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Au Royaume-Uni, les gagnants et les perdants du Brexit

Au Royaume-Uni, les gagnants et les perdants du Brexit

Si les conséquences de la sortie de l’Union européenne restent difficiles à évaluer, la chute de la livre et le retour de l’inflation rebattent dès à présent les cartes pour les entreprises implantées outre-Manche.
Les exportateurs bénéficient de la dévaluation, de même que le secteur du tourisme, qui bat des records. D’autres entreprises sont forcées d’augmenter leurs prix, ce qui pourrait peser sur la demande.

Depuis le 23 juin, les Britanniques sont dans l’attente : le choc du référendum en faveur du Brexit va-t-il avoir un effet rapide sur leur économie ? Les statistiques officielles laissent pour l’instant présager un impact modéré, voire indétectable, au niveau macroéconomique. Au troisième trimestre, la croissance a atteint 0,5 %, plus que ce qui était attendu . Pour les entreprises, les effets se font sentir dès aujourd’hui, même si la sortie de l’Union ne sera pas effective avant 2019. La chute de la livre rebat les cartes, favorisant des sociétés et en pénalisant d’autres. Le retour annoncé de l’inflation – passée à 1 % au mois de septembre – et l’incertitude qui règne commencent à affecter certains secteurs. Tour d’horizon.

Des hausses de prix pour compenser la vhute de la livre

Plusieurs entreprises, dont les produits sont fabriqués à l’étranger, ont commencé à augmenter leurs prix de vente en Grande-Bretagne. C’est la conséquence directe de la dévaluation de la livre sterling par rapport aux autres monnaies (- 15 % par rapport à l’euro depuis le 23 juin, – 18 % par rapport au dollar), qui renchérit le coût des importations. Apple a tiré dès la mi-septembre, lors de la sortie du nouvel iPhone, suivi de Dell. Dans les deux cas, les hausses vont jusqu’à 10 %. Microsoft augmentera le prix de ses services de cloud Azure de plus de 20 % en janvier, ceux des logiciels pour entreprises de 13 %. GM vend ses voitures 2,5 % plus cher depuis début octobre.

Ce mouvement suscite des bras de fer dans la grande distribution, dont le plus retentissant s’est étalé sur la place publique mi-octobre. Tesco, le numéro un des supermarchés outre-Manche, a refusé d’accepter les hausses de prix de 10 % qu’Unilever voulait lui imposer pour des produits comme le savon Dove ou les soupes Knorr. Les deux parties sont finalement parvenues à un accord. Le prix des carburants a lui aussi augmenté (1,18 livre le litre de gazole en moyenne, 7 pence de plus qu’en juin). De petits fournisseurs d’énergie ont relevé leurs tarifs et les grands – dont EDF fait partie – devraient suivre, d’autant que les prix de gros sont orientés à la hausse. Le cabinet Pantheon Macroeconomics prévoit une hausse de 5 % en moyenne cet hiver.

Une bonne nouvelle pour les exportateurs

La chute de la livre est une bonne nouvelle pour beaucoup d’entreprises britanniques tournées vers l’international. Elle explique en grande partie la belle performance de l’indice boursier FTSE 100 depuis le résultat du référendum. « Les cent plus grands groupes cotés réalisent 72 % de leur chiffre d’affaires en dehors du Royaume-Uni », rappelle Chris Kinder, chez Columbia Threadneedle. La dévaluation gonfle la valeur de leurs revenus traduits en livre. Au-delà de cet effet comptable, les exportateurs gagnent en compétitivité, même si l’effet tarde parfois à se faire sentir en raison des mécanismes de protection adoptés par la plupart des grands groupes. Le laboratoire GlaxoSmithKline, qui exporte 95 % de sa production britannique, a relevé ses prévisions de bénéfices pour 2016. Et l’industrie automobile a enregistré un mois de septembre record, exportant 123.000 véhicules en septembre, 5 % de plus que l’an dernier.

Mais la dépréciation de la livre est une arme à double tranchant, même pour les exportateurs, car une grande partie de leurs coûts sont libellés en monnaie étrangère et sont donc plus élevés désormais. Les composants importés représentent par exemple plus de 60 % de la valeur des véhicules exportés de Grande-Bretagne.

- Le tourisme en plein boom

L’une des conséquences immédiates du recul de la livre a été un sérieux coup de pouce au secteur du tourisme, qui se portait déjà très bien. La Grande-Bretagne a accueilli 3,8 millions de visiteurs étrangers en juillet et autant en août, une hausse de 2 % par rapport à l’été 2015 et un record historique.

Les Américains étaient 13 % plus nombreux que l’an dernier et le nombre d’Européens, de Chinois et de résidents des pays du Golfe a aussi fortement progressé, selon VisitBritain. Profitant d’un shopping relativement bon marché, ils ont dépensé plus de 5 milliards de livres, 4 % de plus qu’à l’été 2015. Le secteur du luxe en a bénéficié au premier chef. Un sac à main Speedy de Louis Vuitton coûte aujourd’hui l’équivalent de 802 dollars à Londres, contre 850 à Paris, 970 à New York et 1.115 en Chine, selon une enquête de Deloitte pour le « Wall Street Journal ».

Cet effet d’aubaine ne devrait pas durer, car le prix des produits importés va augmenter. Mais Burberry, qui fabrique en grande partie au Royaume-Uni, devrait en profiter sur le long terme. La marque au tartan a fait état d’un boom de 30 % de ses ventes en Grande-Bretagne au troisième trimestre.

Une baisse de la demande dans certains secteurs

Pour d’autres entreprises, la chute de la livre est au contraire une mauvaise nouvelle. EasyJet a vu son bénéfice reculer pour la première fois depuis 2009 . Pour la low-cost britannique, le recul de la livre a un triple effet négatif. Il renchérit le coût du carburant, libellé en dollars. Il gonfle ensuite ses coûts en euros – la société est présente partout en Europe – lorsqu’ils sont traduits en livres. Enfin, il pèse sur la demande au Royaume-Uni, les vacances à l’étranger coûtant plus cher pour les Britanniques.

Des entreprises de taille moyenne très exposées au marché britannique commencent également à souffrir en Bourse, les investisseurs s’inquiétant des conséquences du ralentissement de la demande qu’ils prévoient pour l’an prochain. Les analystes de Citi ont réduit leurs prévisions de bénéfices pour Mitchells & Butlers et Marstons, deux chaînes de pubs. Ceux de Berenberg s’inquiètent pour Howden Joinery, qui commercialise des cuisines, le type de grosse dépense qui risque de souffrir le plus si la consommation des ménages flanche. Le réseau d’agences immobilières Countrywide devrait lui aussi sentir l’impact du Brexit, estime Jefferies, qui a réduit ses prévisions de bénéfices pour cette société de 24 % cette année et 31 % l’an prochain.

Vincent Collen
lesechos

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