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BFM TV : Les 10 années qui ont changé le marché de l’information télévisée

BFM TV : Les 10 années qui ont changé le marché de l’information télévisée

Lorsqu’elle a fait irruption dans le paysage, BFM a bousculé les habitudes. Elle est devenue le nouvel étiage.

En déboulant il y a 10 ans sur le marché des chaînes d’information, BFMTV a bousculé un paysage audiovisuel qui conservait un aspect très institutionnel. Aussi bien LCI qu’iTélé, respectivement en place depuis 1994 et 1999, appartenaient à des grands groupes (Canal+ et TF1) et respectaient la « tradition » française.
Fruit des réflexions d’un Alain Weill curieux de ce qui se passait aux Etats-Unis et pas mécontent de se présenter comme un outsider, BFM a d’abord été critiquée, voire méprisée. Les deux chaînes existantes bénéficiaient de budgets largement supérieurs avec respectivement 50 et 37 millions d’euros par an, contre 20 millions pour celle de NextRadioTV. Les choses ont depuis bien changé.

DSK, Charles Hebdo…

Alors que France Télévisions, Radio France et France Médias Monde travaillent à la création d’une chaîne d’information publique et que LCI attend en trépignant que le CSA lui accorde de passer sur la TNT gratuite, BFM est devenue la référence dans l’info télévisuelle en continu. A 2 %, sa part de marché est deux fois plus élevées que celle d’iTélé. LCI qui reste prisonnier de son modèle payant attire une audience encore bien plus faible. Mieux, depuis l’affaire de DSK au Sofitel puis les attentats contre Charlie-Hebdo, BFM TV a gagné le respect d’une grande partie de la profession. « C’est là que ça se passe », pensent beaucoup. Une photographie du président François Hollande à L’Elysée avec BFM allumé sur la télé derrière lui en plein épisode Charlie a symbolisé ce nouveau statut. « Il est intéressant de voir comment BFM TV a réussi à se faire une place, sans véritable connotation politique, comme c’est le cas aux Etats-Unis avec un clivage fort entre Fox News et MSNBC », souligne Bertrand Villegas, du bureau d’études The Wit.

BFM a fait progresser l’info

Si LCI présente aujourd’hui une nouvelle grille promettant plus de recul et plus d’analyse, c’est certainement pour avoir plus de chance d’obtenir l’agrément du CSA. Mais c’est sans doute aussi parce que la place est prise sur l’info chaude en télé. « BFM a beaucoup fait progresser l’information en France », tranche le patron de presse Franz-Olivier Giesbert. Il se dit accroc aux images de la chaîne qui n’hésite pas à se déplacer sur le terrain. Pascal Delannoy, un des directeurs de France Info à ses débuts et pendant treize ans, estime que BFM TV est « peut-être plus clivante et plus fébrile parce qu’elle met en avant ses journalistes plus que les autres chaînes ». Mais il ajoute que « c’est un choix bien compris qui peut payer et la chaîne a su apprendre de ses erreurs ».
Si son sens du marketing a quelquefois choqué (titres accrocheurs, habillage vif…), la méthode BFM a fait des émules. « La priorité au direct a contaminé les autres chaînes : aujourd’hui, chaque média a des envoyés spéciaux pour presque n’importe quel événement », commente Bertrand Villegas.

Un budget de plus de 50 millions

Les critiques continuent. Revendiquer son aspect « low cost », comme elle l’a fait à ses débuts, vaut toujours un peu à BFM d’avoir la réputation de presser le citron de ses équipes au prix de dérapages, comme pendant l’épisode de l’Hyper Cacher en janvier dernier. De fait, ses journalistes se déplacent en petites équipes et doivent envoyer leurs images avec les moyens du bord. Mais notamment depuis l’année 2010, pendant laquelle la direction a décidé d’augmenter le budget de la chaîne de 40 %, BFM est reconnue pour sa force de frappe. Le budget de la chaîne est désormais de 53 millions d’euros. C’est le premier.

Nicolas Madelaine / Journaliste Médias et Marina Alcaraz / Journaliste
lesechos.fr

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