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Alliance avec Moscou : Paris pose ses conditions

Alliance avec Moscou : Paris pose ses conditions

Hollande se rend ce jeudi en Russie pour obtenir des engagements de Poutine. La rencontre n’est qu’une première étape, temporise l’Elysée.

Au Kremlin, l’étape de jeudi soir du marathon diplomatique de François Hollande risque de se terminer sans vraie avancée. Car elle devrait buter sur les mêmes divergences politiques qui, avant les récents attentats contre la Russie et la France, ont rendu difficile tout accord avec Vladimir Poutine sur la Syrie. Le contexte est plus tendu depuis qu’un avion russe a été abattu mardi par la chasse turque . Le chef du Kremlin avait réagi en parlant « d’un coup de poignard dans le dos » qui aurait de « sérieuses conséquences». Les présidents français et russe devraient se retrouver tête-à-tête avant un dîner élargi aux ministres des Affaires étrangères et de la Défense. « Il n’y aura pas de résultat spectaculaire. C’est le début d’une longue séquence », temporise t-on dans les coulisses françaises de la rencontre. « Des coordinations techniques, oui. Mais pas de coalition politique. Les points de vue sont trop différents », prévient pareillement Fedor Loukianov, expert russe bien connecté avec le Kremlin.

Les échanges de renseignements se sont déjà intensifiés

Toutefois, les échanges de renseignements se sont déjà intensifiés entre Paris et Moscou. Sur le plan militaire, les dispositifs ont été mis en place pour coordonner les frappes aériennes russes et françaises en Syrie. Après les discussions entre les deux chefs d’état-major des armées, qui n’avaient plus eu de contact depuis le début de la crise ukrainienne, les navires russes en Méditerranée sont désormais en liaison avec le porte-avions français Charles-de-Gaulle. Mais cette coopération ne signifie pas un rapprochement et encore moins une répartition organisée des cibles en Syrie. A la grande surprise des diplomates français, l’ambassadeur russe à Paris a évoqué, mercredi, un possible état-major commun. Mais c’est illusoire tant que les avions russes continueront de frapper d’autres cibles que les bases de l’Etat islamiste.

Une « coopération pratique »

Pour Paris comme Washington, c’est une ligne rouge alors que Moscou « dit tout et son contraire », s’agace un diplomate français. L’Elysée n’envisage pas d’étapes supplémentaires dans cette coopération sans réel engagement du Kremlin sur trois points : fin des bombardements de Damas, allié historique du Kremlin, sur sa population civile ; recentrage des frappes aériennes uniquement sur les bases de Daech ; processus politique menant au départ du président syrien Bachar Al Assad.

Fermer la frontière turco-syrienne

Sergei Lavrov, le ministre des Affaires étrangères, qui a d’abord parlé de « coopération pratique », a ensuite prôné une « coalition » à condition que les Occidentaux cessent de demander le départ d’Assad. Il a par ailleurs appuyé la proposition de François Hollande de fermer la frontière turco-syrienne pour bloquer le passage de djihadistes. Au risque de piéger les candidats à l’exil.
« Une vraie coalition est de toute façon d’autant moins possible que les Américains n’accepteront pas d’être dans une coalition qu’ils ne dirigent pas », rappelle Arnaud Dubien, de l’observatoire franco-russe à Moscou. Au-delà des déclarations, l’étape du Kremlin devrait donc se conclure loin de ses ambitieux objectifs initiaux. Après avoir rencontré Barack Obama, Angela Merkel et Matteo Renzi, François Hollande va terminer son tour diplomatique dimanche avec Ban Ki Moon, Justin Trudeau et Xi Jinping, avec cette fois la COP21 dans le viseur.

BENJAMIN QUENELLE / CORRESPONDANT À MOSCOU
lesechos.fr

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