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«A la BRVM, c’est le moment d’acheter»

«A la BRVM, c’est le moment d’acheter»

Les hausses records enregistrées à la Bourse régionale des valeurs mobilières ces dernières années ont atterri sur le bon vieux réflexe psychologique des marchés. Les investisseurs qui ont suffisamment valorisé leurs placements optent le plus souvent pour les prises de bénéfices. Au delà de la correction observée, la BRVM, nous rappelle Edoh Kossi Amenounve, a enregistré plusieurs introductions en Bourse. Le potentiel haussier est important, déclare le directeur général de la Bourse commune aux huit pays de l’UEMOA dans cet entretien exclusif.

quelles sont les perspectives de la rentrée 2017-2018?

Les perspectives de la BRVM, en termes d’IPO, s’inscrivent dans le cadre de ses objectifs à l’horizon 2020 qui sont de faire venir à sa cote, au moins 16 nouvelles entreprises. Cette ambition est partagée par l’ensemble des acteurs du marché qui œuvrent en toute synergie pour sa réalisation. Nous sommes d’ailleurs sur la bonne voie, si l’on se réfère à l’introduction en 2016, de quatre (4) nouvelles sociétés à savoir Bank of Africa Mali, Sucrivoire, Société Ivoirienne de Banque (SIB) et Coris Bank International, ce qui représentait l’année dernière, l’une des meilleures réalisations du continent. Pour l’année 2017, nous avons déjà eu deux (2) IPO devant aboutir à la cotation de deux (2) nouvelles banques. Il s’agit de NSIA Banque Côte d’Ivoire dont le processus d’introduction est presque achevé et d’Ecobank Côte d’Ivoire dont l’IPO a été réalisée le 27 septembre avec un niveau de souscription appréciable (222 %) en une journée. Ces opérations portent les nouvelles introductions à la BRVM à huit (8) pour les quatre dernières années soit la moyenne africaine qui se situe à deux IPO par an. A mi-chemin, nous sommes à la moitié de nos objectifs d’introduction à l’horizon 2020.

L’enseignement que l’on peut tirer de ces réalisations est que (i) la BRVM est devenue de plus en plus attractive mais essentiellement pour le secteur bancaire (6 sur les 8 IPO). Il faudra donc que les autres secteurs d’activités s’intéressent davantage à la BRVM. C’est le moyen privilégié pour financer la croissance de nos entreprises et rendre le secteur privé de l’UEMOA plus performant (ii) les investisseurs sont de plus en plus nombreux à rechercher les placements en bourse au regard des taux de souscription aux IPO. C’est la preuve d’une pénétration progressive de la culture boursière dans nos populations et surtout de leur volonté d’apporter leur contribution au financement de la croissance de nos pays. Il faudra mettre en face de cette épargne abondante plus de titres. C’est un appel aux entreprises de l’Union à profiter des opportunités offertes par la BRVM.

En dehors des IPO, les opérations de cession ou d’augmentation de capital (Further Offering : FO) se poursuivront de même que les opérations de fractionnement. Depuis le début de cette année, il y a eu 6 opérations d’augmentation de capital pour un montant total de 304 537 460 000 FCFA et neuf (9) sociétés cotées à la BRVM ont procédé au fractionnement de leurs titres, contribuant ainsi à accroitre la liquidité et l’accessibilité de leurs titres.

Quid des innovations attendues comme par le Compartiment PME et les mesures prises pour encourager les émetteurs?

Depuis quelques années, la BRVM s’est engagée dans d’importants chantiers et a entrepris d’innover en permanence pour développer ses activités.

Les principaux chantiers de la BRVM visent à accroitre l’offre de titres et à développer des produits adaptés au contexte de notre Union. Il s’agit notamment :

•de la création du Troisième Compartiment dédié aux PME et aux entreprises à fort potentiel de croissance ;

•du lancement des obligations ou de fonds de la diaspora et des Project Bonds ;

•de la création d’un Marché pour les ressources minières (Mines, Pétrole et Gaz etc.) ;

•du lancement des ETF (Exchange Traded Funds) ;

• de la mise en place des Prêts/Emprunts de titres ;

•de la création d’un Marché pour les entreprises à la recherche de capital de démarrage et les start-ups (Venture Capital).

La création du Compartiment des PME le chantier prioritaire de la BRVM avec un démarrage des activités prévu pour cette année. C’est un projet qui a pris du temps en raison des interactions nécessaires avec toutes les parties prenantes. L’ouverture de ce compartiment apportera une réelle contribution à la grande problématique du financement des PME de notre Union. Nous avons déjà plus d’une dizaine qui ont manifesté l’intention de se faire coter.

Compte tenu de la cible privilégiée que constituent les PME, il nous est apparu nécessaire de mettre en place des mesures d’accompagnement pour favoriser leur attrait vers ce compartiment. Cet accompagnement s’est traduit par la mise en place d’un Fonds qui servira à renforcer les capacités des émetteurs potentiels. Ce Fonds couvrira quatre volets à savoir : (i) la gouvernance et l’information financière, (ii) la revue juridique comptable et financière, (iii) l’élaboration du Plan d’affaires et à la valorisation, (iv) la préparation du dossier d’admission. Ces volets sont appuyés par le Programme Elite qui est un Programme international de renforcement des capacités développé par le London Stock Exchange. Ce programme a fait ses preuves sur plusieurs marchés financiers. La BRVM est en discussion avec ses partenaires pour une implémentation du Programme Elite dans l’UEMOA en liaison avec l’ouverture du Troisième Compartiment d’ici la fin de l’année 2017.

