mardi 22 septembre 2020
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Bourses 2.0 : Et si on osait les Informal Bonds ?

Bourses 2.0 : Et si on osait les Informal Bonds ?
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Par Fabrice Kom TchuenteDirecteur Exécutif du Cabinet FinAfrique


Quelques mécanismes de financements actuels

Encore aujourd’hui, la part prépondérante du financement de nos économies revient au secteur bancaire, avec l’inconvénient d’ériger le banquier en spécialiste multi-sectoriel. Celui-ci regroupant au sein d’un même portefeuille-clients, des entrepreneurs de l’agro-alimentaire, de l’énergie, du conseil ou des nouvelles technologies.

Nous avons aussi les acteurs du financement de haut bilan tels que les Capital-Investisseurs qui pour des raisons d’efficacité dans le suivi de leurs investissements, se limitent généralement à des investissements de grandes tailles, sachant que quelques-uns d’entre eux (bienheureusement) ont orienté leurs stratégies d’investissement vers le secteur de la Petite et Moyenne Entreprise.

D’autre part, nous avons la Microfinance qui de par sa popularité dénote d’un modèle de financement adapté aux petites économies mais qui malheureusement connait certaines dérives avec l’application de taux usuriers.

Nous aurions pu évoquer le financement par la Méso finance qui est encore récent et qui se situe comme un intermédiaire entre le financement bancaire et micro-bancaire ou encore les Nano-crédit (système d’octroi de crédits généralement inférieurs à 100 000 FCFA proposés par certaines Fintech de la place) et qui sont encore faiblement vulgarisés.

Et enfin, nous avons un système de financement informel et parallèle qui s’est créé, une sorte de financement par la rue (ou de prêt sur gage), appliquant des taux d’intérêts abusifs avec parmi les garanties exigées, la carte bancaire de l’emprunteur.

Face à cette situation qui met en évidence un oubli du secteur informel, ou du moins un système de financement non adapté à cette catégorie de notre économie qui représente pourtant plus de 85% des emplois sur le continent selon une étude de l’Organisation Internationale du Travail, il devient nécessaire de définir un mécanisme de financement alternatif mais surtout différentiant.

Le Secteur Informel, notre matelas de survie

Le Secteur Informel constitue pour la grande majorité des africains un matelas de survie. Pour prendre le cas de l’Europe, le matelas de survie y est défini par chaque état, sur la forme d’un Modèle social. Ainsi, dans chaque pays a été fixé un Salaire Minimum (appelé SMIC) permettant à chaque travailleur de subvenir aux besoins primaires de sa famille. En France, une personne qui se retrouve sans emploi peut même bénéficier d’un Revenu Minimal de Solidarité appelé le RSA en attendant de retrouver un emploi.

En Afrique, ce Matelas de survie se caractérise par nos activités informelles. L’agent contractuel d’une administration publique qui gagne 65 000 FCFA/mois (soit 100 €) et qui est à la tête d’une famille avec 6 enfants, a besoin de développer une activité informelle en parallèle pour arrondir ses fins de mois, ne serait-ce que pour la survie alimentaire de sa famille.

Financer notre informel reviendrait donc à financer notre protection sociale. L’informel ne peut rester le « Grand Oublié », ou le « Mal Outillé » de notre économie tel qu’il l’est aujourd’hui.

On a toujours souhaité adapter nos Bourses de Valeurs africaines en fonction des caractères socio-économiques qui régissent nos sociétés. Aujourd’hui, le Marché Financier africain, devrait représenter l’Espoir, l’Alternative, par comparaison à des mécanismes de financement qui bien que diversifiés, n’ont pas permis aujourd’hui de satisfaire ce segment si représentatif de notre économie.

Ce Marché Financier 2.0 devrait permettre de s’imprégner de nos modes de fonctionnement au quotidien. Chaque acteur de notre chaîne économique devrait pouvoir identifier une opportunité au travers de ce Marché Financier.

C’est ainsi que nous proposons la mise en place d’un nouveau produit que l’on pourrait qualifier d’Informal Bond.

Informal Bond : Qu’est-ce que c’est ?

Selon un rapport du Fonds Monétaire International (2017), le secteur informel représenterait selon les pays africains, entre 20% (Afrique du Sud) et 65% (Bénin, Nigéria) de leur Produit Intérieur Brut.  Contrairement à l’idée qu’on s’en fait habituellement, il n’est pas pour autant toujours mal organisé. Certaines de ses activités sont organisées en « Corporations / Coopératives / Groupements ». Pour exemple, des groupements de Planteurs, des groupements de Motos-taxis, etc…

L’idée est tout simplement de permettre aux groupements ayant fait preuve (historiquement) d’une bonne organisation et d’une bonne gouvernance de solliciter un financement pour leurs membres via le Marché Financier par l’émission de ce que l’on appellerait un Informal Bond (Obligation dédiée au financement d’activités informelles).

Cette émission serait directement initiée par les Responsables du Groupement qui auraient au préalable sélectionnés (grâce à leur connaissance du secteur et de leurs membres) les membres bénéficiaires ainsi que les montants des prêts octroyés pour chacun d’eux.

Partant du principe que le groupement aura préalablement fait preuve de probité morale, il serait envisageable que tout ou partie de cette émission soit garantie par une banque ou un fonds de garantie de l’état. Ce qui allègerait le coût de cette dette dont la maturité n’excèderait pas les 18 mois.

Pour des raisons de sécurité et de transparence, en cette ère du digital, les prêts et les remboursements se feraient directement par Mobile Money entre la Banque dépositaire de l’opération et ces entrepreneurs du secteur informel.

Pour résumé notre propos, après les compartiments primaires et secondaires pour les Grandes entreprises, après le 3ème compartiment dédié à la cotation des Petites et Moyennes Entreprises, il serait temps de mettre au point au sein de nos Bourses de Valeurs un 4ème compartiment dédié au financement du secteur informel.

financialafrik

 

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