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Bouygues n’en a pas voulu, Springer jette son dévolu sur ProSieben

Bouygues n’en a pas voulu, Springer jette son dévolu sur ProSieben

Le M6 allemand, fort sur le numérique, aurait permis à TF1 de s’ouvrir à l’international. Mais c’est le géant Axel Springer qui s’est mis dans la course, même si l’affaire ne semble pas simple.

Le groupe de médias allemand ProSiebenSat1 était présenté voilà quelques semaines par les analystes de Natixis comme une cible de choix pour le groupe… Bouygues. S’il avait vendu sa filiale télécoms, convoitée par Patrick Drahi d’Altice, Bouygues aurait pu envisager avec profit un mariage de TF1 et ProSiebenSat1, assurait Natixis. L’échafaudage s’est effondré avec le refus de Martin Bouygues. Mais ProSieben pourrait grossir… en Allemagne. Des discussions sont en cours avec le géant allemand Axel Springer.

Le même handicap que TF1

Sorte de M6 germanique, ProSiebenSat1 édite une bonne quinzaine de chaînes en Allemagne, en Autriche et en Suisse, toutes inconnues des Français: Pro 7, Sat.1, Kabel Eins ou 9Live. La plus importante, ProSieben, arrive au troisième rang des chaînes privées allemandes. La cible est belle: ProSiebenSat1 affiche plus de 9,3 milliards d’euros de capitalisation boursière. Le groupe s’est bien développé sur le numérique, mais il souffre du même handicap que TF1 en France: une présence nationale importante –en l’occurrence en Allemagne– mais son internationalisation est limitée, ce qui en fait une cible de choix à l’heure des grandes consolidations dans le paysage des médias européens. Ses propriétaires, un groupe d’investisseurs réunis sous la houlette de Haim Saban, n’en font pas non plus une citadelle imprenable.

Le groupe Axel Springer présente un profil très différent. L’éditeur du Bild, premier quotidien européen, a clairement orienté sa stratégie vers le développement de ses activités numériques. Le cas de la France est à cet égard emblématique. Ce groupe familial allemand, propriété de Friede Springer, la veuve du créateur Axel Springer, avait envisagé de lancer Bild en France, après une déclinaison en Pologne. Mais au dernier moment, ce grand projet pour lequel le groupe avait réuni et constitué une équipe placée sous la houlette de Robin Leproux, a été abandonné à l’été 2007.

Axel Springer a préféré acquérir le site français Aufeminin.com, sur la base d’une valorisation stratosphérique de 280 millions d’euros, soit 20 fois le résultat d’exploitation d’AuFeminin.com en 2007. En Allemagne, Axel Springer a vendu en 2013 ses activités de presse régionale, ses titres de télévision et ses magazines féminins pour 920 millions d’euros, pour investir dans la télévision avec l’acquisition de la chaîne d’information N24, et encore sur Internet, avec un site de petites annonces immobilières belge, Immoweb.

Encore des obstacles à franchir

Il lui reste tout de même des actifs de presse majeurs. Outre Bild, Axel Springer édite le quotidien Die Welt et une trentaine de magazines (parmi lesquels Télémagazine en France) et des sites Internet puissants: Seloger ou Autoreflex. La valorisation d’Axel Springer, dont seul 40% du capital est coté, atteint 4,7 milliards d’euros.

Mais des obstacles s’élèvent sur la route de cette fusion de grande envergure. D’abord, tout en affirmant sa volonté d’ouvrir «des options de croissance», le groupe Axel Springer a immédiatement affirmé sa volonté de maintenir à long terme la propriété du capital entre les mains de la famille fondatrice et de Friede Springer. Surtout, cette même fusion avait déjà été lancée dans les années 2000, mais en 2006, les autorités de la concurrence avaient bloqué l’opération. L’attirance est bien là, mais le mariage n’est pas encore célébré.

Marc Baudriller
challenges.fr

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