En ce qui concerne les innovations, certaines sont déjà en cours. Il s’agit des émissions « Flash Bourse » et le service SMS « Infos BRVM » pour le développement de la culture boursière et l’éducation financière, qui couvrent actuellement cinq pays de l’Union (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Niger et Togo), et seront progressivement étendues à l’ensemble des pays de la zone UEMOA. Nous avons pris l’option d’utiliser de façon intensive les nouvelles technologies dans le développement de la BRVM. A ce titre, des réflexions sont en cours sur la digitalisation de nos services, le Big Data, la BlockChain etc. Elles devront aboutir dans les trois prochaines années à des actions qui vont transformer complètement la BRVM pour les 20 prochaines années.

Quelles sont les mesures prévues pour l’animation du marché secondaire?

L’animation du marché secondaire reste une question cruciale pour la BRVM. C’est pourquoi, nous mettons tout en œuvre pour encourager les émetteurs à ouvrir leur capital au public et pour trouver de nouveaux investisseurs.

Les initiatives en cours portent sur deux volets essentiels. Il s’agit d’une part, de renforcer l’offre de titres sur le marché et d’autre part, de favoriser la demande de ces titres. Au titre de l’accroissement de l’offre de titres, les actions identifiées par la BRVM sont relatives à l’accroissement du nombre de sociétés cotées et la mise en place de nouveaux produits. Pour permettre la hausse du nombre de sociétés cotées, la BRVM s’attèle à (i) attirer de nouveaux émetteurs, (ii) se rapprocher des Comités de privatisation, (iii) encourager les Fonds de Private Equity à sortir par le marché, (iv) amener les Etats à prendre des décisions en vue d’une forte incitation à l’introduction en bourse de certaines catégories d’entreprises de l’Union. Concernant l’accroissement de la demande de titres, la BRVM cherche à : (i) améliorer la culture boursière dans l’ensemble de l’Union, (ii) trouver de nouveaux investisseurs potentiels y compris les étrangers et ceux de la diaspora, (iii) encourager le développement des OPCVM, (iv) inciter les banques à la commercialisation des valeurs mobilières, (v) intégrer des indices boursiers internationaux, (vi) favoriser la mise en place de produits d’épargne réglementés dédiés à la souscription des valeurs mobilières cotées à la BRVM (Plan d’Epargne Action (PEA), PEA-PME, Plan d’Epargne Retraite), etc.

Comment s’explique la correction observée à la BRVM depuis le début de l’année?

Sur les marchés financiers, les corrections sont généralement des baisses de cours venant interrompre une tendance haussière (relativement longue). Il s’agit d’une prise de bénéfices par les investisseurs qui ont déjà obtenu un rendement appréciable comme c’est le cas sur la BRVM depuis 2012 ( plus de 88 % de hausse cumulée en quatre ans). Cette correction (émission de 20 % de baisse des indices de la BRVM en deux ans) peut être plus ou moins accentuée par le contexte économique et social ainsi que les anticipations des investisseurs sur l’évolution future de la rentabilité des entreprises cotées.

Ce n’est pas un phénomène nouveau mais normal. Cette tendance baissière est bien souvent temporaire et comme le prescrit un des principes de base de la finance « C’est le moment d’acheter ».

Quid des avancées de la plateforme des Bourses africaines et ouest africaines en général ?

Les Autorités de la CEDEAO ont initié un Programme d’Intégration Régionale depuis plusieurs années. L’objectif visé est de favoriser une meilleure croissance des économies de la Zone par une meilleure interpénétration des économies concernées. Ce programme d’intégration comprend plusieurs volets dont l’intégration des marchés de capitaux de la CEDEAO (West African Capital Markets Integration – WACMI).

Le WACMI consiste à établir un lien entre les places boursières de l’espace CEDEAO que sont : BRVM, Ghana Stock Exchange, Nigerian Stock Exchange, Sierra Leone Stock Exchange et Cape Verde Stock Exchange. Dans ce cadre, les Autorités desdits marchés ont mis en place, depuis le 18 janvier 2013, le Conseil de l’Intégration des Marchés de Capitaux Ouest-Africains – West African Capital Markets Integration Council – (WACMIC).

Le WACMIC a pour principal objectif de créer un environnement réglementaire harmonisé pour l’émission et le commerce de valeurs mobilières dans la CEDEAO. A ce titre, le WACMIC est chargé de concevoir le cadre stratégique et gérer la mise en œuvre du processus qui facilitera la création d’un marché des capitaux intégré en Afrique de l’Ouest. Le WACMIC envisage conduire l’intégration des places boursières de la CEDEAO à son terme à l’horizon 2020, suivant un processus en trois phases.

Une étape majeure de l’intégration des marchés de capitaux a été franchie, en juillet 2015, avec la première transaction « cross-country » entre une société de Bourse du Ghana et du Nigeria grâce à un « Accès Sponsorisé ». Depuis lors, le WACMIC poursuit ses travaux pour la concrétisation des deux autres phases — notamment (i) la mise en place d’un passeport commun pour les courtiers, (ii) la mise en place de la plateforme de cotation commune avec un seul carnet d’ordre. Si cette bourse de la CEDEAO voit le jour, elle sera la deuxième en Afrique après la Bourse de Johannesburg.

En dehors du WACMI, il y a également le projet « AELP » (African Exchanges Linkage Project) initié à la fin de l’année 2015 entre la Banque Africaine de Développement (BAD) et l’African Securities Exchanges Association (ASEA). AELP a pour but d’accroître la liquidité des marchés de capitaux africains et de réduire la fragmentation des places africaines en favorisant des interconnexions entre les différentes Bourses. Ce projet qui réunit pendant sa phase pilote les Bourses de Johannesburg, de Lagos, de Casablanca, de Nairobi, de l’Ile Maurice et la BRVM est encore à sa phase de démarrage avec les travaux techniques qui sont en cours.

Adama Wade
financialafrik

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