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Brexit : un accord et beaucoup de temps perdu

Brexit : un accord et beaucoup de temps perdu

En un sens, le compromis annoncé vendredi matin constitue un retour à la réalité. Si le contexte n’avait pas été aussi fragile outre-Manche, il aurait dû être conclu beaucoup plus vite.

Que de temps perdu ! Il aura fallu aux négociateurs européens et britanniques un peu plus de huit mois pour parvenir à s’entendre sur la première phase des négociations sur le Brexit, portant sur le divorce. Pourtant, quand on se penche sur ce qui a été acté vendredi matin, le constat est simple : c’est l’évidence qui a fini par s’imposer.

Vendredi, face à Michel Barnier, l’amertume des journalistes britanniques était perceptible : le représentant de la BBC lui a demandé s’il y avait un seul point sur lequel, au final, l’Union avait fait des concessions. Lorsque le Savoyard lui a répondu qu’il avait accepté que Londres ne paye pas pour le déménagement des agences européennes, l’exclamation d’enthousiasme ironique a été immédiate dans le camp britannique.

Retour à la réalité

Mais ce qui peut être lu comme une capitulation de Londres est simplement un retour à la réalité. La négociation sur le chèque britannique a fait couler beaucoup d’encre, suscité l’exaspération et parfois, l’outrance outre-Manche. Dans les faits, il s’agissait pourtant pour Londres, comme le martelait Michel Barnier, de payer ce qui était dû . Ne pas le faire aurait été calamiteux pour le pays, qui aurait perdu subitement toute crédibilité financière.

Impensable quand on s’apprête à rejoindre, seul, le grand large du commerce mondial. Au final, les estimations les plus raisonnables chiffrent à 40 ou 45 milliards d’euros le chèque – libellé en euros- que paiera Londres. Une somme que tous les spécialistes jugent simplement raisonnable au regard de ce que serait le coût d’une absence d’accord. Et qui sera payée progressivement, lorsque les sommes seront dues.

Les règles du marché unique

Le même constat peut se faire au sujet de l’Irlande. Comment résoudre le casse-tête ? D’un côté, il est indispensable de réinstaurer une frontière entre le Nord et le Sud de l’île, puisque le Sud est un pays appartenant à l’Union européenne, tandis que le Nord fait partie du Royaume-Uni. De l’autre, le gouvernement britannique dépend du soutien des unionistes du nord (DUP), lesquels refusent catégoriquement qu’un alignement réglementaire entre le Nord et le Sud se traduise par un éloignement entre leur territoire, l’Ulster, et la Grande-Bretagne. Le noeud du problème, là, était le souhait, martelé par Londres, de quitter le marché unique.

Après bien des péripéties, l’accord promet une absence de divergence entre le Nord et le Sud sur l’ensemble des sujets concernés par l’accord de paix de 1998. Et stipule, noir sur blanc, que si aucune solution satisfaisante n’est trouvée, Londres devra tout simplement… suivre les règles du marché unique sur ces 142 points ! Ce qui revient à dire que, sans appartenir formellement au marché unique, Londres va devoir, d’une manière ou d’une autre, en rester proche dans ses pratiques réglementaires. C’est, là aussi, le retour au réalisme qui a primé.

Bâtir la confiance

Quant au statut des citoyens, il sera très protégé mais sur ce point, c’est l’Union européenne qui a fini par faire une concession raisonnable qui, elle aussi, semblait prévisible. Michel Barnier voulait que la Cour de justice européenne (CJUE) garde indéfiniment la haute main sur les litiges concernant les Européens installés outre-Manche. Cette exigence, inacceptable dans un pays qui cherche à retrouver sa souveraineté et qui a une pratique juridique respectée, a dû faire l’objet d’un compromis : ce n’est que pendant huit ans que sera maintenu ce lien avec la CJUE. Le temps que se construise une jurisprudence sur la plupart des sujets.

Si le but de cette phase de négociation était de bâtir la « confiance » nécessaire pour parler d’avenir, la conclusion est donc ambiguë : vu le temps qu’il a fallu pour y parvenir, cet avenir s’annonce compliqué.

Gabriel Grésillon
lesechos

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