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Afrique du Sud plombée

Afrique du Sud plombée

À Pretoria, les scandales succèdent aux scandales, sapant chaque semaine un peu plus l’autorité du président Jacob Zuma et aggravant par ricochet les incertitudes sur l’économie sud-africaine, la deuxième du continent derrière le Nigeria. Parmi les derniers en date, l’affaire Gupta.

Des représentants de cette riche famille d’origine indienne auraient tout bonnement proposé à des hommes politiques des postes de ministre grâce à leurs liens étroits avec Jacob Zuma. Fin 2015, un autre épisode extravagant avait provoqué la stupéfaction des 53 millions de Sud-Africains, et pas seulement. Jacob Zuma décidait sans préavis de congédier son ministre de l’Économie Nhlanhla Nene, plutôt respecté mais, selon les commentateurs, pas assez docile.

Pour le remplacer ? David van Rooyen, un député proche du chef de l’État et sans expérience. Devant la levée de boucliers et l’inquiétude sur les marchés que cette nomination surprise provoqua, Jacob Zuma décidait, dans la panique, trois jours plus tard, le départ de l’impétrant et son remplacement par Pravin Gordhan, un vieux routier bien connu des milieux internationaux, qui fut déjà ministre de l’Économie. Entre-temps, le rand qui se traîne à des plus bas historiques avait joué au yo-yo. Et la notation souveraine du pays se rapprochait un peu plus de la catégorie « junk bond » (spéculative), là où se côtoient déjà deux autres géants déchus des émergents, le Brésil et la Russie. Mais l’affaire la plus sérieuse pour le président Zuma reste celle de son ranch de Nkandla, aménagé aux frais du contribuable pour 20 millions de dollars, piscine et poulailler compris.

La semaine dernière, la justice l’a condamné à rembourser en partie ces dépenses. Ce qu’il s’était bien abstenu de faire, malgré une injonction d’une instance de médiation. Plus grave, le juge a estimé en creux que Jacob Zuma avait violé la Constitution. L’opposition, l’Alliance démocratique (centre droit) et les Freedom Fighters (extrême gauche), le parti de Julius Malema, ont annoncé le lancement d’une procédure de destitution. Si le contexte est différent, toute comparaison avec la situation du Brésil est hautement appropriée. Comme le géant de l’Amérique latine, l’Afrique du Sud est entrée dans un vortex, dont nul ne voit la sortie.

Et ce, à l’un des pires moments qui soit. Plombée par la déprime des matières premières, la crise chronique du secteur électrique et l’indécision politique, la croissance ne devrait pas dépasser 0,7 % cette année, selon le FMI, dans ce pays qui affiche pourtant l’appareil productif le plus développé du continent. Car tout n’est pas pourri dans le géant de l’Afrique australe, son industrie automobile vient ainsi de boucler, avec 615 658 véhicules assemblés, une année record. C’est tout le paradoxe sud-africain.

Pierre-Olivier Rouaud
usinenouvelle.com

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