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Addis-Abeba : de la vulgarisation du dividende démographique

Addis-Abeba : de la vulgarisation du dividende démographique

À l’initiative conjointe du Bureau Afrique de l’Ouest et du Centre du Funap et de la représentation du Funap à Addis-Abeba, en collaboration avec la Commission de l’Union africaine, une rencontre a eu lieu, jeudi 26 janvier, en marge du Sommet de l’Union africaine, entre les responsables de ces institutions et les acteurs des médias autour du thème du «Dividende démographique».

L’agence des Nations unies en charge des questions de population, partenaire stratégique de l’Union africaine dans la mise en œuvre de la feuille de route sur le «Dividende démographique», a saisi cette occasion d’échange avec les médias pour non seulement sensibiliser les médias sur l’importance du thème de la 28ème session du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’union Africaine, mais surtout pour interpeller les médias à jouer pleinement le rôle de plaidoyer et accompagner la stratégie de vulgarisation en participant activement au processus de capture du dividende démographique.

Le panel constitué d’éminentes personnalités du Funap et de la Commission de l’Union africaine a, durant 1h30, exposé devant les journalistes conviés à cette rencontre les différentes approches stratégiques dans le contexte de la transition démographique en cours sur le continent. Le représentant du Bureau du Funap à Addis-Abeba, Serge Bounda, a spécifié dans son exposé la dimension capitale de l’examen du thème du sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine qui, pour la première fois de l’histoire de cette institution, a adopté, en janvier 2016, donc une année à l’avance, l’examen du thème qui sera soumis à leur plus haute attention cette année. Compte tenu du rôle primordial de la jeunesse dans le processus de développement et de transformation du continent, la question de l’investissement dans la composante jeunesse se révèle comme un des défis majeurs à relever pour l’ensemble des états africains. C’est dans cette optique que l’ambassadeur, Olawale Maitegum, le directeur des affaires sociales de la Commission de l’Union africaine, a expliqué aux journalistes que le dividende démocratique représente une opportunité unique pour le continent dans le cadre de l’accroissement de son potentiel économique en élaborant une stratégie productive d’investissement dans la composante jeunesse qui représente les 2/3 de la population africaine.

La théorie du dividende démographique se fonde sur le fait que l’Afrique a l’opportunité aujourd’hui d’émerger économiquement en partie grâce à l’impulsion du dividende démographique. En créant des conditions favorables à l’épargne et à l’investissement, le dividende pourrait donner un nouvel élan à la croissance, promouvoir l’innovation, offrir au continent un net avantage concurrentiel et lui permettre d’atteindre ses objectifs de développement.

Abordant la thématique à son tour, le responsable des questions politiques au sein du Bureau de liaison du Funap à Addis-Abeba a estimé que ce nouveau discours optimiste a désormais cours aussi bien dans les cercles académiques et politiques que ceux des médias et du grand public. Toutefois, de nombreuses questions subsistent quant à la matérialisation effective, l’ampleur, la distribution et les conditions de ce dividende.

Les «lions africains» suivront-ils l’exemple des «tigres asiatiques» en capturant les bénéfices potentiels de leur transition démographique? Ce dividende est-il une condition nécessaire, voire suffisante à l’émergence des pays africains? Quelle est son ampleur et quels sont les secteurs économiques et sociaux susceptibles d’être concernés? Le dividende démographique touchera-t-il équitablement tous les pays africains et toutes les couches sociales? Quelles sont les conditions à remplir et les politiques à mener pour capturer le dividende démographique?

Toutes ces questions tout comme les inquiétudes suscitées ici et là nécessitent l’apport objectif de tous. Et c’est dans ce contexte que les médias ont un grand rôle à jouer. En somme, il faut susciter une réflexion et une dynamique autour du dividende démographique en Afrique, afin de déterminer les orientations stratégiques devant permettre aux pays africains de bénéficier du dividende démographique.

Lors des échanges entre les journalistes et les panélistes, le porte-parole de la présidente de la Commission de l’Union africaine, Jacob Enoh Eben, a saisi cette occasion pour interpeller les médias africains à faire connaitre et valoriser la théorie du dividende démographique, de restituer les conclusions du sommet sur les premiers signes du dividende en matière de scolarisation en Afrique, d’intéresser les politiques, les décideurs, les chercheurs, les chefs religieux et coutumiers à s’approprier ce nouveau concept.

Notons qu’un quart environ de la population mondiale a aujourd’hui entre 10 et 24 ans. Les aspirations et les accomplissements de cette génération seront déterminants pour l’avenir de la planète. Par ailleurs, les taux de fécondité sont en baisse dans de nombreuses régions du monde. Un pays dans lequel la part des jeunes dans la population augmente et le taux de fécondité diminue peut récolter les fruits d’un «dividende démographique», un phénomène de hausse de la productivité économique qui se produit lorsque le ratio de la population active par rapport au nombre de personnes à charge s’accroît.

En outre, le Funap travaille avec des partenaires (notamment la société civile, les communautés et les gouvernements) pour encourager l’adoption de politiques propices à la réalisation de ce dividende. Ces politiques consistent notamment à améliorer l’accès à une éducation de qualité et à l’emploi, ainsi qu’à réaliser des investissements en faveur de la santé des jeunes, en particulier la santé sexuelle et reproductive. C’est en substance le message lancé aux journalistes par le directeur du bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Mabingué Ngome.

Le dividende démographique, selon le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), se définit comme l’avantage économique tiré d’une proportion relativement importante de personnes en âge de travailler au sein de la population, qui bénéficient d’investissements en faveur de leur autonomisation, de leur formation et de leur emploi.

Maîtriser la fécondité d’une part et investir dans la femme et la jeunesse pour leur autonomisation, d’autre part, telle est l’option proposée par le Funap. Et pour la maîtrise de la fécondité, les intervenants ont recommandé l’investissement dans la santé reproductive. Ils ont, en outre, relevé la nécessité pour les Etats d’investir dans l’éducation des jeunes et des femmes, dans leur santé, dans la lutte contre le chômage.

Cette rencontre a permis aux journalistes également d’être édifiés sur la stratégie globale de la mise en œuvre de la feuille de route de l’Union africaine sur le dividende démocratique. Cependant, les journalistes ont attiré l’attention des experts sur la question essentielle de l’application des décisions prises par les décideurs politiques et du respect des engagements dans le cadre multilatéral.

Rodrigue Fénelon Massala, Grand reporteur, Envoyé spécial à Addis-Abeba
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