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Air France-KLM, quand le PDG évoque le scénario du pire

Air France-KLM, quand le PDG évoque le scénario du pire

Largement reconduit ce jeudi à la tête d’Air France-KLM, Alexandre de Juniac a déclaré aux actionnaires que la “survie des compagnies européennes sera remise en cause à moyen terme sans mobilisation de l’ensemble des parties prenantes du secteur”. Il a également promis une “dure tourmente” pour le groupe.

Largement reconduit ce jeudi à la tête d’Air France-KLM avec 94,21% des suffrages exprimés, Alexandre de Juniac a tenu, en assemblée générale, des propos alarmistes sur l’avenir du transport aérien européen. Pour la première fois, il a évoqué l’hypothèse de la disparition des compagnies européennes, et donc d’Air France-KLM, la plus fragile des Majors du Vieux continent. Certes, les propos sont destinés à faire bouger les autorités sur la nécessité de donner un coup de pouce au groupe aérien, mais ils ne sont pas dénués de fondements si rien ne bouge.

«Nous allons demander des efforts importants à nos salariés chez Air France et chez KLM. C’est nécessaire si nous voulons améliorer la performance économique et la compétitivité de l’ensemble du groupe. Ceci dit, les efforts ne produiront tous leurs effets et recueilleront la pleine adhésion de notre personnel que si nous avons également autour de nous la mobilisation de l’ensemble des acteurs du secteur aérien. Nous demandons donc à l’ensemble des parties prenantes, les pouvoirs publics, l’aviation civile, les aéroports, le système aérien, de contribuer, comme nous allons le faire, à la réussite et à la compétitivité de l’activité sinon, j’insiste, en Europe, s’il n’y a pas une mobilisation de tous les acteurs concernés, la survie des compagnies aériennes, sera un jour et à moyen terme remise en cause».

Un scénario du pire déjà mis en exergue en 2013 par le rapport sur le secteur piloté par Claude Abraham (ancien directeur de la DGAC), intitulé “les compagnies européennes sont-elles mortelles?”, puis un an plus tard par le rapport du député Bruno Le Roux.

Invité en juillet 2014 au Paris Air Forum, organisé par La Tribune, à débattre avec Alexandre de Juniac, Claude Abraham n’avait pas exclu à terme le passage de trois à deux grands groupes européens soit par des prises de contrôles entre eux ou par des groupes étrangers.

Alexandre de Juniac cherche donc à faire bouger les choses sur le plan réglementaire. Il demande des mesures sur le plan national, européen et international pour pouvoir lutter contre une concurrence renforcée, notamment celle des compagnies du Golfe.

Dialogue social

Pour autant, ce soutien règlementaire ne doit pas selon Alexandre de Juniac “exonérer” le groupe des efforts à mener.

«Je ne vous ai promis aujourd’hui un avenir serein. Je vous ai promis une dure tourmente et des mesures d’adaptation qui doivent être courageuses et vigoureuses», a indiqué le PDG d’Air France-KLM, en rappelant la nécessité du dialogue social pour bâtir le plan Perfom 2020.

Alors que la direction entend proposer ses mesures en septembre-octobre, les négociations sont au point mort à Air France. La situation est en effet bloquée avec le syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) qui ne veut toujours pas finaliser les mesures du plan précédent, Transform, clos fin décembre. Selon Frédéric Gagey, PDG d’Air France, les pilotes ont tenu seulement moins de 70% des engagements pris dans le plan précédent, contrairement aux personnels au sol et aux hôtesses et stewards qui ont rendu intégralement la copie.

«Nous espérons que le SNPL signera les modifications de la convention pour mettre en œuvre les 5 à 6 dernières mesures que nous avons identifiées (qui permettront de finaliser Transform, ndlr), c’est une question d’équité et de respect des engagements pris», a indiqué Frédéric Gagey.

L’enjeu est de taille. Car les autres catégories du personnel ne s’engageront pas sur de nouvelles mesures tant que les pilotes n’auront pas fini Transform 2015 et s’engagent sur de nouvelles mesures dans le nouveau plan. Vu la guerre des postures entre la nouvelle équipe à la tête du SNPL qui s’est faite élire sur des positions dures face à la direction et le management de la compagnie qui ne fera rien qui puisse être interprété comme une faiblesse vis-à-vis des pilotes, le dialogue de sourds peut durer encore longtemps.

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Fabrice Gliszczynski
latribune.fr

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