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Brésil : crise politique et euphorie boursière

Brésil : crise politique et euphorie boursière

Le marché joue un déblocage de la situation et la mise en place des réformes nécessaires.

Les investisseurs ont décidé de prendre un véritable pari sur le Brésil : celui d’une chute de la présidente Dilma Rousseff entraînant une alternance politique qui ouvrirait la voie à des réformes économiques. C’est cet espoir, avec au second plan le récent regain des cours des matières premiè­res, qui porte la Bourse de Sao Paulo. Le rebond de son principal indice, le Bovespa, est spectaculaire : + 25% en un mois !

Un feuilleton très suivi

Les marchés sont ainsi suspendus au feuilleton politico-judiciaire lié au scandale Petrobras, qui a vu ces derniers jours la mi­se en examen de l’ex-chef d’État Lula, puis l’annonce de son retour au gouvernement en tant que numéro deux, et la suspension de cette nomination par un juge fédéral… Des rebondissements qui alimentent une con­testation qui a fait défiler 3 millions de manifestants.

L’issue de cette crise politique est très incertaine. En particulier, les obstacles à une destitution de Dilma Rousseff restent nombreux. Il n’empêche que les investisseurs jouent un dénouement favorable. Mais qu’attendent-ils d’une alternance ? Avant tout, la mise en place d’un agen­da budgétaire pour rétablir les finances publiques.

Une dette dégradée en catégorie spéculative

La situation est critique. Depuis septembre, la dette du Brésil a été dégradée en catégorie spéculative par S&P et Fitch. Le déficit public a atteint un record en 2015, autour de 10% du PIB, dont plus de 8% dus aux seuls intérêts de la dette. La dégradation est aussi liée à la baisse des rentrées fiscales causée par la crise.

Après une décennie (2003-2013) de croissance soutenue (3,5% l’an en moyen­ne), l’économie a basculé en récession fin 2014. Le PIB s’est contracté de 3,8% l’an passé. Premier producteur mondial de café, de sucre et de soja, également gros exportateur de produits miniers (aluminium, fer…), le pays a été frappé de plein fouet par la fin du supercycle des matières premières.

La consommation des ménages, traditionnel moteur de la croissan­ce, souffre d’un pouvoir d’achat rogné par l’inflation (autour de 10%) et de la forte poussée du chômage (à 7,6% en janvier). L’investissement s’est effondré. En cause, un climat politique délétère, une politique monétaire très restrictive (le taux directeur est à 14,25%), ainsi que la forte réduction des investissements de Petrobras.

L’export se redresse

Les économistes tablent sur une nouvelle contraction du PIB cette année, autour de 3,5%. Le pays semble ainsi s’acheminer vers sa plus longue récession depuis les années trente. Seule lueur d’espoir, le redressement des exportations (voir le graphi­que), aidé par la forte dépréciation du réal. Conjugué à l’effondrement des importations, il a permis une amélioration du déficit courant à 2,9% du PIB en janvier, contre 4,4% un an plus tôt.

«Le Brésil ne court pas le risque d’une crise de balance des paiements», expliquent les économistes d’UBS, jugeant que le commerce extérieur est «le principal espoir» de sortie de récession. Au-delà, inverser la vapeur à moyen terme nécessite de s’attaquer aux problèmes de fond que l’âge d’or des matières premières a occultés : une fiscalité source de distorsions, de gros retards en matière d’infrastructu­res, une perte de compétitivité qui a laminé l’industrie…

Autant de maux appelant des réformes que seul un climat politique serein permettrait de mener à bien.

Marianne Py
lerevenu.com

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