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Après le Brexit, que faire ?

Après le Brexit, que faire ?

Répondre aux attentes des européens pourrait passer par la constitution d’une Europe de la sécurité, au sens large: sécurité aux frontières, sécurité énergétique, environnementale, monétaire et financière… Par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

Il était inévitable qu’un choc aussi violent engendre une multitude de réactions et de propositions. Elles vont dans tous les sens et sont souvent inspirées par des préoccupations tactiques de politique intérieure ou par des présupposés idéologiques, qui ignorent les contraintes du possible. S’il faut laisser un temps pour les réactions à fleur de peau et les imprécations, il est possible d’esquisser dès maintenant quelques lignes directrices, entre lesquelles il faudra faire un choix.

Un processus long

La première serait un prudent « Wait and See » Beaucoup de facteurs vont dans ce sens. La sortie est un processus long, à rebondissements, d’autant qu’il faudra parallèlement négocier un dispositif de remplacement. Le gouvernement britannique veut prendre son temps, alors que Bruxelles, Paris et Berlin veulent aller vite. Mais les Anglais ont pour eux la lettre du traité et ils sont des juristes expérimentés et des négociateurs retors. Durant cette période discussion qui durera au moins trois ans les prochaines années, les opinions comme les positions vont évoluer.

Les « leavers » vont constater que les promesses qui leur ont été faites étaient des songes creux et que les changements annoncés sont toujours renvoyés au futur. Les « remainers » ne se seront pas résignés. Le gouvernement britannique, s’appuyant sur un Parlement probablement composé en majorité d’adversaires du brexit, pourrait faire valoir son impossibilité à parvenir à une solution favorable pour la Grande-Bretagne. Le dispositif de remplacement, à la suisse ou à la norvégienne, n’allègerait guère les contraintes imposées par le système actuel. Il constaterait son incapacité à empêcher la sécession avec l’Ecosse et le retour à l’instabilité en Irlande. Tirant les conséquences de cette impasse, il organiserait un second référendum. Il s’agit que moins de 2% des électeurs changent de camp.

A la recherche d’un projet de relance de l’Europe

Pendant ce temps, les 27 et Bruxelles défendraient avec fermeté et sans agressivité les intérêts de l’Union. Ils chercheraient à améliorer son image, en se donnant un code de bonne conduite : cesser de faire de Bruxelles le bouc émissaire de leurs échecs et des politiques impopulaires dans leur pays et trouver des compromis positifs sur les problèmes pendants les plus difficiles, comme les migrations.

Cette patience, prudente mais active, serait justifiée par le fait qu’il n’existe aucun projet de refondation de l’Europe, susceptible de recueillir rapidement une adhésion de la part des peuples et des gouvernements et que l’ouverture d’un débat institutionnel est de nature à accroître la confusion actuelle.

La seconde, qui s’oppose à la première, serait « Plus d’Europe » Les insuffisances de l’Europe auraient pour origine un début de paralysie de l’Union qui serait au milieu du gué. L’intégration des économies européennes est plus avancée que ce que croient les Européens et ce que disent leurs gouvernements. La seule sortie satisfaisante est par le haut. Il faut définir un ensemble d’actions nouvelles à la fois pour les vingt-sept et pour la zone euro. De nombreuses propositions sont sur la table, il suffirait de les hiérarchiser et de fixer un calendrier: politiques de l’environnement et de l’énergie, programmes d’investissement, politique de voisinage, consolidation de l’euro par une politique budgétaire et fiscale soumise à un contrôle parlementaire…

Si cette stratégie est pertinente, ce que je crois, elle n’est pas réaliste, une bonne partie des Européens rejetant le « plus d’Europe » Le brexit s’inscrit dans un mouvement plus large de « décrochage » des opinions par rapport à l’Union Européenne.

Inverser le courant dominant vers “moins d’Europe”?

Le courant dominant est celui de « moins d’Europe » Les tentatives anglaises pour définir ce moins d’Europe, qui ont abouti à un accord boiteux et juridiquement contestable, n’ont convaincu personne.

Il faudrait des leaders d’envergure, pédagogues et prêts à prendre des risques, pour inverser le mouvement. Ni les présidents de la Commission et du Conseil des Ministres européens ou du Parlement n’ont l’aura et l’autorité nécessaire. L’affaiblissement durable du pôle franco- allemand : intérêts économiques divergents à court terme et proximité des élections (2017) est source de paralysie. Ni la chancelière ni notre président ne sont prêts, en supposant qu’ils se mettent d’accord, à se lancer dans une telle opération.

Une attente de sécurité

La troisième ligne directrice « Priorité aux attentes des Européens ou Europe-Sécurité » serait un prolongement de la première, tout en ajoutant quelques unes des actions mentionnées plus haut. La gestion active et prudente serait complétée par une prise en en compte de l’attente majeure des Européens. Cette attente majeure, c’est la « Sécurité » Il est impératif que dans un monde de plus en plus dangereux, les Européens associent Europe et Sécurité et que cette association repose sur des réalités et des institutions visibles.

Cette « Sécurité » se décline.

Sécurité à l’intérieur des frontières, c’est la lutte contre le terrorisme. La coordination doit être renforcée et un FBI européen créé.

Sécurité aux frontières, ce qui suppose un très fort renforcement de Frontex, sans lequel les accords de Schengen disparaitront définitivement.

Sécurité avec les pays du voisinage, ce qui implique une analyse commune des menaces et leur traitement, en particulier celles qui viennent du Moyen-Orient et d’Afrique.

Sécurité de notre environnement, incluant une fixation d’un prix du CO2 au moyen d’un marché efficace ou d’une taxation fiscale

Sécurité énergétique, qui passe une coordination étroite des nos approvisionnements et de nos relations avec la Russie.

Sécurité monétaire et financière, c’est-à-dire un renforcement de l’euro et de l’union bancaire. Elle ne se fera sans un compromis entre la France et l’Allemagne ; soit pour la France, un minimum de politique budgétaire associée à un transfert de souveraineté et à un contrôle parlementaire ; et pour l’Allemagne un minimum de solidarité financière.

Cette énumération est volontairement ambitieuse. Elle peut être allégée, certains volets étant provisoirement mis de côté faute d’un consensus suffisant.

Associer les opinions

Une fois fixée la ligne directrice de « l’Europe-Sécurité » des procédures d’explicitation et de mises en œuvre sont à inventer. Il conviendra d’associer la société civile à ces différents chantiers, selon des modalités propres à chaque chantier et tenant compte des urgences : création de comités ad hoc incluant des personnalités bruxelloises qui pourraient les animer, consultations décentralisées sur les points les plus délicats.

L’association des opinions est d’autant plus nécessaire qu’un « plus de sécurité « aura un coût. Si les Européens sont convaincus de la nécessité de ce « plus de sécurité » et de l’efficacité des dispositions adoptées, ils accepteront l’effort. Il est d’autant plus urgent d’annoncer cette ligne directrice que la mise en œuvre demandera du temps. Pour convaincre que cette orientation est vraiment prioritaire, il serait sage de mettre en stand by des dossiers qui n’entrent pas directement dans ce cadre. Un peu de « moins » serait opportun. Cette « Europe Sécurité » ne sera comprise que si les principaux dirigeants la préconisent partout en Europe, avec intelligence et conviction. Est-ce dans le domaine du possible ?

Pierre-Yves Cossé
latribune.fr

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