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Alexandre Andlauer : « L’Opep a bien plus d’impact que Trump sur les cours du brut »

Alexandre Andlauer : « L’Opep a bien plus d’impact que Trump sur les cours du brut »

Interview
Quel est l’impact de l’élection de Donald Trump sur les marchés pétroliers ?

Pour les acteurs du secteur aux Etats-Unis, c’est une véritable bouffée d’oxygène. Alors que la perspective d’une élection de Clinton les inquiétait, celle de Trump devrait à l’inverse provoquer un regain d’activité. Le futur président républicain a promis de réduire la réglementation et les taxes dans les Etats pétroliers comme le Dakota du Nord, ou de relancer les projets de pipelines, qui permettront de fluidifier les marchés en Amérique du Nord. On ne sait pas encore précisément ce que Donald Trump fera, mais, dans leur ensemble, ces mesures réduiraient sensiblement les coûts de production du brut aux Etats-Unis : j’estime les gains correspondant autour de 7 dollars le baril d’ici trois ou quatre ans. Certaines productions vont ainsi redevenir rentables.

De la même façon, alors que de 20 à 30 % des terres qui appartiennent à l’Etat fédéral sont aujourd’hui interdites à la fracturation hydraulique, les zones de production du pétrole de schiste pourraient être étendues.

Prévoyez-vous un nouvel afflux de pétrole de schiste américain, qui pèserait sur les cours du baril ?

L’impact de ces mesures sur la hausse de la production aux Etats-Unis restera relativement limité, car c’est d’abord le niveau des cours qui conduit les acteurs à produire davantage, ou pas. Selon mes estimations, le gain en compétitivité lié aux mesures Trump pourrait représenter un surplus de production annuelle de 300.000 barils par jour (b/j) de brut en 2018 et, au maximum, de 500.000 b/j en 2020. A comparer avec la production mondiale : 92,5 millions de barils par jour (Mb/j).

Mais l’élection de Donald Trump pourrait aussi avoir un impact sur la production ailleurs dans le monde. Compte tenu de ses bonnes relations avec Vladimir Poutine, on peut penser qu’il lèvera les sanctions pétrolières sur la Russie, qui touchent notamment la technologie sur le pétrole de schiste. Or la Russie détient d’immenses réserves : la levée des sanctions lui permettrait d’accroître son potentiel de production à horizon de cinq ans.

A l’inverse, Trump avait affirmé qu’il reviendrait sur l’accord conclu avec l’Iran, qui a permis à Téhéran de bénéficier de la levée de l’embargo sur ses exportations pétrolières. Pour l’instant, toutefois, les experts s’accordent à penser que la remise en question de cet accord est peu probable, car les Etats-Unis n’ont rien à y gagner.

Pourquoi les cours du brut ont-ils perdu plus de 10 % ces dernières semaines ?

L’Opep a bien plus d’impact que Trump sur les cours ! Après les espoirs suscités par l’accord surprise d’Alger fin septembre sur une réduction de la production, les marchés ont réagi en fonction de ce qu’ils savaient des discussions en cours entre producteurs. Après une phase d’optimisme, le scepticisme a dominé, et les cours ont chuté alors que les opérateurs pensaient que les discussions étaient interrompues, pour rebondir mardi sur une information contraire. Le renforcement général du dollar pèse également sur le cours du brut.

Croyez-vous un accord possible à Vienne le 30 novembre ?

Il semble impossible que les pays de l’Opep se mettent d’accord sur des quotas de réduction par pays. Personne n’y croit. En revanche, le cartel sait qu’il ne peut pas revenir sans « deal » comme à Doha, car cela relancerait la guerre des parts de marché. Or j’estime à environ 1 Mb/j la capacité non utilisée : la production pourrait grimper encore, et les prix s’effondrer. Pour éviter ce scénario catastrophe, on risque donc d’avoir des demi-mesures, où seuls quelques pays comme l’Arabie saoudite, le Koweït ou l’Algérie s’engageraient à réduire leur production.

A. F., Les Echos

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