dimanche 08 décembre 2019
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Ambition Africa – Mossadeck Bally : « Les entreprises françaises en Afrique, c’est une voiture qui avance avec le frein à main »

Ambition Africa – Mossadeck Bally : « Les entreprises françaises en Afrique, c’est une voiture qui avance avec le frein à main »
Cette année, le forum Ambition Africa a réuni plus de 1.700 personnes au ministère de l’Economie et des Finances pendant 48 heures de rencontres et de débats de haut niveau pour redynamiser une relation en demi-teinte entre l’Hexagone et l’Afrique. Et certains intervenants ne mâchent pas leurs mots, à l’instar de Mossadeck Bally, le PDG du groupe Azalaï.

« On a reconstruit notre maillage pour une montée absolument indispensable » en Afrique, a introduit Christophe Lecourtier, le directeur de Business France, qui organisait les 31 et 31 octobre derniers, la seconde édition d’Ambition Africa, réunissant de nombreux directeurs d’entreprises africaines et françaises, à Bercy. « L’Afrique, parce que c’est vous, parce que c’est nous » a poursuivi Jean-Baptiste Lemoyne, le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, soulignant que 2020 serait l’année du continent avec le Sommet de Bordeaux qui se tiendra au printemps prochain mais également à travers la saison culturelle Africa 2020.

Le rendez-vous business de l’Afrique à Paris, sous le Haut-patronage du président Emmanuel Macron, a bénéficié de partenariats prestigieux comme Nexans, la Société Générale, Orange, Bolloré Transport & Logistics, JC Decaux, Sanofi, Engie, Orascom, Engie, Brussels Airlines, Eranove, l’AFD ou encore BPI France.

De nombreux chefs d’entreprises avaient fait le déplacement dont Bruno Mettling, le Président d’Orange Afrique et Moyen-Orient, Philippe Heim, Directeur Général délégué de la Société Générale, Samba Bathily du groupe ADS ou encore Mossadeck Bally, fondateur d’Azalaï, aux côtés de ministres, de bailleurs et de représentants d’institutions internationales comme Rémy Rioux, DG de l’Agence Française de Développement (AFD), Stéphanie Rivoal, Secrétaire Générale du Sommet Afrique-France 2020, Robert Ahomka-Lindsay, ministre du Commerce et de l’Industrie du Ghana ou Mariama Camara, ministre de l’Agriculture de Guinée… On a également pu croiser Lionel Zinsou, ancien Premier ministre du Bénin et Cellou Dalein Diallo, le candidat guinéen aux prochaines présidentielles (ndr : tandis que le président Alpha Condé était également à Paris), néanmoins, c’est l’arrivée du très influent Tony Elumelu qui a constitué le temps fort de cette seconde édition.

Au total, ce sont quelques 1200 entreprises dont 500 africaines, qui étaient représentées la semaine dernière à Paris, qui demeure un hub incontournable du business africain.

Voir « le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein » ?

Après une baisse significative des exportations françaises vers le continent en 2015 et 2016, elles se sont stabilisées à 25,5 Md€ en 2017, l’Afrique du Nord étant destinataire d’environ 60 % de l’ensemble de ces exportations. Une dynamique nouvelle est notable vers les locomotives anglophones de l’Est du continent (ndr : +70% depuis 2014 pour un montant de 2.4Md€ en 2017 selon Business France). Toutefois, il est difficile de faire oublier que l’Afrique n’est destinataire que de 5,5 % des exportations françaises, contre 11% au début des années 2000. « Quand on regarde les chiffres, on peut y voir le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein » a tenu à relativiser Jean-Baptiste Lemoyne. « Les exportations ont baissé mais le marché a été multiplié par 4. Si l’on voit le verre à moitié plein, on remarque que le nombre d’entrepreneurs français a été multiplié par 10 depuis le début des années 2000 », poursuit-il pour atténuer les parts de marché perdu en rafale, au profit des acteurs asiatiques, européens (espagnols ou portugais notamment) mais aussi turcs, indiens ou brésiliens… « Notre façon d’être en Afrique est différente (de celles des autres). Nous souhaitons être des acteurs locaux enracinés en Afrique, aux côtés des Africains sur un continent qui compte 3 200 entreprises françaises. » Un constat partagé par Agnès Pannier-Runacher, Secrétaire d’Etat à l’Economie qui a souligné l’importance « d’une création de valeur partagée sur les 2 continents » avant d’ajouter : « nous devons être exigeant en termes de compliance, y compris en termes de RSE », un détail qui ne voile plus l’antagonisme économique avec l’Empire du Milieu…

De l’optimisme de Tony Elumelu à l’avertissement de Mossadeck Bally

Cette année, le temps fort de ces rencontres, a été orchestré par le Club Afrique de France Invest, l’association professionnelle du capital-investissement, qui avait réussi le tour de force de réunir Bruno Le Maire, qui recevait à domicile, et l’homme d’affaire et philanthrope nigérian Tony Elumelu. Le ministre français a rappelé la nécessité de relever le défi de « l’accès au financement » précisant que « ce n’est pas à l’Etat d’y arriver mais à nous, tous ensemble » appelant les entrepreneurs à investir et s’investir davantage sur « le continent d’avenir » et à mettre la main au portefeuille… « Des projets il y en a, en veux-tu en voilà, mais l’argent manque » a-t-il insisté, avant de préciser : « Nous voulons que la France devienne la place du capital investissement en Afrique (…) nous avons demandé à l’AFD de faire un appel à manifestation d’intérêt pour mobiliser plusieurs fonds d’investissement. Nous sommes pragmatiques car il faut un tiers de confiance. »

Un discours qui semble avoir ravi Tony Elumelu, le tycoon nigérian, vraisemblablement sous le charme du président Macron. « L’an dernier, j’ai eu le privilège d’accueillir Emmanuel Macron à Lagos. On a parlé sans tabou, laissant augurer des perspectives encourageantes pour nos 2 pays », précise t-il en revenant sur la nécessité de développer de nouveaux partenariats à l’heure où la jeunesse africaine s’aventure sur des embarcations de fortune et où « cette mobilité peut provoquer des tragédies comme en Méditerranée ».

Un point de vue optimiste pour le businessman au sourire imperturbable, contrairement à Mossadeck Bally, le PDG du groupe Azalaï, qui était revenu à Bercy et dont les inquiétudes manifestées lors de l’édition précédente, n’avaient pas disparues. « Les entreprises françaises en Afrique, c’est une voiture qui avance avec le frein à main alors que les concurrents sont déjà là » a-t-il lancé, en réponse à la frilosité des entrepreneurs de l’hexagone sur le continent. « L’Afrique est un continent d’opportunités et si vous n’y voyez que des problèmes vous n’y réussirez pas » a-t-il prévenu…

Marie-France Réveillard
afrique.latribune

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