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Banques et matières premières: des liens séculaires remis en question

Banques et matières premières: des liens séculaires remis en question

Régulation, nouvelles technologies… les banques doivent faire évoluer leur rôle historique dans le commerce des matières premières.

Les banques ont avec les matières premières des liens séculaires. Au Moyen-Âge, les marchands et les armateurs sont devenus les grands banquiers de Venise, de Florence ou d’Augsbourg. Depuis cette époque c’est la même liasse de documents, le « connaissement », qui permet à la banque de suivre la marchandise tout au long de son parcours.

La crise de 2008 a modifié les pratiques, les États ont accru les obligations de fonds propres ainsi que la réglementation, explique David Leboiteux, auteur avec Fabien Constant de l’ouvrage Banques et matières premières : « On demande la connaissance des clients, mais aussi est-ce que la transaction fait du sens ? Est-ce que la cargaison de riz qu’on finance entre la Thaïlande et la Côte d’Ivoire et le Congo est au bon prix ? Quels sont les acteurs ? Est-ce que l’acteur thaïlandais fait partie d’une liste de sanctions de l’OFAC par exemple pour parler des États-Unis, sur une liste de sanctions des Nations Unies ou de l’Union européenne ? »

Le défi de la dématérialisation des documents

Les banques européennes, qui finançaient traditionnellement les campagnes de coton ou de cacao, et le commerce des matières premières, ont réduit la voilure face au manque de liquidités puis face au risque dollar. De nouveaux acteurs sont apparus : les banques des pays émergents et notamment les réseaux africains, dont Ecobank. Mais aussi les hedge funds, des fonds pas encore soumis aux mêmes contraintes.
Nouveau défi aujourd’hui pour les banques : la dématérialisation par les nouvelles technologies financières, dont la « blockchain ». « Beaucoup de banques aujourd’hui font partie d’un consortium, R3, dont le but est de réfléchir à occuper le terrain pour que ce terrain ne soit pas occupé par des acteurs non bancaires, explique David Leboiteux, pour que les banques ne perdent pas leur statut de tiers de confiance ».

La blockchain a été testée avec succès pour suivre l’expédition d’un conteneur de coton américain par un importateur chinois. Un autre produit bancaire innovant a permis de suivre une cargaison de minerai de fer de BHP jusqu’à son paiement par Cargill. Les risques juridiques subsistent et personne ne sait encore quelle norme l’emportera.

Claire Fages
rfi

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