jeudi 23 mai 2019
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Agrobusiness : des banques et des fonds d’investissement au service de la «révolution»

Agrobusiness : des banques et des fonds d’investissement au service de la «révolution»
Au-delà de la précieuse prise de conscience du potentiel africain, le monde de la finance -pourtant resté longtemps réticent- joue de plus en plus un rôle clé dans le boom en cours de l’agrobusiness. Inclinaison face à un impératif incontournable ou choix stratégique ?

«Une entreprise a deux fois plus de chances de réussir lorsqu’elle a bénéficié d’un financement ». En empruntant ces termes à l’expert français en financement d’entreprises Marcel Deruy, on peut aisément dire que sans un engagement conséquent des banques et fonds d’investissement, l’émergence d’un secteur économique aux entreprises fortes serait difficile. Et si c’était la raison pour laquelle l’agrobusiness -en dépit du potentiel du Continent en la matière- a pris tant de temps à émerger comme une puissante source de prospérité telle que présentée récemment ?

Depuis son accession à la présidence de Banque africaine de développement (BAD) en 2015, l’ex-ministre nigérian de l’Agriculture Akinwumi Adesina s’est fait le chantre d’une Afrique prospère via l’agrobusiness. Ainsi, la BAD a fait de ce secteur l’un des principaux bénéficiaires de ses financement. Depuis, plusieurs études et initiatives ont été mises en place au bénéfice des PME et grands groupes africains porteurs de projets d’envergure. De même, la Banque mondiale, par le truchement de son entité dédiée au secteur privé, s’est engagée à investir 2 milliards de dollars dans les entreprises du secteur à compter de 2018.

Le sursaut des banques

Tout cela a permis de mettre en évidence le potentiel de ce secteur et pousser le monde de la finance à approfondir la recherche sur les solutions de financement les mieux adaptées à l’écosystème régional. Le fait est tel que les banques commerciales à travers le Continent, longtemps restées réticentes, s’ouvrent peu à peu faisant même parfois la promotion de leur implication dans un secteur d’avenir. Si cela semble s’être imposé comme un incontournable pour les entités financières souhaitant se positionner pour l’avenir du Continent, ces dernières qualifient généralement la tendance de « choix stratégique ».

« L’agriculture et l’agrobusiness en particulier font face à plusieurs besoins en financement : le financement des investissements ; le financement du fonds de roulement ; et le financement d’une combinaison en investissement et en fonds de roulement », nous explique Richard Chedjou, directeur de la recherche et l’investissement chez le groupe Afriland First Bank qui finance l’agrobusiness dans sa dizaine de filiales en Afrique centrale, de l’Ouest, de l’Est et australe.

« Cependant, analyse-t-il, le financement de ces besoins se heurte à de nombreuses difficultés parmi lesquelles l’absence ou l’insuffisance de couverture à partir du moment où les promoteurs n’ont pas toujours les garanties exigées pour couvrir les crédits sollicités ou encore la maîtrise des revenus d’exploitation, etc. ».

Private equity à fond

Ces difficultés, les fonds d’investissement en sont conscients. Cela ne les empêche pas pour autant de se positionner très clairement. L’année dernière, Phatisa -un important fonds d’investissement basé à Maurice avec des bureaux en Afrique du Sud, au Kenya, en Zambie et en Côte d’Ivoire- a déjà levé 120 millions de dollars et prépare deux nouvelles levées prochainement afin d’atteindre son objectif de 300 millions de dollars d’ici fin 2019. Ces sommes seront en majorité affectées, entre autres, à la production de volaille et de viande, la transformation des aliments, les produits de grande consommation, la logistique ou encore la distribution, selon son management.

A côté de cela, plusieurs autres entités se mobilisent, comme Sahel Capital en Afrique de l’Ouest. De même, l’African private equity and venture capital association (AVCA), traditionnellement tournée vers les investissements dans les infrastructures, reçoit de plus en plus d’organisations dédiées au financement privé de l’agrobusiness.

Toutefois, cet engouement n’est qu’à ses débuts, puisque les entreprises opérant dans l’agrobusiness se plaignent encore du niveau de collaboration du monde financier, particulièrement celui des banques. C’est le cas notamment de cet entrepreneur qui, alors qu’il exerce en Afrique, a réussi après moult efforts à obtenir au Maroc, le financement qui a réussi à propulser sa startup.

Ristel Tchounand

afrique.latribune

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