dimanche 20 septembre 2020
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Allô Afrique, ici Bretton Woods !

Allô Afrique, ici Bretton Woods !

Avant les dernières décisions sur le moratoire de la dette des pays pauvres, Banque mondiale et FMI avaient envoyé des signaux d’approche. Récit.

Début avril, la Banque mondiale a précisé sa mobilisation et notamment une « aide rapide » de 14 milliards de dollars afin de renforcer l’action des pays en développement face à la pandémie de Covid-19. En agissant vite, elle espérait bien que ces pays pourraient se relever plus rapidement. « Le Groupe de la Banque mondiale prend des mesures rapides et de grande envergure pour réduire la propagation de Covid-19 et nous avons déjà des opérations d’intervention sanitaire en cours dans plus de 65 pays », a précisé son président, David Malpass.

Cette aide d’urgence devrait être étendue. Il faut dire que les défis que pose la pandémie de Covid-19 sont colossaux, tant sur le plan sanitaire, économique que social. Afin d’aider les pays à protéger les populations pauvres et vulnérables, soutenir les entreprises et favoriser le redressement de l’économie, la Banque mondiale a prévu de fournir jusqu’à 160 milliards d’engagements au cours des 15 prochains mois.

Intervention d’urgence

Une première série de soutien d’urgence a concerné 25 pays dont 11 africains de la part de r la Banque mondiale. L’objectif est de faciliter l’accès aux fournitures médicales indispensables en intervenant après des fournisseurs pour le compte des gouvernements. Cette réponse d’urgence a notamment prévu de fournir du matériel de laboratoire, d’améliorer les systèmes de surveillance et la formation du personnel en première ligne. Cela passe par la mise à disposition des gants, masques et respirateurs portables, mais au vu de la course mondiale aux masques que se livrent tous les grands pays, avec surenchères au pied de l’avion, détournements de cargaisons et transports sous escorte, il est légitime d’avoir du mal à imaginer comment les pays africains vont pouvoir s’approvisionner correctement. L’aide d’urgence a consisté également à accompagner les pays dans l’installation de soins dédiés et la mise en place de système de veille sanitaire et de renforcement de la recherche médicale.

L’accès à ces aides s’est fait via un mécanisme de financement accéléré dédié à la crise du Covid-19. Sur ces premières opérations, la Banque mondiale a déjà alloué 270 millions pour 11 pays africains (1,9 milliard au total). « Le cas de la République démocratique du Congo illustre l’éventail de l’aide : dépistage précoce du virus et recherche des personnes contacts, mise en place d’un cordon sanitaire pour limiter la propagation à partir de la capitale du pays, ou encore déploiement à grande échelle de campagnes d’information. À terme, ces nouveaux financements sont prévus pour aussi permettre de rénover et équiper les principaux centres de soins primaires afin qu’ils puissent fonctionner dans le respect indispensable des normes de lutte contre la pandémie », a détaillé la Banque mondiale. Le pays a bénéficié d’une aide de 47,2 millions de dollars. D’autres décaissements, sur le même mécanisme, sont prévus pour plus de 40 pays.

Redéploiement et soutien à l’économie

Dans l’ensemble des régions du monde, la Banque mondiale s’est employée à redéployer des ressources au sein de ses projets en cours, pour un montant global de 1,7 milliard de dollars, à travers des processus de restructuration, d’activation des composantes d’intervention d’urgence et des dispositifs de financement conçus pour les catastrophes, y compris les pandémies. Enfin, un programme économique de plus grande envergure qui pourrait mobiliser jusqu’à 160 milliards de dollars au cours des 15 prochains mois est prévu par la Banque mondiale.

L’appui aux entreprises, afin de limiter les conséquences économiques et les pertes d’emploi passe au sein du groupe Banque mondiale, par la Société financière internationale (SFI), la branche en charge de l’appui au secteur privé. Celle-ci a, pour sa part, mobiliser 8 milliards de dollars. Son objectif : lancer des investissements rapides dans quelque 300 entreprises et institutions financières.

Le FMI aux avant-postes

Pour sa part, le Fonds monétaire international avait annoncé dès le 4 mars, mettre à disposition une ligne de crédit 50 milliards de dollars pour lutter contre la pandémie. Sur ces 50 milliards, 10 milliards pourront être prêtés à taux zéro, au titre de la Facilité de crédit rapide (FCR) et remboursables sur dix ans. « Ces sommes seront prêtées en fonction de quatre facteurs que sont la solidité du système de santé, la vulnérabilité aux chocs de prix, la dépendance aux exportations de matières premières et enfin la marge de manœuvre budgétaire de l’État », a précisé Kristalina Georgieva, directrice du FMI, ajoutant que l’Afrique subsaharienne serait « prioritaire » dans le processus.

Une vingtaine de pays africains avaient déjà réclamé des lignes de crédits auprès du FMI. Et pas seulement les plus pauvres. Le Ghana, qui aspire au statut de pays émergent, en a fait la demande, mais aussi l’Afrique du Sud. L’institution a déjà approuvé un soutien à Madagascar de 166 millions de dollars, au Togo de 97 millions et au Rwanda de 109,4 millions. Ce mois-ci, neuf demandes sont en cours d’examen, celles du Gabon, de la Tunisie, du Tchad, du Sénégal, du Ghana, du Niger, du Burkina Faso, du Cameroun et de la République centrafricaine.

Esprits critiques

Cette mobilisation si rapide n’est pas sans arrière-pensées. Une flambée de la pandémie en Afrique, dans un temps décalé, anéantirait les efforts faits dans les pays déjà frappés par la pandémie avec un risque d’une deuxième vague d’infection et le retour au confinement et à l’arrêt de l’économie.

Des inquiétudes sont aussi nées face à une montée de l’endettement en général, et en particulier pour les pays africains. Une centaine d’organisations et d’ONG, dont Oxfam et Save The Children, ont demandé aux institutions de Bretton Woods de passer à une étape supérieure, c’est-à-dire « annuler immédiatement le remboursement et le paiement des intérêts pour le restant de 2020 pour les pays qui sont le plus dans le besoin ».

Cette position n’est pas si éloignée de celle prônée par le directeur du département Afrique du FMI, Abebe Aemro Selassie. Ce dernier a précisé, auprès de l’agence Bloomberg, qu’il espérait que les gouvernements, y compris la Chine, respecteraient les appels du FMI et de la Banque mondiale à suspendre les paiements de la dette bilatérale des pays les plus pauvres du monde, faisant observer que le FMI a déjà commencé à alléger la dette de certains pays africains pour leur permettre de dépenser davantage pour les soins de santé.

Finalement, le G-20 s’est prononcé, 15 avril, pour un moratoire d’un an sur la dette pour les pays les plus pauvres. « Nous applaudissons la décision du G-20, de donner une suite favorable à notre appel », se sont félicitées dans une déclaration commune les deux institutions financières, promettant aussi qu’elles « agiront sans délai pour répondre à la demande que (leur) fait le G‑20 d’appuyer cette initiative en collaborant étroitement avec ces pays de manière à tirer le meilleur parti de cette bouée de sauvetage. Nous avons plaidé en faveur de cette initiative liée à la dette et nous sommes déterminés à prendre toutes les mesures possibles pour venir en aide aux populations pauvres. »

Même si les réunions de printemps des institutions de Bretton Woods ont permis d’envoyer des signaux de compréhension de la complexité de la situation, le doute n’est pas permis que l’immensité des besoins sera difficile à satisfaire et que les crédits alloués seront jugés insuffisants.

lepoint

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