mardi 24 novembre 2020
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Afrique du Sud : effondrement spectaculaire de l’économie au deuxième trimestre

Afrique du Sud : effondrement spectaculaire de l’économie au deuxième trimestre

Le confinement a porté un coup dur au géant industriel du continent. En raison de la pandémie mondiale, le PIB du pays s’est contracté de 51 %, alors que l’économie était déjà fragilisée avant la crise.

Même si elle était prévisible, la nouvelle est un sévère « coup de poing dans le ventre », selon Stats SA : l’agence de statistiques sud-africaine vient de publier ses chiffres pour la croissance du deuxième trimestre ce mardi, et le PIB du pays a reculé de 51 % entre avril et juin 2020. Une chute colossale, liée à la mise en place à la fin du mois de mars d’ un confinement parmi les plus stricts du monde pour faire face à la pandémie de Covid-19.

Les frontières ont été fermées, et elles le sont toujours, seuls quelques services essentiels ont pu continuer de fonctionner, très peu de déplacements étaient autorisés, et la vente d’alcool et de cigarettes a été interdite.

Seule l’agriculture s’en sort

Ce plongeon est particulièrement rude pour les secteurs de la construction, de l’industrie manufacturière et des mines, avec un recul de l’activité qui dépasse les 70 %. Seul le secteur de l’agriculture est parvenu à s’en sortir, avec 15,1 % de croissance. L’activité a depuis repris, mais « des industries clés ont été au point mort, ce qui a pu provoquer pas mal de dégâts du côté de l’emploi » avertit Kevin Lings, économiste pour le gestionnaire de fonds Stanlib. Alors que le taux de chômage atteignait déjà les 30 % avant l’apparition du coronavirus, « on ne sait pas encore exactement combien d’entreprises ont dû mettre la clé sous la porte. Relancer l’économie va donc être une tâche très difficile, et la confiance est sévèrement en berne », poursuit l’analyste.

Un pays déjà en récession

Si le cas de l’Afrique du Sud n’est pas unique, avec par exemple une forte contraction du PIB des Etats-Unis au deuxième trimestre (-32,9 %), ces nouveaux chiffres mettent à genoux une économie déjà mal en point. Le pays est entré en récession fin 2019 , et au premier trimestre 2020, le PIB avait déjà reculé de 1,8 %. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), il faut prévoir sur l’année un possible recul de l’activité de l’ordre de 8 %, du jamais vu depuis la Grande Dépression.

Sans compter que les finances publiques sont dans le rouge, avec une dette qui devrait s’établir à 81,8 % du PIB d’ici à la fin de l’année fiscale, selon le ministre des Finances. Enfin, les compagnies publiques, comme la compagnie nationale d’électricité Eskom qui doit à nouveau avoir recours aux délestages cette semaine, sont au bord de l’effondrement.

« Il est maintenant temps que nous agissions pour replacer l’Afrique du Sud fermement et rapidement sur le chemin de la croissance », a réagi le président Cyril Ramaphosa après la publication de ces chiffres. « On ne peut pas continuer comme avant. Nous devons utiliser ce moment de crise pour construire une nouvelle économie, et libérer le véritable potentiel de l’Afrique du Sud. »

La solution des infrastructures

Mais pour Claude Baissac, dirigeant du cabinet Eunomix, le mal est profond, et cette chute vertigineuse met en lumière les problèmes structurels de l’Afrique du Sud : « Le pays n’a plus de fondements économiques durables. C’est une économie creuse, qui n’a pas de pilier, et la crise du Covid-19 ne fait qu’accélérer l’éviscération du secteur productif de l’Afrique du Sud, et son remplacement progressif par le chômage de masse. »

Moins pessimiste, l’économiste Kevin Lings croit au potentiel du grand programme d’investissement dans les infrastructures porté par le président sud-africain. Une centaine de projets sont prêts à être développés, et des promesses d’investissements ont déjà été engrangées. « Cela peut aider à soutenir l’emploi. Ce sont des industries qui ne nécessitent pas beaucoup d’importations, et où le secteur privé est prêt à investir. De cette façon, on peut espérer regagner un peu de croissance », explique-t-il. Mais la convalescence pourrait prendre du temps : le PNUD estime que le pays pourrait mettre cinq ans à se relever d’une telle crise, avec le risque, entre-temps, d’une explosion de la pauvreté.

lesechos

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