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Après Jeff Bezos avec le Washington Post, pourquoi Marc Benioff (Salesforce) rachète le Time

Après Jeff Bezos avec le Washington Post, pourquoi Marc Benioff (Salesforce) rachète le Time

Marc Benioff et sa femme Lynne ont annoncé le 16 septembre le rachat, pour 190 millions de dollars et à titre personnel, du mythique magazine Time. Ils rejoignent Jeff Bezos, le patron d’Amazon, dans le club des patrons de presse venant de l’univers de la tech. Une tendance de fond ?

Les géants de la tech vont-ils devenir au fur et à mesure les patrons de l’ensemble de la presse ? Alors que la plupart des médias en ligne sont déjà dépendants du trafic apporté par Google, Facebook et Apple News, et que le patron d’Amazon, Jeff Bezos, détient le prestigieux Washington Post, c’est au tour du mythique magazine Time de se faire racheter par un entrepreneur de la tech. L’heureux nouveau propriétaire n’est autre que Marc Benioff, le patron de l’éditeur de logiciels de gestion pour les entreprises Salesforce. Il rachète le magazine avec sa femme Lynne.

Une transaction à 190 millions de dollars payés en liquide !

D’après le communiqué publié par le couple dimanche 16 septembre, le couple Benioff s’offre le Time à titre personnel, pour 190 millions de dollars. La transaction doit être effective d’ici à 30 jours et n’implique en aucun cas Salesforce, souligne le vendeur, c’est-à-dire le groupe américain de média et de marketing Meredith Corporation, également propriétaire des magazines Fortune, Money et Sports Illustrated.

“M. et Mme Benioff ne seront pas impliqués dans les activités du magazine au quotidien ni dans les décisions éditoriales, qui resteront aux mains de l’équipe dirigeante actuelle de Time”, précise Meredith.

De manière assez insolite pour une transaction de cette ampleur, le groupe Meredith précise que le paiement se fera en liquide. Marc Benioff peut se le permettre : l’entrepreneur californien, 404e fortune mondiale, est assis sur un magot personnel de 6,7 milliards de dollars, d’après le classement de Forbes.

Cette fortune est due principalement au succès de Salesforce, dont il possède 5%. Créée en 1999 et cotée à la Bourse de New York depuis 2004, l’entreprise basée à San Franscisco est valorisée au 17 septembre 119 milliards de dollars. Visionnaire car il a été le premier à parier sur le succès du cloud, Salesforce est l’un des leaders mondiaux des logiciels de gestion, et plus particulièrement des outils de gestion de la relation client. Aujourd’hui tournée vers l’intelligence artificielle, sa plateforme baptisée “Einstein” réalise plus de 3 milliards de prédictions par jour pour aider ses utilisateurs pour leurs ventes et leur marketing.

Fortune, Money et Sports Illustrated toujours en vente…

Meredith Corporation avait annoncé en mars qu’il cherchait un acquéreur pour quatre magazines : Time, Fortune, Money et Sports Illustrated. Tous faisaient partie de Time Inc, que Meredith venait pourtant d’acheter, en février 2018, pour 1,84 milliard de dollars. La raison : d’après des analystes américains, le groupe, qui possède également 17 stations de télévision locale aux États-Unis et réalise un chiffre d’affaires de 1,7 milliard de dollars, cherche à se débarrasser des titres qui attirent une audience essentiellement masculine pour resserrer son offre éditoriale.

Fortune, Money et Sports Illustrated restent donc à vendre. Un milliardaire de la tech ou un autre puissant les trouvera-t-il à son goût ? Car l’appétence des entreprises technologiques pour les contenus est une tendance de fond. Les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) et les géants du Net en général se livrent en effet une véritable bataille pour maîtriser les contenus, qu’il s’agisse de médias, de musique ou de télévision.

Les géants du Net et les contenus, une tendance de fond

Ainsi, Google et Facebook, qui cannibalisent la publicité en ligne (plus de 70% du marché aux États-Unis), se sont déjà imposés comme les plateformes indispensables entre les médias en ligne et leur audience, instaurant une dépendance économique qui a poussé l’Union européenne à approuver une directive pour créer un nouveau droit voisin pour la presse afin de rééquilibrer le rapport de force. Facebook est même engagé sur la voie de l’auto-hébergement des contenus, c’est-à-dire que le réseau social a signé des partenariats avec des médias pour ne même plus rediriger l’audience sur leur site. L’impact d’Apple News sur les audiences des sites d’info n’est également plus à démontrer. Quant à Amazon, son patron, Jeff Bezos, a été le premier à franchir le Rubicon en achetant directement, à titre personnel, l’un des fleurons de la presse américaine, le Washington Post.

Les quatre géants se font aussi la guerre pour tous les autres types de contenus. Dans la musique en streaming, Apple Music (30 millions d’abonnés dans le monde) et Amazon Music Unlimited (20 millions) tentent de rattraper Spotify et ses 70 millions d’abonnés, tandis que Google est en en train de restructurer son offre musicale autour de YouTube Music. Dans les séries télévisées, les quatre géants sont toujours loin derrière Netflix, mais ils s’agitent : Amazon Prime Video est un solide numéro 2 mondial du streaming video, Apple va se lancer dans l’arène des séries TV dès 2019 avec plusieurs productions de prestige et plus d’un milliard de dollars d’investissements, et Facebook et Google (via YouTube) sont également en train de structurer leur offre.

De son côté, Salesforce ne joue évidement pas dans cette cour. L’entreprise ne cherche pas à fidéliser l’audience au maximum dans son propre écosystème à l’instar des Gafa. De plus, ses acquisitions dans le domaine des médias ciblent surtout les médias sociaux, en témoignent ses tentatives de racheter LinkedIn – qui est finalement tombé dans l’escarcelle de Microsoft – et Twitter – qui est resté indépendant.

En revanche, être propriétaire d’un média, même à titre personnel comme c’est le cas pour Jeff Bezos et Marc Benioff, est un moyen d’affirmer son pouvoir et d’obtenir de l’influence. Surtout à l’heure où l’industrie de la tech devient l’une des plus puissantes et commence à attirer l’attention des régulateurs, y compris aux États-Unis… Le rachat de plus en plus de titres de presse en difficulté par des magnats de la tech paraît donc inéluctable.

L’irrésistible ascension de Marc Benioff, surdoué de la tech et du business

Né à San Francisco en 1964, fils de commerçants, Marc Benioff se destine d’abord à une carrière de développeur. Surdoué de l’informatique, il fonde sa première entreprise de jeux vidéo, Liberty Software, à 15 ans, et utilise ses revenus pour se payer lui-même sa scolarité à l’Université de Californie du Sud (USC).

Inspiré par le génie de Steve Jobs lors d’un stage d’été chez Apple, il se fait embaucher chez Oracle dès la fin de ses études, où il gravit très vite les échelons et devient le protégé de son Pdg, Larry Ellison. Vice-président du groupe à 26 ans, Marc Benioff restera 13 ans chez Oracle avant de fonder Salesforce en 1999 et de porter l’entreprise au sommet. L’entrepreneur investit aussi en tant que business angel dans une douzaine de startups et dispose d’une fondation, baptisée Inside Philanthropy, qu’il dirige avec sa femme.

latribune

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