivre l’expérience.

YANN ROUSSEAU
lesechos

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