samedi 26 septembre 2020
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Allemagne-Afrique : le programme Compact with Africa à la peine

Allemagne-Afrique : le programme Compact with Africa à la peine

Deux ans après son lancement, le programme Compact with Africa n’a pas obtenu les résultats flamboyants qu’on en attendait. Cela dit, tout n’est pas perdu.

Juillet 2017. À l’occasion de la présidence allemande du G20Angela Merkel lance le programme Compact with Africa, en partenariat avec la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque africaine de développement (BAD). Objectif : attirer et rendre plus importants les investissements privés en Afrique, y compris en matière d’infrastructures. Une sorte de partenariat par lequel les investisseurs accèdent à de nouveaux marchés qui en se développant généreraient des emplois en Afrique. Un partenariat gagnant-gagnant, donc, qui réduirait la tentation de la migration des Africains vers l’Europe. Sa deuxième édition, qui s’est déroulée cette semaine à Berlin avec 12 chefs d’État du continent*, a été l’occasion de faire un premier bilan. Et, de l’aveu même d’Angela Merkel, il est plutôt mitigé. « Certaines choses ont commencé à bouger, mais je ne veux pas brosser un tableau trop positif, a-t-elle avoué lors de son discours. Nous avons encore des problèmes à résoudre, notamment la sécurité dans le Sahel et la croissance démographique. »

Des obstacles persistants

Des points qui, d’après la chancelière allemande, freinent les investisseurs. Pour l’économiste Robert Kappel, auteur d’une étude commandée par la Fondation Friedrich-Ebert sur le projet, le constat est sans appel. « Les investissements dans les pays du Compact with Africa n’ont pas augmenté », déplore-t-il. Autre déception, les montants des investissements directs étrangers (IDE) « sont restés stables », d’après le rapport de suivi des investissements de Compact with Africa (CwA) pour la période 2014-2018. Et c’est vrai que les IDE dans les 12 pays concernés ont à peine augmenté entre 2017 et 2018, pour atteindre 21 milliards de dollars par an. Un chiffre inférieur à celui de 2016. En cause, d’après l’étude, « un contexte mondial plus difficile et des perspectives de croissance globalement faibles ». Mais c’est surtout la difficulté des acteurs privés à se faire une place dans le secteur des infrastructures qui rend la tâche difficile. Pour la Fondation Friedrich*Ebert, si « les investissements privés à long terme dans les infrastructures africaines sont restés déficients », c’est parce que « l’investissement public et l’aide concessionnelle » ont encore la préférence des dirigeants africains en tant que « principales sources de financement ». Malgré les efforts des pays africains en matière de réformes – certains sont parmi les plus réformateurs au monde en matière de climat des affaires –, les obstacles à l’investissement sont donc encore nombreux. La situation refroidit notamment les potentiels investissements allemands, et ce, malgré l’augmentation des échanges avec l’Afrique, en hausse de 8,5 % au premier semestre 2019. Car aujourd’hui, seules 800 entreprises à capitaux allemands sont actives sur le continent. Et, selon une étude de l’Institut Allensbach, à peine 5 % des autres entreprises du pays envisagent d’y faire des affaires. Pour rétablir la confiance, « une plus grande transparence en Afrique est essentielle », a appelé Angela Merkel à Berlin.

Changer la manière d’aider avec un nouveau programme

Au-delà, afin d’inverser la tendance, l’État allemand entend se servir de nouveaux outils. « Le ministre fédéral de l’Économie, Peter Altmaier (CDU), et le ministre du Développement, Gerd Müller (CSU), ont annoncé le lancement d’un nouveau programme d’aide, intitulé Africa-CIRR. L’idée est de proposer « des prêts allant jusqu’à 85 millions d’euros et des taux d’intérêt fixes », relève le journal allemand Zeit. Une initiative qui s’ajoute à celle prise par Angela Merkel l’année dernière, à savoir la création d’un fonds d’investissement d’un milliard d’euros engagé par Berlin pour soutenir des projets d’entreprises allemandes et africaines. Une décision destinée à booster l’élan constaté de la part de l’Allemagne pour l’Afrique en 2018, « année record pour les investissements allemands », a fait savoir le président de l’association africaine des entreprises allemandes, Stefan Liebing, dans une interview à l’agence de presse Reuters.

Tout espoir n’est pas perdu

Cela dit, pour rappel, selon le ministère des Affaires économiques, les entreprises allemandes auraient investi en 2018 près de 2 milliards d’euros dans les pays africains. Ces investissements allemands, ajoutés à ceux des autres membres du G20, sont dirigés principalement vers quatre pays : l’Égypte, le Maroc, l’Éthiopie et le Ghana. Le Caire est le principal récipiendaire des fonds, avec 6,8 milliards de dollars d’IDE reçus et/ou annoncés, suivi du Maroc, à 3,6 milliards. Des sommes obtenues grâce à « l’amélioration de la stabilité macroéconomique et aux nouvelles réformes prises en matière de climat des affaires », affirme le rapport de suivi. L’Éthiopie, « qui s’est lancée dans un vaste programme de réformes, incluant le secteur financier, les télécommunications et l’énergie », n’est pas en reste, avec 3,3 milliards de dollars.

En ce qui concerne les secteurs privilégiés par les financiers, celui de l’énergie est le plus plébiscité. Suivent ensuite la construction et le secteur manufacturier. « La chimie, l’hôtellerie et le tourisme ont également attiré une part importante des investissements, reflétant des engagements forts à long terme et une focalisation sur la modernisation des infrastructures et la poursuite de l’industrialisation de la région », peut-on lire dans l’étude. De quoi ne pas condamner le programme Compact With Africa, qui ne devrait pas manquer de se bonifier au fur et à mesure des ajustements.

lepoint

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