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A Ouagadougou, les commerçants rouvrent la peur au ventre après l’attentat

A Ouagadougou, les commerçants rouvrent la peur au ventre après l’attentat

Près de trois jours après l’attaque du café-restaurant Aziz Istanbul, “la plus belle avenue de Ouagadougou” retrouvait son animation mercredi, mais c’est la peur au ventre que les commerçants rouvraient leurs boutiques.

Lundi, au lendemain du drame, et mardi, férié en raison du 15 août, l’avenue Kwame N’Krumah, principale artère de la capitale du Burkina Faso, était restée déserte.

“On a tous eu peur donc on n’a pas ouvert lundi. Après ce qui s’est passé, le moral est cassé. On vient ouvrir parce qu’on doit ouvrir, mais on a toujours peur”, confie à l’AFP Rodrigue Kaboré, 24 ans, responsable d’un magasin de fournitures bureautiques.

Sa boutique est située à une centaine de mètres du café Istanbul, où 18 personnes – Burkinabè et étrangers – ont été assassinées dimanche soir par des hommes armés de Kalachnikov et jihadistes présumés.

La circulation a repris tôt mercredi matin sur l’avenue, adresse de prestige où se trouvent les cafés et restaurants à la mode de la capitale burkinabè, les grands hôtels, les sièges des banques et de nombreux commerces.

Les petits stands de grillades, de vente de cigarettes et de mouchoirs en papier ont rouvert, comme les marchands d’arachides et de fruits. Les vendeurs ambulants poussent leurs chariots le long de l’avenue, des clients d’une banque font la queue devant la porte dès l’ouverture.

A l’agence Air Côte d’Ivoire, à une trentaine de mètres du café Aziz Istanbul, l’hôtesse de vente, qui préfère ne pas donner son nom, confie elle aussi avoir peur. “Mais on n’a pas le choix, il faut servir les clients”.

- ‘Découragés’ -

La circulation devant l’Aziz Istanbul a été rétablie, les gendarmes n’interdisant l’accès qu’aux abords immédiats du café.

Valentin Dotou, un tailleur de 38 ans qui travaille dans le coin, s’est arrêté sur sa mobylette pour regarder la scène du drame. “C’est horrible, c’est incompréhensible”, dit-il.

A côté de lui, Souleymane Douniré, un lycéen de 19 ans, est choqué. “C’est une catastrophe, ça fait peur, on est vraiment angoissé”.

C’est déjà sur l’avenue N’Krumah, à 300 mètres de là, qu’en janvier 2016 trois jihadistes avaient massacré 30 personnes, dont de nombreux étrangers, en mitraillant des cafés et un hôtel. L’attaque avait été revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Le Cappuccino, le bar-restaurant le plus touché en janvier 2016, n’a pas rouvert mercredi. Un ruban de tissu noir est accroché en travers de la double porte d’entrée, en signe de deuil, explique un vigile.

“On est découragés après cette nouvelle attaque”, reconnaît Saïdou Ilboudo, 56 ans, employé d’une pharmacie de l’avenue. “La fois passée, ça a été très dur. Les gens ne venaient plus, tout le monde avait peur. Les affaires avaient un peu commencé à remonter. Cette fois-ci, on ne sait pas ce que ça va donner”.

Mardi, Wadih Abi Saleh, le gérant d’une pâtisserie qui était le seul commerce ouvert, confiait son abattement. “On va rester ouvert un mois ou deux pour voir si les clients reviennent. Sinon, il est possible qu’on fasse autre chose”.

Selon une étude menée à Ouagadougou par l’Observatoire national du tourisme burkinabè, les recettes des hôtels, des cafés, des restaurants et des agences de voyage avaient brutalement chuté après l’attaque de 2016.

Dans les deux mois qui avaient suivi l’attentat, le chiffre d’affaires des hôtels avait plongé d’un tiers, celui des cafés et restaurants de 42% et celui des agences de voyages de 56%.

romandie

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