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Algérie : le géant émergent d’Afrique du Nord résiste au marasme pétrolier

Algérie : le géant émergent d’Afrique du Nord résiste au marasme pétrolier

La chute des cours d’hydrocarbures engourdit la croissance de l’Algérie, quatrième puissance économique du continent africain et gros exportateur de pétrole. Mais, appuyé par ses investisseurs étrangers, le pays résiste au marasme et tente de se diversifier.

Un sous-sol riche en pétrole et surtout en gaz et des moyens économiques croissants : les années 2000 avaient bien commencé pour l’Algérie et ses 40 millions d’habitants. Jusqu’en 2015, les hydrocarbures ont assuré au pays une prospérité et une stabilité grandissantes, lui permettant d’épurer sa dette extérieure et de se constituer de solides réserves financières. Le secteur contribuait alors à 35 % du PIB. Une part considérable du modèle économique algérien qui n’a pas tardé à montrer ses limites.

« Une certaine prudence »

Aujourd’hui, entre le ralentissement des exportations d’hydrocarbures et le vieillissement des champs pétroliers, il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre les raisons du coup de frein à l’enthousiasme du climat des affaires algérien. Pas de panique généralisée, mais, comme le soulignent la plupart des observateurs locaux, “une certaine prudence” se remarque chez les investisseurs potentiels.

En effet, le coup de frein aux exportations de pétrole et de gaz se traduit cette année par une baisse des dépenses publiques de 9 % et une réduction des subventions. Un coup dur pour une économie qui, justement, s’était abritée des tensions sociales au moment du Printemps Arabe grâce aux dépenses publiques et au soutien à la consommation.

Le pays dispose encore du PIB par habitant le plus élevé d’Afrique du Nord. Mais, pour cette force économique encore sous exploitée, il est grand temps de se réinventer, notamment en favorisant les exportations à forte valeur ajoutée. D’où un nouveau modèle de croissance économique qui vise à prélever de meilleures recettes fiscales en misant sur des investissements dans des secteurs porteurs comme l’agro-industriel, les énergies renouvelables, les services ainsi que l’économie numérique et l’économie de la connaissance.

Des initiatives pour doper l’économie

Pour tenter de doper l’économie, les autorités algériennes se sont notamment tournées vers les petites et moyennes entreprises (PME), avec une série d’initiatives fiscales et de réformes pour encourager la croissance de ces structures. Selon certaines estimations, les PME compteraient pour 95 % du tissu productif algérien.

Le résultat de la stratégie gouvernementale est donc observé avec attention par les investisseurs étrangers. Car, parallèlement, le pays souffre de ses maux traditionnels. Selon le FMI dans ses consultations de 2016, “l’ampleur de la bureaucratie et la lourdeur des procédures administratives” persistent à nuire à l’environnement commercial algérien. De ce fait, les autorités, soucieuses d’y remédier et d’encourager les efforts de diversification de l’économie, ont récemment modifié le code de l’investissement. Les démarches administratives pour les investisseurs ont ainsi été simplifiées, ce qui a allégé la lourdeur de la bureaucratie sur les projets du secteur privé.

Récemment, les observateurs étrangers ont également noté une marge de manœuvre pour l’assouplissement potentiel de la règle des 51 %-49 %. Cette réglementation, selon laquelle la majorité du capital des sociétés étrangères basées en Algérie doit être détenue par la partie algérienne, est toujours en place, mais elle pourrait être prochainement modifiée.

Investissements étrangers au beau fixe en Algérie
Usine-Renault-algerie

Autant de signes interprétés positivement. La Banque mondiale classe l’Algérie à la 156ème place sur 190 pays dans son rapport « Doing Business 2017 » pour la facilité d’y faire des affaires, soit une amélioration de sept places par rapport à l’année précédente.

