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Bonne nouvelle : l’excédent commercial allemand recule !

Bonne nouvelle : l’excédent commercial allemand recule !

Les exportations allemandes ont nettement reculé en janvier 2016 (-1,4% sur un an). L’excédent allemand est en net recul (-15,3%), ce qui est un signe encourageant de rééquilibrage de la zone euro. Mais la route est encore longue…

Les statistiques allemandes se suivent et ne se ressemblent pas. Deux jours après la publication d’une hausse record de la production industrielle, l’Office fédéral allemand des Statistiques Destatis, a annoncé un recul annuel de 1,4 % des exportations en janvier.

Des exportations plombées par les pays émergents

Cette baisse en données brutes est la première enregistrée par le commerce extérieur allemand depuis août 2014. En janvier, le montant des exportations s’est élevé à 88,7 milliards d’euros. Il faut remonter à 2013 pour retrouver un mois de janvier aussi faible pour les exportations allemandes (elles étaient alors de 88,2 milliards d’euros). En données corrigées, la baisse n’est que de 0,5 %, mais c’est la deuxième consécutive après le recul de 0,7 % en décembre. Là aussi, ces deux baisses de suite en données corrigées sont des phénomènes rares : il faut remonter à février et mars 2014 pour les retrouver.

La baisse des exportations est surtout sensible vis-à-vis des pays hors UE (-5 %), mais les ventes vers la zone euro sont stables (-0,1 %). Seules les ventes vis-à-vis des pays de l’UE hors zone euro sont dynamiques (+2,9 %), traduisant sans doute la bonne santé des pays d’Europe centrale, du Royaume-Uni et de Suède (qui a connu fin 2014 une croissance record). On peut donc mesurer en ce mois de janvier les effets du ralentissement des pays émergents qui, pendant dix ans, ont été les moteurs de la croissance des exportations allemandes.

Progression des importations

A ce recul des exportations s’ajoute une progression des importations de 1,5 %. Cette hausse est loin d’être exceptionnelle, mais elle est assez forte pour un mois de janvier. En 2015, les importations s’étaient contractées en janvier. En 2014, elles avaient progressé de 0,7 %. En données corrigées, les importations progressent de 1,2 % après avoir reculé de 1,6 % en décembre. C’est la même hausse qu’en novembre 2015 et la plus forte depuis mars 2015. Bref, le rééquilibrage de l’économie allemande semble s’être accéléré en janvier, ce qui n’est pas étonnant compte tenu de la croissance de la consommation et des besoins nés de l’afflux de réfugiés.

Recul des excédents allemands

Au final, l’excédent commercial allemand recule nettement sur un mois, passant de 15,7 milliards d’euros en janvier 2015 à 13,3 milliards d’euros en janvier 2016, soit un recul de 15,3 %. Sur le plan de la balance des paiements, l’excédent se réduit également de 11,5 % à 13,2 milliards d’euros sur le mois de janvier. Ce recul des exportations pourrait être une mauvaise nouvelle pour les fournisseurs de l’Allemagne. Mais les chiffres de la production industrielle et la hausse de 3,7 % des importations en provenance de la zone euro semblent contredire cette hypothèse. En fait, la baisse de l’immense excédent allemand est une excellente nouvelle pour les autres pays de la zone euro. L’Allemagne consomme et investit enfin davantage, elle alimente plus la demande pour ses partenaires européens et sort progressivement de sa stratégie mercantiliste de contraction de la demande interne pour renforcer sa compétitivité externe.

Excédent record en 2015

Reste cependant qu’une hirondelle ne saurait pas faire le printemps. L’excédent allemand de la balance des paiements a progressé sur l’ensemble de l’année 2015, passant de 212 à 249 milliards d’euros, soit une hausse de 17,5 %. Cet excédent représente un niveau de 8,3 % du PIB, soit bien au-delà du niveau que la Commission européenne considère comme « normal » (6 %). C’est donc dire si l’Allemagne part d’un niveau préoccupant. Toute correction est donc bienvenue, mais le chemin vers un vrai rééquilibrage est encore très long.

Tendance structurelle ?

La vraie question est donc de savoir si ce recul de l’excédent est conjoncturel, lié à la seule baisse de la croissance émergente, ou plus structurel et positif, soit lié à la hausse des importations ? On l’a appris par Destatis ce jeudi matin, le coût du travail allemand a progressé de 2,6 %, soit la plus forte hausse depuis 2012. Cette baisse de la compétitivité prix joue-t-elle un rôle dans le recul des exportations ? Il est un peu tôt pour le savoir. Mais cette hausse du coût du travail a, en tout cas, un impact – certes encore assez modéré, mais réel – sur les importations. Enfin, cette tendance initiée en janvier devra être confirmée dans les prochains mois. Et, pour le salut de la zone euro, elle devra encore s’accentuer.

Romaric Godin
latribune.fr

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