mardi 22 septembre 2020
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Annulation des dettes africaines : petit malentendu entre Cotonou et Dakar

Annulation des dettes africaines : petit malentendu entre Cotonou et Dakar

La querelle des anciens et des modernes ? Alors que le président Macky Sall du Sénégal prône une annulation des dettes africaines dans une vision contenue dans un éditorial publié le 9 avril dernier dans le quotidien sénégalais Le Soleil, voilà que le Bénin, par l’intermédiaire de son ministre de l’Economie et des Finances, plaide plutôt pour l’accès des pays africains à “de nouveaux crédits”.

Dans une tribune publiée par Jeune Afrique, l’argentier du Bénin, Romuald Wadagni, assène : “ces solutions (NDRL: annulation de la dette) , malgré la marge budgétaire immédiate qu’elles offrent, ne répondent pas aux enjeux cités plus haut et présentent d’importants inconvénients à court et moyen termes”. Fort de ses arguments, le meilleur ministre africain des Finances de l’année 2018 (selon le classment Financial Afrik) , estime que l’allégement de la dette ou un moratoire constitue dans ce contexte, un appel à l’indulgence des créanciers et n’apporte pas de solutions structurelles aux difficultés des États … “.

Et d’appuyer son argumentaire par la perception, forcément négative, qu’auront les agences de notations (ces grands oracles des temps modernes), prescriptrices des investisseurs. “Au-delà des agences de notation qui pourraient sanctionner le non-respect d’une échéance de prêt, tous les efforts fournis par nos pays pour améliorer le climat des affaires et la perception de risque présentée dans les classifications de l’OCDE notamment et utilisée pour définir le taux d’emprunt de nombreux prêts, ne seront qu’anéantis ».

Le ministre des Finances s’aligne, dans son intervention, avec les arguments développés par le président béninois Patrice Talon lequel, dans une lettre adressée aux dirigeants du Fonds monétaire international et à la Banque mondiale, a appelé, la semaine dernière, à la “mobilisation urgente de liquidité nouvelle en lieu et place des annulations ou moratoires de dette et à la relance, d’autre part, des économies africaines via des financements concessionnels en vivifiant toutes les opportunités d’accès à la bonne dette à l’instar des pays développés”.

Rappelons que le président Macky Sall, investi désormais par l’Union Africaine pour porter le plaidoyer de la dette, avait appelé à «l’annulation de la dette publique africaine et au réaménagement de sa dette privée selon des mécanismes à convenir». Dans le fond, les deux visions, celle de Cotonou et de Dakar, disent la même chose et convergent vers la mise à disposition de liquidités en faveur des Etats africains.

L’annulation de la dette ou son rééchelonnement sur une année permettra de libérer 44 milliards de dollars du service de la dette (cumul des échéances 2020) au profit d’autres secteurs. La signature de nouvelles dettes dans les conditions actuelles, outre que cela se fera sous des conditions défavorables, participera au creusement de la dette africaine et par conséquent à une tension sur les notes souveraines selon le profil pays. En clair, Cotonou et Dakar disent la même chose en des termes différents.

financialafrik

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