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Afrique du Sud : pourquoi l’industrie minière s’inquiète

Afrique du Sud : pourquoi l’industrie minière s’inquiète

Le secteur craint que l’incertitude politique ne fasse fuir les investisseurs. La nouvelle charte minière cristallise les désaccords avec le gouvernement.

Pour le secteur minier sud-africain, c’est un nouveau coup dur… même si ce n’est pas une surprise. L’abaissement par Standard & Poor’s de la note de la dette du pays en catégorie spéculative, lundi soir, était redoutée par cette industrie emblématique de l’économie d’Afrique du sud.

Vendredi, la Chambre des mines, qui représentent 90 % des entreprises du secteur, dont le géant Anglo American, avait ainsi publié un communiqué dans lequel elle se disait « profondément inquiète » après le limogeage « étrange et difficile à comprendre » du ministre des Finances, décidé par le chef de l’Etat, Jacob Zuma, dans le cadre d’un vaste remaniement ministériel. « Les événements des derniers jours ont mis l’Afrique du sud sur la sellette et risquent d’être dommageables pour notre note de crédit », avertissait cette organisation de poids. « Il est difficile de gagner la confiance des investisseurs, mais facile de la perdre, poursuivait-elle, avant d’ajouter : A ce stade, l’industrie minière pense que ces changements vont conduire à l’instabilité et limiter la confiance des investisseurs. »

Ces commentaires ne font que refléter les tensions de plus en plus vives entre une industrie minière sud-africaine qui se porte mal depuis longtemps et des autorités locales divisées, qui font face à une fronde grandissante. Un document cristallise les désaccords : la nouvelle charte minière, dont l’adoption annoncée en avril 2016 se fait attendre. Le ministre des Mines avait assuré début février que le nouveau code serait mis en oeuvre prochainement, mais la date prévue pour sa promulgation, fin mars, est désormais passée sans qu’aucune publication officielle n’ait été faite.

Le texte, déjà révisé à maintes reprises, fait encore l’objet de discussions, a indiqué récemment le ministère. Le texte doit notamment promouvoir l’émancipation économique des Noirs, alors que les Blancs (qui représentent 8% de la population) contrôlent encore amplement l’économie du pays, vingt-six ans après l’abolition de l’apartheid. La charte prévoit entre autres que 26% au minimum du capital d’une société minière soit détenue par des Sud-Africains noirs, et non plus, comme c’est le cas jusqu’à aujourd’hui, par des Sud-Africains « considérés comme historiquement désavantagés ». Cet objectif, plus précis, en particulier préoccupe la Chambre des mines, qui le juge complexe à atteindre.

« Toute embellie risque d’être éphémère »

En attendant, l’incertitude qui entoure la nouvelle charte fait peur aux investisseurs, estiment les analystes spécialistes du secteur. Dans un rapport publié la semaine passée, BMI Research, une filiale de l’agence de notation Fitch Ratings, indique ainsi que, « même si la hausse des prix du fer et de l’or ont amélioré les perspectives pour les majors dans le pays, l’incertitude politique autour des conditions définitives de la charte et un contexte global de baisse des investissements en Afrique du Sud feront que toute embellie du secteur risque d’être éphémère. »

C’est pour cette raison, sans aucun doute, que le directeur général d’Anglo American, Mark Cutifani, cité par le « Financial Times », avait début février décrit les mois à venir comme « les plus importants pour l’industrie minière sud-africaine en 150 ans ».

Muryel Jacque, Les Echos

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