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«Appelez-moi ingénieur – entrepreneur»

«Appelez-moi ingénieur – entrepreneur»

De l’ingénierie électronique appliquée aux banques à la culture du maïs, il y a tout un monde que Mame Seynabou Mbaye a allégrement franchi après le discours très convaincant du Chef de l’Etat pour un retour vers la terre. Eh oui ! Notre néo-maïsicultrice est une expatriée qui a quitté la France pour le Fouta.

Bien installée à Paris où elle travaillait, d’abord dans une entreprise, leader mondial de la confection de cartes à puce, puis dans une grande banque française comme consultante monétique, Mame Seynabou Mbaye décida de rentrer au bercail pour apporter sa pierre à la construction de l’édifice national. Ainsi, elle créa d’abord SEVAO, une société d’export vers l’Afrique de l’Ouest. Une offre de transport maritime et aérien, de bout en bout, de la France vers les pays d’Afrique de l’ouest, pour les particuliers et petites sociétés n’ayant pas les moyens d’organiser leur propre transport.

Au pays natal, Nabou choisit le créneau de l’agriculture. «Je crois fermement que le développement du pays se fera à travers l’agriculture. Après des études et investigations, j’ai trouvé la filière maïs très intéressante, car inexploitée au Sénégal. Près de 200 000 tonnes de maïs nous viennent, tous les ans, des Etats Unis, du Brésil et de l’Argentine. Développer cette filière nous permettra de réduire les importations et participer à l’équilibre de la balance commerciale du Sénégal. J’ai approché l’Association de producteurs de maïs en France pour comprendre la structuration de leur filière», avance-t-elle.

L’ingénieur-entrepreneur vise, dans un avenir proche, la création d’une filière maïs assez structurée. «Nous allons nous positionner sur le corridor Maïs dans le PSE. Notre objectif est la structuration de la filière au Sénégal (exploitation, semences, engrais, etc.) La présence d’un acteur local majeur sur le secteur induira une baisse du prix de la denrée pour les entreprises avicoles et de leurs produits pour les consommateurs locaux. 1000 hectares nous ont déjà été octroyés dans la vallée pour notre 1ère exploitation et je suis actuellement en pourparlers avec la commune de Niaguis en Casamance pour l’implantation de notre 2ème ferme. Nous ferons ensuite appel à tous les producteurs de maïs du Sénégal pour qu’ensemble, nous puissions développer la filière», fait-elle savoir.

En attendant la naissance d’une interprofession, Nabou a créé MaïsSénégal avec son partenaire français, Bernard Gonella, le Directeur technique, maïsiculteur depuis 30 ans et exploitant en France avec une production de 1000 ha par an.

«Notre business model est basé sur 2 campagnes par an. L’exploitation se fera de manière successive. Nous démarrons, cette année, avec 100 ha pour arriver progressivement aux 1000 hectares. Le rendement moyen au Sénégal est de 4T/ ha. Les facteurs inhérents à cette sous-production sont pris en compte et traités dans notre stratégie. MaïsSénégal a signé des partenariats avec la SAED et l’ISRA pour des appuis techniques et opérationnels. Nous visons un rendement de 8T/ha, la 1ère année», lance-t-elle, ambitieuse mais prudente.

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En quittant la France et son modèle de fonctionnement efficient pour débarquer sous les cieux d’un pays aux lenteurs administratives, Nabou s’attendait à des couacs. «Nous savons que créer une entreprise et démarrer ses activités prend beaucoup de temps mais au Sénégal, il n’y a pas d’aide pour des investisseurs novices. Nous avons eu beaucoup de complications au niveau de l’octroi des terres et les banques sont réticentes à nous accompagner. Tout cela m’a pris à peu près un an et demi», regrette la promotrice de MaïsSénégal.

Cependant, MaïsSénégal peut compter sur le soutien de la BNDE, du FONGIP et de la NMA. Le groupe de Ameth Amar a signé une convention pour acquérir la totalité de la production et la BNDE est en passe de la soutenir afin que MaïsSénégal puisse produire jusqu’au-delà de 200 000 tonnes de maïs par an et satisfaire ainsi la demande nationale.

Amayi Badji
reussirbusiness.com

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