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Au Venezuela, la baisse du pétrole fait flamber les prix des préservatifs

Au Venezuela, la baisse du pétrole fait flamber les prix des préservatifs

À Caracas, une boîte de préservatifs peut atteindre le prix exorbitant de 660 euros… Face à la chute des cours de l’or noir, le pays exportateur de pétrole peine à importer les produits de base, ce qui provoque de graves pénuries, une envolée des prix et une crise sanitaire.


Pénurie de préservatifs au Venezuela par 6MEDIAS

Le Venezuela s’enfonce de plus en plus dans la crise. Une situation économique chaotique qui provoque une aggravation des pénuries de biens de première nécessité. Déjà habitués à attendre des heures avant de pourvoir obtenir un poulet, du sucre, des médicaments ou du papier toilette, les Vénézuéliens doivent aussi patienter longtemps pour acheter des préservatifs.

Et les prix deviennent prohibitifs. Sur le site de ventes aux enchères de référence en Amérique latine, Mercado Libre, utilisé par les Vénézuéliens pour trouver les biens rares, il faut débourser 4760 bolivars pour une boîte de 36 condoms (soit 661 euros) un montant qui frôle celui du salaire minimum à 5600 bolivars (777 euros). Les prix pratiqués sur le marché noir restent toutefois beaucoup plus abordables – à condition de pouvoir payer en dollars américains – avec un prix de 25 dollars.

Avec de tels prix, peu d’habitants pourront acheter des préservatifs or le Venezuela est l’un des pays d’Amérique latine les plus touchés par le virus du sida. Par ailleurs, les grossesses d’adolescentes sont nombreuses, et l’avortement est illégal dans le pays. Les conséquences de cette pénurie sont ainsi potentiellement dramatiques confie à Bloomberg Jonathan Rodriguez, responsable d’une ONG de lutte contre le VIH . «Cette pénurie menace toutes les campagnes de prévention mises en place à travers le pays». Le gouvernement de Nicolas Maduro a ainsi réduit à néant les apports de la politique de son prédécesseur Hugo Chavez .

Une économie fermée qui manque de tout

Les causes de cette rareté et des pénuries de biens en général s’expliquent par le fonctionnement même de cette économie fermée. Hormis l’or noir, le pays, qui détient la plus importante réserve de pétrole au monde, produit très peu sur son sol et importe donc la grande majorité des biens consommés. «Le Venezuela a tout misé sur le pétrole depuis une vingtaine d’années au détriment du développement d’autres secteurs et notamment de son industrie. Le pays est également confronté à des problèmes de logistique et d’acheminement des biens», expliquait récemment Dominique Fruchter, économiste à la Coface.

Vénézuela pétrole

Ainsi, la chute des cours du pétrole diminue la manne financière de l’État et réduit sa capacité à importer. «La grosse partie du budget de l’État émane des recettes pétrolières qui ont été amputées avec la chute des cours du pétrole. Par ailleurs, la stratégie de dévaluation autrefois mise en place pour améliorer mécaniquement les comptes de la compagnie pétrolière publique – qui produit en bolivars et vend en dollars – ne fonctionne plus», explique François Faure, économiste pour BNP Paribas. En outre, «le Venezuela est sous perfusion de la Chine avec le programme de pétrole contre financements, mais Pékin est de plus en plus réticent à financer l’économie de Caracas», indique encore le spécialiste.

Vénézuela pétrole2

Les entreprises locales pénalisées par le manque de devises

Les entreprises locales sont également pénalisées par les moindres exportations de pétrole. De fait, les sociétés achètent leurs matières premières à l’étranger, donc majoritairement en devises étrangères, mais les moindres exportations de pétrole diminuent la circulation de devises étrangères dans le pays. Les sociétés se fournissent des dollars sur le marché parallèle où le taux de change est jusqu’à dix fois plus élevé que le taux officiel. Ainsi, «les sociétés locales ont le plus grand mal à produire. Elles ont toutes les difficultés du monde à se financer, même pour des prêts à court terme», indique François Faure. Par ailleurs, les prix des produits de base sont subventionnés, les sociétés privées sont contraintes de vendre leurs produits à des prix fixes et parfois à pertes or les subventions de l’État ne suffisent pas toujours à compenser ces pertes.

Et au nom de lutte contre la pauvreté, le gouvernement de Nicolas Maduro a préféré couper dans les importations plutôt que de diminuer les dépenses de l’État. Selon une étude de Bank of America, le Venezuela va importer beaucoup moins de biens en dollars cette année que les autres années. Les Vénézuéliens ne sont pas près de pouvoir faire sereinement leurs courses…

Mathilde Golla
lefigaro.fr

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