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Africa Convergence 2018 : quatre recommandations accélératrices de la course vers l’émergence

Africa Convergence 2018 : quatre recommandations accélératrices de la course vers l’émergence
Passer d’une économie sous-développée à une économie prospère est un long parcours nécessitant l’élaboration, puis l’application méticuleuse d’un plan de développement, des programmes inclusifs et créateurs de valeur. A Dakar, des spécialistes réunis par la Conférence d’Africa Convergence 2018 ont identifié comme principaux accélérateurs de croissance : l’accès des populations aux services de base, à l’éducation ainsi que l’autonomisation des femmes et l’intégration africaine.

Le succès, le développement économique d’un pays est le résultat de l’application rigoureuse, sur le long terme, d’un programme préétabli autour d’axes prioritaires. A la Conférence d’Africa Convergence 2018, les panélistes ont mis l’accent sur quatre volets majeurs accélérateurs de croissance, à savoir l’autonomisation de la femme, l’intégration africaine, l’éducation et la formation qui entrent dans le cadre plus global de l’accès à des services de base (infrastructures sanitaires, moyens de transport, eau potable,…).

De ces points, la question de l’eau a cristallisé le débat. Le continent africain dispose d’environ 5 000 milliards de mètres cube d’eau dans ses nappes phréatiques, mais 320 millions de ses habitants sont privés d’eau potable. Améliorer l’approvisionnement en eau, l’assainissement et l’hygiène permettrait de réduire la charge de morbidité mondiale de 4%, selon l’OMS. L’enjeu est de taille pour le Continent, selon les experts participant à Africa Convergence qui ont souligné l’urgence de garantir à tous l’accès à l’eau potable.

L’eau, source de vie inaccessible

Sous le thème «Sueurs froides : le nouveau paradigme de l’eau», les panélistes n’ont pas hésité à sonner l’alerte. «4,5 milliards de personnes dans le monde, soit 60% de la population mondiale, ne disposent pas de services d’assainissement gérés en toute sécurité, chaque année. Le chiffre est effrayant : 1,8 million d’enfants meurent dans le monde parce qu’ils boivent une eau insalubre», s’indigne Fathallah Sijelmassi, diplomate, ancien secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée qui a rappelé que la plupart des victimes sont africaines.

Sur cette question de l’eau, Moubarack Lô, DG du Bureau de prospective économique du Sénégal dont le pays souffre de graves pénuries d’eau s’est voulu rassurant. «Aujourd’hui, l’ambition du gouvernement est d’assurer un service universel, de garantir à toutes les populations sur l’ensemble du territoire, l’accès à l’eau potable de qualité», a-t-il déclaré.

La fourniture en eau potable est un service de base dont la responsabilité incombe aux autorités publiques, du point de vue de Patrice Fonlladosa, CEO Veolia Afrique et Moyen-Orient. «On ne peut pas considérer les questions d’accès à l’eau sans les traiter du point de vue strictement local et des politiques publiques et locales. Nous, nous essayons au niveau du réseau ressources de trouver une méthode, une approcher qui permette l’accès à un plus grand nombre», a-t-il déclaré.

L’accès à l’eau est crucial pour des raisons de santé publique et d’assainissement : plus de 80% des eaux usées résultant des activités humaines retournent dans l’écosystème sans avoir été traitées ou réutilisées. Aussi, l’urbanisation galopante, le manque croissant de ressources hydriques expliquent la hausse de l’usage des eaux usées dans l’agriculture et l’aquaculture, selon l’OMS, alors que l’Afrique a besoin de ses hommes et femmes en bonne santé pour mener sa bataille vers l’émergence économique. Des hommes, mais surtout des femmes placées au cœur des débats. Dans le sillage de l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA), intitulé «L’avenir que nous voulons pour l’Afrique», les experts d’Africa Convergence ont souligné la nécessité de construire une Afrique où le développement est axé sur les populations, notamment sur le potentiel des femmes.

La femme pilier de la société africaine

«La lourde tâche que nous devons faire et qui pourra durer des décennies est de déconstruire ce qui ne fait pas du sens et de montrer des modèles de réussite de femmes africaines qui ont pensé hors du cadre, qui ont réussi et qui restent respectueuses des parties les plus importantes de leur culture», a préconisé Candace Nkoth Bissek, fondatrice de Black Roses Network. Ces modèles féminins ne manquent pas sur le Continent où les femmes s’imposent. Dans onze pays africains, les femmes occupent près d’un tiers des sièges au parlement et le Rwanda est le pays au monde ayant le plus de femmes parlementaires. Aussi, l’Afrique subsaharienne est la région détentrice du taux d’entreprenariat féminin parmi les plus élevés au monde : 25% des femmes y sont entrepreneurs, selon l’étude The 2014 Women’s Report, du Global Entrepreneurship Monitor (GEM). Un dynamisme à soutenir, d’après les intervenants de la conférence de Dakar.

«Je suis mentor d’un certain nombre de jeunes femmes, je les incite à devenir des actrices à part entière», confie Samira Khamlichi, PDG de Wafacash.

Même son de cloche du côté de Lamia Merzouki, DG adjoint à Casablanca Finance City, qui a insisté sur la prépondérance de l’éducation pour accompagner le dynamisme. «L’éducation est le premier facteur d’émancipation de la femme», a-t-elle souligné.

L’étape incontournable de l’éducation

Considérant l’éducation comme un outil de création de valeurs, Zouera Youssoufou, CEO de la F ondation Dangote a estimé qu’il est impossible de garder «le dialogue entre les élites bien éduquées, en bonne santé qui arrivent à prendre l’avion et une bonne partie de la population africaine qui manque de tout ; et qu’il faut penser aux gens qui ne font pas partie du discours de tous les jours».

Ces discours positionnent l’éducation comme une condition primaire pour sortir les pays africains de la pauvreté. Selon les données de l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU) publiées en 2018, environ 263 millions d’enfants, d’adolescents et de jeunes dans le monde -soit un enfant sur cinq- ne sont pas scolarisés. La pauvreté mondiale pourrait être réduite de moitié si tous les adultes achevaient leurs études secondaires, selon un document d’orientation de l’ISU et du Rapport mondial de suivi sur l’éducation (GEM) de 2017. Aussi bien dans le domaine de l’éducation que dans celui du développement d’autres services de base, l’intégration africaine est un élément catalyseur. Les panélistes ont lancé un appel pour une Afrique intégrée et unie politiquement, basée sur les idéaux du panafricanisme et sur la vision de la renaissance de l’Afrique, conformément à l’agenda 2063 de l’UA.

Le Maroc, acteur de l’intégration africaine

Le rôle joué par des pays comme le Maroc dans ce dynamisme en faveur de l’intégration du Continent a été salué. «Je trouve que Rabat fait modestement ce qui constitue la réussite du “soft power”», a déclaré Ahmedou Ould-Abdallah, président du Centre 4S. De la même manière, l’avantage compétitif du Maroc comme trait d’union entre pays africains et instigateur de l’intégration a été relevé.

«Le Maroc a cet avantage compétitif pour certaines zones où des liens historiques existent. Il a joué sur cela pour que l’on ait une diffusion très large de l’événement. C’est très clairement de l’intégration», analyse Christopher Dembik, responsable Monde de la recherche macro-économique chez Saxo Bank.

afrique.latribune

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