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Bénin / FMI : à Cotonou, le jeu d’équilibriste de Christine Lagarde

Bénin / FMI : à Cotonou, le jeu d’équilibriste de Christine Lagarde

La directrice générale du FMI est arrivée à Cotonou dimanche dernier où elle conduit une visite de travail de 4 jours. Au menu, des rencontres avec les autorités politiques, les responsables des institutions financières ainsi que ceux du secteur privé mais aussi ceux de la société civile. Si le Fonds estime que la situation économique du pays surfe sur une bonne dynamique, il n’a pas manqué également de relever quelques limites notamment une croissance non inclusive. A Cotonou, Christine Lagarde va donc devoir ménager toutes les parties.

Pour les autorités béninoises, la visite qu’effectue du 10 au 14 octobre à Cotonou la directrice générale du FMI est un joli coup diplomatique qui va permettre de mettre en lumière l’impact des mesures prises pour assainir l’économie béninoise depuis l’arrivée de Patrice Talon au pouvoir. C’est en grande pompe que Christine Lagarde a été accueillie, dimanche dernier, par le ministre de l’Economie et des finances Romuald Wadagni et au cours de son séjour, elle rencontrera le chef de l’Etat ainsi que plusieurs membres du gouvernement, les principaux responsables financiers du pays mais aussi des représentants du secteur privé et de la société civile

Pour sa deuxième visite en Afrique au cours de l’année en cours, la directrice générale du FMI aura un agenda des plus chargés. Officiellement, la visite est consacrée au suivi de l’évolution de la situation socioéconomique du pays ainsi que les mesures prises par le gouvernement dans de son programme d’actions (PAG) afin de poursuivre l’assainissement des finances publiques et de dynamiser le rythme de croissance pour plus d’inclusivité.

La visite de Christine Lagarde vient à la suite d’une mission des services du FMI qui a séjourné dans le pays dans le cadre des consultations engagées en 2017 au titre de la Facilité élargie du crédit qui a été approuvé par le Conseil d’administration du Fonds. En contrepartie de la mise en œuvre de certaines réformes dans le cadre d’un programme triennal, le FMI avait donné son accord pour un prêt de 150 millions de dollars qui sera décaissé par tranche en fonction de l’évaluation de la mise en œuvre du programme.

Des progrès et des défis

A l’issue donc de sa dernière évaluation, le FMI a relevé que « les perspectives à moyen terme continuent de montrer des signes favorables, avec une croissance économique forte et une inflation faible ». Il a été particulièrement noté que la a compression des dépenses courantes a contribué à la réalisation d’un déficit budgétaire inférieur aux prévisions du programme, à 6 % du PIB en 2016, contre 8 % en 2015. De même, la trajectoire de l’assainissement des finances publiques indique une réduction supplémentaire du déficit, à 1,8 % du PIB en 2019, soit en deçà du critère de convergence de 3 % du PIB de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Toutefois, malgré ces perspectives économiques favorables à moyen terme, « il subsiste des difficultés qui doivent être réglées » a fait cas le FMI dans sa note d’évaluation publiée la semaine dernière. Parmi les difficultés, la définition des priorités en matière de dépenses publiques pour promouvoir une croissance inclusive et réduire la pauvreté ainsi que l’accélération des réformes des administrations fiscale et douanière afin de mobiliser plus de ressources intérieures. Le FMI a aussi préconisé d’accroître l’efficience des investissements publics pour pérenniser la croissance projetée à moyen terme, de s’attaquer à la charge croissante du service de la dette intérieure, et de renforcer la gestion de la dette afin de préserver la viabilité de la dette publique.

Polémiques et critiques

Pour le FMI, le gouvernement béninois est donc sur la bonne voie mais peut mieux faire. C’est en quelques sortes le message que va porter Lagarde à Cotonou, d’autant que dans le pays certaines voix s’élèvent pour critiquer la gestion économique du gouvernement Talon par rapport à certains dossiers. C’est du reste conscient du fait qu’elle est très attendue et surtout pour ne pas donner un seing en blanc aux autorités que Lagarde essaie de ménager toutes les parties et d’écouter toutes les voix d’où les raisons de sa rencontre avec les opérateurs économiques et la société civile. A la veille de son déplacement et dans un entretien qu’elle a accordé au quotidien national « La Nation », la directrice du FMI s’est livré à ce jeu d’équilibriste en droite ligne avec son slogan « ce n’est plus le FMI de Papa », ressassé depuis sa prise de fonction à la tête de l’institution de Bretton Woods.

« Depuis plusieurs années, le Bénin connaît une forte croissance économique. Cependant, cette solide performance macroéconomique ne s’est pas encore traduite par une réduction significative de la pauvreté, ce qui reste un défi majeur. Nous aimerions voir de nouveaux progrès dans la protection sociale des populations les plus démunies, d’autant plus que les dépenses dans ce secteur ont été en dessous des objectifs que nous avons définis avec les autorités. A cet égard, les autorités nous ont assuré que les retards dans la mise en œuvre des réformes liées à la protection sociale étaient dus à des obstacles administratifs qui ont été levés, et que les objectifs concernant les dépenses en matière de protection sociale seront atteints ». Christine Lagarde

A Cotonou en tout cas, société civile et parti politique de l’opposition compte faire entendre leurs voies. Dans une lettre ouverte qu’il a adressé à la directrice du FMI, Philippe Noudjenoume, secrétaire permanent du Parti communiste du Bénin (PCB) et président de la Convention patriotique des forces de gauche, a par exemple estimé « incompréhensible » que le FMI soutienne le programme des réformes des autorités. Il a ainsi fustigé la politique économique développée depuis quelque temps par le gouvernement qui « ne va pas dans le sens d’une croissance inclusive et surtout dans le sens de la politique de éducation de la pauvreté désormais paradigme du FMI ». Entres autres griefs qui reviennent régulièrement parmi les critiques, « une gestion chaotique des finances publiques et une politique budgétaire erratique »

Des critiques certes d’opposants mais que la directrice générale du FMI va devoir tenir compte durant sa visite, la première dans le pays.

Aboubacar Yacouba Barma

la tribune afrique

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