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Banque mondiale : sans facteurs de risque, le prix du baril se maintiendra à 65 dollars d’ici à 2019

Banque mondiale : sans facteurs de risque, le prix du baril se maintiendra à 65 dollars d’ici à 2019
Selon les nouvelles prévisions actualisées de la Banque mondiale sur l’évolution des prix des matières premières, le baril de pétrole devrait s’établir en moyenne à 65 dollars, en 2018 et 2019. C’est certes moins que son niveau actuel, mais plus consistant que les 57 dollars de 2017, ce qui constitue une bonne nouvelle pour les pays africains exportateurs de pétrole, après la drastique baisse entamée en 2014 et qui a fortement ébranlé leurs économies. Toutefois, même si le prix estimé sera soutenu par la demande encore forte et le contrôle des volumes de production, certains facteurs à risque pourraient provoquer une envolée des cours.

Selon les prévisions actualisées de la Banque mondiale sur l’évolution des prix des matières premières, le prix moyen du baril en 2018 et 2019 devrait se maintenir à 65 dollars, alors qu’actuellement ce prix tourne autour de 72 à 74 dollars pour le brent. A ce prix, les pays africains non producteurs ne verront pas leur facture énergétique se saler davantage comme avant 2014 lorsque le baril avait franchi la barre des 100 dollars.

A l’opposé, les pays exportateurs pourront continuer à souffler en se relevant progressivement de la difficile conjoncture dans laquelle la baisse des cours entamée la même année les a plongés. En 2017 déjà, le prix moyen du baril était de 57 dollars, ce qui a permis à la croissance africaine de connaître un certain repit, bien qu’elle soit plombée par la mauvaise passe dans laquelle se trouvaient les grands producteurs du Continent, le Nigéria, l’Angola et l’Algérie.

Selon donc les projections de la Banque mondiale, même si une baisse des cours est attendue par rapport aux niveaux d’avril 2018, le maintien des accords de diminution des volumes de production par les pays de l’OPEP et les autres pays producteurs et la solidité de la demande soutiendront les prix.

Toutefois, les contraintes du côté de la production d’huile de schiste aux États-Unis, les tensions géopolitiques dans certains pays producteurs et les hypothèques relatives à la levée des sanctions contre l’Iran par les États-Unis pourraient orienter ces prévisions à la hausse.

Inversement, selon les mêmes prévisions, «en cas de délitement de l’accord entre pays exportateurs de pétrole ou la fin pure et simple de cet accord, mais aussi de reprise de la production en Libye et au Nigéria et de montée en puissance plus rapide que prévu de la production d’huile de schiste, ces prévisions pourraient être inférieures aux annonces».

«Avec la contraction significative des stocks, les prix du pétrole ont plus que doublé depuis le cours plancher atteint début 2016, la solidité de la demande de pétrole et un meilleur respect par les pays de l’OPEP et les autres pays producteurs de leurs engagements de production ont contribué à orienter le marché vers une situation de déficit», explique John Baffes, économiste senior à la Banque mondiale

Dans son rapport, la Banque mondiale a d’ailleurs consacré un dossier spécial à la situation des pays exportateurs de pétrole depuis l’effondrement des cours en 2014. «Ce tassement des prix a altéré les recettes pétrolières, obligeant les gouvernements à tailler dans leurs dépenses, ce qui a aggravé le ralentissement de l’activité du secteur privé dans bon nombre de régions» ont relevé les auteurs qui ont également mis en exergue l’impact des inégalités de revenu et de l’instabilité politique, lesquelles ont également érodé les capacités de certains pays exportateurs à gérer des prix aussi bas.

«Les pays exportateurs de pétrole ayant des régimes de change flexibles, des amortisseurs budgétaires relativement importants et des économies plus diversifiées s’en sont mieux sortis que les autres depuis l’effondrement des cours», a résumé Ayhan Kose, directeur du Groupe d’étude des perspectives de développement de la Banque mondiale. Toutefois, «la plupart d’entre eux connaissent toujours une situation budgétaire tendue, liée à la dégradation de leurs perspectives de recettes depuis 2014», a-t-il ajouté.

Hausse généralisée des cours des matières premières

De manière générale, les prévisions annoncées dans l’édition d’avril du Commodity Markets Outlook de la Banque mondiale sont de bon augure pour le Continent, grand pourvoyeur de matières premières sur les marchés mondiaux.

Ainsi, les prix des produits énergétiques (pétrole, gaz naturel et charbon) devront s’envoler de 20% en 2018, soit une révision à la hausse de 16 points de pourcentage par rapport à octobre. De leurs coté, les matières premières agricoles, notamment les produits alimentaires et non alimentaires, devraient se redresser de plus de 2% en 2018, avec l’amenuisement des perspectives d’ensemencement. Les perturbations liées aux conditions météorologiques devraient être minimes.

«L’accélération de la croissance mondiale et la hausse de la demande jouent un rôle important dans cette augmentation générale des prix de la plupart des matières premières, sachant que cette tendance devrait se prolonger», a expliqué à ce sujet Shantayanan Devarajan, directeur principal de la Banque mondiale pour l’économie du développement qui ajoute que parallèlement, «les mesures en cours de discussion ajoutent une certaine dose d’incertitude».

Les prévisions relatives au prix des métaux pourraient, de leur côté, être revues à la hausse si la demande mondiale se révèle plus soutenue que ce qui a été anticipé. «L’offre pourrait être contrainte par la lente intégration des nouvelles capacités, les sanctions commerciales contre les exportateurs et la politique menée par la Chine», souligne la Banque mondiale.

De ce fait, une révision à la baisse pourrait survenir en cas de croissance moins solide qu’attendu sur les principaux marchés émergents, la remise en service de capacités inutilisées et l’assouplissement de la politique environnementale de la Chine. Du côté des métaux précieux, le rapport table sur un rebond de 3% cette année, «étant donné le relèvement attendu des taux d’intérêt aux États-Unis et des scénarios plus inflationnistes».

Pour ce qui est des prix des céréales, huiles et tourteaux, ils devraient se redresser aussi cette année, sous l’effet d’anticipations d’ensemencement moins fortes qu’attendu. «La faiblesse du phénomène La Niña qui s’est prolongé durant les premiers moins de l’année 2018 aura uniquement perturbé la production de banane en Amérique centrale et celle de soja en Argentine, sans répercussions notoires sur les marchés mondiaux», a aussi souligné le rapport. Aussi, l’introduction possible par la Chine de droits compensatoires en réponse au relèvement des tarifs douaniers par les États-Unis pourrait pénaliser le marché du soja.

Des évolutions donc contrastées des cours et des facteurs à risque ambiants avec lesquelles les pays africains devront composer en anticipant les chocs, afin de mieux gérer leurs impacts sur leurs budgets et par conséquent leurs perspectives économiques.

Aboubacar Yacouba Barma

afrique.latribune

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