Accueil / Mines & Energies / Bras de fer autour des diamants de la Tanzanie

Bras de fer autour des diamants de la Tanzanie

Bras de fer autour des diamants de la Tanzanie

L’état a confisqué un lot de diamants à Petra Diamonds. Le Britannique stoppe temporairement ses activités dans le pays et plonge en Bourse.

A la Bourse de Londres, le producteur de diamants Petra Diamonds a connu un début de semaine brutal. En quelques minutes lundi, la société minière a dévissé jusqu’à près de 30 %, avant de se ressaisir. Elle n’avait pas accusé un tel plongeon en séance depuis 16 ans.

Petra venait de confirmer que le gouvernement de Tanzanie avait saisi un lot de pierres précieuses de près de 72.000 carats, dans le cadre d’une enquête d’un comité parlementaire sur le secteur minier local. Ces diamants extraits de la mine de Williamson (que Petra détient à 75 %, le reste étant détenu par le gouvernement tanzanien) étaient en partance pour son bureau d’Anvers en Belgique.

Arrêt temporaire de la production

« Certains collaborateurs clés » de Williamson sont actuellement interrogés par les autorités, a révélé dans un communiqué la société minière, qui a dû stopper temporairement sa production « pour des raisons de santé et de sécurité ». En cause ? Les motifs pour lesquels ces actions ont été menées ne lui ont pas été « formellement donnés » jusqu’à présent, a assuré Petra. Pour autant, la veille, des agences de presse avaient rapporté des propos du ministre des Finances entendus sur la chaîne gouvernementale annonçant vouloir « nationaliser » ces diamants saisis fin août à l’aéroport de Dar es-Salaam.

« Dans ses documents, Williamson Diamonds a déclaré que la valeur des diamants était de 14,798 millions de dollars, alors qu’une expertise récente faite par le gouvernement a établi que leur valeur réelle était de 29,5 millions », indique le ministère des Finances et du Plan dans un communiqué. « C’est de cette façon que les Tanzaniens se font voler en plein jour », a lancé le ministre des Finances cité par Bloomberg, en parlant de « fraude ». De son côté, le producteur britannique prend soin de préciser qu’il « n’est pas responsable » de la valorisation provisoire des lots de diamants avant qu’ils soient exportés à Anvers, et que celle-ci est effectuée par une agence gouvernementale.

Bras de fer avec plusieurs producteurs

L’an dernier, la mine de Williamson, que Petra présente comme le « seul site de production de diamants important en Tanzanie », a produit 212.869 carats et compté pour 18 % de son chiffre d’affaires. Si les investisseurs en Bourse ont fortement réagi, les analystes d’Investec, spécialistes du secteur minier, tempèrent l’impact des déboires de Petra. Ils évaluent la mine à 28 millions de dollars, soit 3 % environ du total de la valeur des actifs de l’entreprise (hors dette).

Reste que Petra n’est pas la seule société minière étrangère en désaccord avec l’état africain qui a engagé un bras de fer avec plusieurs d’entre elles. En particulier depuis l’arrivée au pouvoir en 2015 du président John Magufuli. Surnommé le « bulldozer » , le dirigeant mène une lutte acharnée contre la corruption et le gaspillage de l’argent public, il entend par ailleurs doubler les contributions du secteur minier au PIB du pays à 10 % d’ici à 2025.

En juillet dernier, Acacia Mining, filiale africaine du premier producteur mondial d’or, Barrick Gold, a ainsi reçu de la part du gouvernement tanzanien une facture fiscale de… 190 milliards de dollars. Une somme exigée en raison d’impôts impayés sur une période allant de 2000 à 2017, le reste correspondant aux pénalités et intérêts. Acacia Mining a nié les accusations, mais trinque en Bourse : son action a chuté de près de 50 % depuis le début de l’année.

Montée du nationalisme des ressources

La dispute s’était accélérée en mars, après que la Tanzanie a interdit les exportations de concentrés de métaux, avec l’idée de lutter contre la fuite illégale des minerais. La semaine dernière, Acacia, dont la maison-mère est toujours en négociations avec l’état, a fait savoir qu’elle allait devoir réduire son activité minière dans le pays, rappelant au passage que ses mines emploient environ 5.000 personnes dont 95 % de Tanzaniens.

Pour les observateurs du secteur minier, ces différends illustrent la remontée actuelle du nationalisme lié aux ressources naturelles à travers le monde.

L’un des exemples les plus frappants a eu lieu cet été : le géant américain Freeport-McMoran s’est résolu à laisser au gouvernement indonésien une participation majoritaire dans l’une des mines de cuivre et d’or les plus généreuses de la planète, Grasberg, située en Papouasie. Après des mois de négociations et une colère qui montait localement ces dernières années, Jakarta a fait plier le groupe qui a dû se résigner à lâcher le contrôle.

Muryel Jacque
lesechos

Aller en haut