Ce meilleur score est dû à la réduction du capital minimal exigé pour le lancement d’une entreprise, au raccourcissement des délais nécessaires à l’obtention d’un permis de construire, à une plus grande transparence dans les tarifs de l’électricité ainsi qu’à une réduction de la taxe sur l’activité professionnelle. L’Algérie est cependant largement devancée par ses voisins régionaux, le Maroc (68ème place) et la Tunisie (77ème place).

Cela n’empêche pas les entreprises étrangères de s’implanter dans plusieurs secteurs clés, à commencer par l’industrie pharmaceutique. Le domaine est en effet porteur, alors que le gouvernement algérien insiste sur un objectif de quasi autosuffisance en produits pharmaceutiques. Projet emblématique de cette démarche, l’usine de Sidi Abdallah a requis 85 millions d’euros d’investissement de la part de Sanofi et créera l’an prochain 130 nouveaux emplois directs. Cette usine, qui s’ajoute à deux autres unités de production de Sanofi Algérie, fera de cette filiale la plus importante du groupe français sur le continent africain.

Dans le secteur automobile, le constructeur allemand Volkswagen est devenu récemment le troisième groupe à installer une usine de montage en Algérie après le français Renault en 2014 et le sud-coréen Hyundai en 2016. La construction de l’usine Volkswagen, à 300 kilomètres à l’ouest d’Alger, représente un investissement de plus de 170 millions d’euros pour un site qui produira jusqu’à 200 véhicules par jour.

Toute la question est de savoir si ces efforts de diversification assistés par les investissements étrangers auront un impact suffisamment rapide. La Banque mondiale a noté que “la possibilité de mécontentement social qui résulterait de la baisse des dépenses du gouvernement et de l’augmentation des impôts pose un risque pour l’Algérie”.

La jeunesse cherche sa place
Jusqu’à présent, le pays a résisté aux pics de violence qui ont été observés chez certains de ses voisins. Mais il prête aussi le flanc à des accusations de corruption, de népotisme et de résistance à la modernisation qui ont fini par entraîner des troubles sociaux dans les pays voisins.

Il y a également la question de la sécurité et du terrorisme. En mars 2016, trois ans après le grave incident de In Anemas qui avait causé 67 morts, une nouvelle attaque a décidé BP et le norvégien Statoil à retirer leurs employés du pays. L’Algérie a aujourd’hui le plus gros budget de défense africain et dépense une grande partie de ses ressources à protéger ses frontières sud de la menace des groupes islamistes. Le pays a aussi considérablement accru ses forces de police. On dénombre actuellement un policier pour 187 habitants.

Dans cette relative accalmie et tout en espérant mieux, l’Algérie vit au jour le jour. Sa société évolue lentement, loin des stéréotypes du passé. En 2016, en dépit de l’opposition de groupes conservateurs, une nouvelle loi a pris effet pour sanctionner de 10 à 20 ans d’incarcération les violences envers les femmes.

Mais, alors que 46% des Algériens ont moins de 25 ans, sa jeunesse demeure la grande perdante du ralentissement de l’économie. Le taux de chômage des jeunes de 16 à 24 ans tourne officiellement autour de 27 % et une grande partie de la jeunesse des villes occupe un à deux emplois partiels irréguliers. Le secteur informel constitue toujours un pan considérable de l’économie algérienne, en dépit des efforts de l’ANSEJ (Agence Nationale de Soutien à l’Emploi des Jeunes) dont 92 % des promoteurs de projets financés ont moins de 35 ans.

C’est néanmoins dans cette atmosphère qu’à Alger et dans les grandes villes du pays, une nouvelle génération se réveille. Elle commence à investir l’économie avec des start-up ou bien le monde de l’art et de la culture par le biais d’associations ou de collectifs. L’émergence d’artistes plasticiens et de talents qui s’affirment dans le street art ou encore le graphisme symbolise cette bouffée d’oxygène pour une jeunesse créative qui rêve de plus en plus de participer à un renouveau du pays.

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