Accueil / International / Brexit, le « on » et le « off »

Brexit, le « on » et le « off »

Brexit, le « on » et le « off »

L’enjeu cette semaine, pour les Vingt-Sept face au Brexit, est aussi de montrer qu’il n’est pas si facile de quitter l’Union européenne. En creux, cela veut dire qu’elle a des avantages.

A Bruxelles mercredi soir, il se jouera bien plus que les seules modalités concrètes du Brexit. Le dîner des chefs d’Etat des Vingt-Huit constatera – ou pas – des « progrès décisifs » des négociateurs en vue d’un accord pour la sortie du Royaume-Uni le 29 mars 2019. Cela, c’est le rendez-vous officiel, le « on » comme l’on dit dans les médias.

Mais le « off » est en réalité plus important. A l’approche du jour fatidique, il s’agit pour les Vingt-Sept de forger le sentiment que tous les autres Européens, ceux qui restent, garderont de ce bras d’honneur qui leur a été adressé il y a deux ans et des mois de discussions qui ont suivi entre les deux rives du Channel. Est-il facile de divorcer ? Est-ce une opération avantageuse ? Délicate, voire dangereuse ?

D’ici les élections européennes, les capitales ont un besoin absolu de montrer qu’il n’est pas si aisé de quitter l’Union et que cela ne se fait pas sur un claquement de doigts. Dire merci, au revoir et à bientôt a des conséquences concrètes et un prix. Avancer cela n’est en aucun cas contester la souveraineté du peuple britannique, qui a fait son choix librement. Chacun souhaite sincèrement un bel avenir au Royaume-Uni. Mais il ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre, traduction française du « cherry picking » dont rêve Londres. En clair, garder tous les avantages sans aucun inconvénient. En clair surtout, c’est une manière de faire la preuve que l’UE a du bon.

L’exemple le plus emblématique concerne la frontière irlandaise. Le sujet est inextricable parce que les deux Irlande veulent légitimement conserver une liberté de mouvement entre le Nord et le Sud. Mais la sortie du Royaume-Uni de l’UE signifie le rétablissement d’une frontière. Londres craint dès lors que l’unité de son Royaume vole en éclat. Qu’un accord subtil soit probablement trouvé n’empêchera pas la vérité : les Britanniques se réveillent avec la gueule de bois.

Il est triste que l’unité des Européens soit plus convaincante face au Brexit que sur leur avenir. Mais c’est déjà un acquis.

Dominique Seux
lesechos

Aller en haut