vendredi 30 octobre 2020
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Au Nigeria, une banque de données génétiques africaines

Au Nigeria, une banque de données génétiques africaines

Berceau de l’humanité, l’Afrique héberge aujourd’hui la plus grande diversité génétique au monde. Cette richesse est pourtant encore largement ignorée par la communauté scientifique mondiale : les génomes africains représentent à peine 2 % des données génomiques utilisées par la recherche, tandis que ceux originaires d’Europe sont surreprésentés.

La plupart des médicaments et des dispositifs de diagnostic sont ainsi conçus sans tenir compte des spécificités génétiques du continent. Ces produits de santé sont dès lors potentiellement moins efficaces auprès des personnes originaires du continent, tandis que la révolution annoncée de la médecine personnalisée – des traitements sur mesure déclinés selon l’ADN des patients – risque de passer à côté d’un continent entier.

Pour tenter d’y remédier, une start-up nigériane forte de 100 salariés, baptisée 54gene, ambitionne de constituer la plus grande banque de données ADN issues d’Afrique. Objectif : collecter près de 100 000 échantillons d’ici fin 2020, pour une recherche plus inclusive et une meilleure compréhension de la population la plus diversifiée au monde sur le plan génétique.

« Notre but est de constituer une source de données agrégées et anonymisées, principalement à des fins d’utilisation par des chercheurs pour en savoir plus sur les facteurs sous-jacents des maladies, explique Jessica Rich, la directrice commerciale de 54gene. Nous espérons que la mise à disposition de ces données entraînera des découvertes révolutionnaires à même de transformer les systèmes de santé en Afrique et dans le reste du monde. Nous voulons tout simplement améliorer l’efficacité de la médecine pour l’Afrique. »

Combattre le diabète et le cancer grâce à la génétique

Le jeune président et fondateur de 54gene, Abasi Ene-Obong, sait par exemple qu’il a des chances de souffrir un jour de diabète : son père et plusieurs autres membres de sa famille ont été diagnostiqués avec ce trouble, à l’instar d’une part grandissante – et inquiétante – de la population africaine. Mais il ne sait toujours pas pourquoi lui et la plupart des habitants du continent présentent plus de risques que les autres, dans le monde, de contracter le syndrome.

Avec sa biobanque, l’entrepreneur, titulaire d’un doctorat en biologie du cancer à l’université de Londres, espère ainsi aider les chercheurs à développer des traitements plus adaptés pour combattre le diabète, mais aussi l’insuffisance rénale, le cancer de la prostate ou encore la malaria. Cette maladie touche aujourd’hui l’Afrique de façon disproportionnée comparativement au reste du monde – le continent enregistre 94 % des décès comptabilisés à l’échelle planétaire.

Le défi est immense pour la société 54gene, basée à Lagos et nommée en référence aux 54 pays d’Afrique. Malgré des progrès indéniables dans le domaine de la santé ces dernières décennies – l’espérance de vie sur le continent s’est accrue de 25 ans depuis 1950 –, le système de santé africain a aujourd’hui une marge de progression importante. Or la recherche scientifique ne dispose pas encore des mêmes moyens qu’en Europe, en Amérique du Nord ou en Asie. Au Nigeria, première économie d’Afrique, la part du budget consacré à la recherche ne s’élève qu’à 0,2 % du produit intérieur brut. Les biologistes n’ont bien souvent d’autre choix que de travailler avec des investisseurs privés et des organismes étrangers, et beaucoup finissent par s’installer hors du continent.

Du matériel génétique anonymisé

À quoi ressemble cette banque biologique dans laquelle sont placés tant d’espoirs ? « À une succession de congélateurs stockant des échantillons à – 80 °C », s’amuse Jessica Rich. Pour collecter les échantillons qui serviront aux chercheurs, 54gene s’appuie sur plusieurs collaborations avec des instituts de recherche, des hôpitaux, ainsi que plusieurs sociétés pharmaceutiques et technologiques. Des échantillons obtenus « avec le consentement des patients », précise la directrice commerciale.

Ces matériaux génétiques sont ensuite anonymisés, stockés puis tagués en fonction des informations génétiques qu’ils contiennent. Puis la start-up les regroupe en plusieurs grandes cohortes dans le but de fournir la pertinence statistique qui intéressera les chercheurs ayant accès à ces données génétiques. En parallèle, ces données sont aussi proposées à la vente aux entreprises spécialisées dans les produits thérapeutiques ou de diagnostics après que l’accord préalable des patients a été obtenu.

54gene s’est, par ailleurs, engagée dans la lutte contre la propagation du Covid-19 en offrant au plus fort de la crise des tests à des sociétés privées, à des laboratoires publics, ainsi qu’aux particuliers. Un effort de 500 000 dollars (421 000 euros) qui a contribué, et contribue encore aujourd’hui, à augmenter la capacité de test du Nigeria de plus de 1 000 par jour, selon l’entreprise. 54gene a aussi été le premier acteur du pays à lancer un laboratoire de test mobile sur le coronavirus, afin que les habitants de différentes régions puissent y avoir accès. Selon les chiffres officiels, l’épidémie a pour le moment causé 1 111 décès au Nigeria.

Au Nigeria, 54gene initie des solutions de santé codéveloppées

La jeune pousse nigériane a également lancé le Centre africain de génomique appliquée (African Centre for Translational Genomics). Installé au Nigeria, il vise à soutenir les futures générations de chercheurs locaux spécialisés dans la génomique, notamment via des bourses, des associations, des stages et l’accès aux dernières technologies de la recherche sur le génome.

À plus long terme, la start-up ambitionne ainsi de devenir un acteur de premier plan sur le marché mondial de la santé. Pour Jessica Rich, « plus les entreprises auront accès à nos données, plus elles produiront de valeur pour les consommateurs à long terme. Nous sommes dans une logique de codéveloppement des solutions de santé ». La richesse génétique de l’Afrique va pouvoir enfin livrer ses secrets.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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