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Bruno Ben Moubamba : Les cours du pétrole valident la stratégie de diversification du Gabon

Bruno Ben Moubamba : Les cours du pétrole valident la stratégie de diversification du Gabon

Le Gabon, dont la France est un partenaire privilégié de toujours, est confronté à une double tourmente, la contestation pour fraudes de la réélection d’Ali Bongo, en août 2016, et la chute des cours du pétrole. L’or noir assure le tiers du PIB et la moitié des recettes à l’exportation de ce pays de 1,8 millions d’habitants.

Vous êtes une des principales personnalités d’opposition à avoir intégré le gouvernement malgré la contestation de la réélection d’Ali Bongo. Pourquoi ?

Je suis membre d’un gouvernement d’ouverture mais n’ai pas intégré la majorité présidentielle. C’est une démarche de refus de la violence en tant que dirigeant de l’alliance pour le changement et le renouveau (ACR). Comme Emmanuel Macron, qui a été rejoint par des personnalités d’un peu partout pour renouveler le jeu politique en France, l’exécutif gabonais a recruté au delà du parti au pouvoir, dans l’opposition, la société civile, la diaspora.

Ma démarche n’est évidemment pas appréciée par certains membres du régime ainsi que certaines figures de l’opposition radicale. Peut être à cause de mon doctorat en philosophie, je m’inspire de Saint Augustin et de Mandela qui estimait qu’il fallait discuter avec ses adversaires. J’estime avoir participé à une baisse de la tension, ce qui n’enlève rien aux divergences que je peux conserver avec le président.

Qu’attendez vous de la mission de la Cour pénale internationale qui vient de s’achever sur les violences commises lors de la contestation des résultats de la présidentielle ?

Je ne me sens lié ni de près ni de loin avec des fraudes éventuelles à cette élection où je suis arrivé troisième. Le fait que la mission soit venue à l’invitation du pouvoir et ai pu travailler sans entraves, comme elle l’a reconnu, marque une volonté de transparence. Nous attendons ses conclusions. Cela devrait permettre notamment d’arriver à un bilan plus réaliste que les 500 morts ou les massacres évoqués ici ou là, même si un seul mort est déjà un mort de trop. Il faut comprendre la colère populaire face à un système vieux de presque un demi siècle, je crois que le président Bongo en est conscient. Mais ici comme dans d’autres pays africains, si on veut démanteler ce système il faut ménager une porte de sortie. Je vois une différence entre Ali Bongo au pouvoir depuis huit ans, et certains dirigeants de l’opposition qui ont profité de ce système pendant 42 ans.

Comment le Gabon s’adapte-t-il à la chute des cours du pétrole, principale ressource à l’exportation ?

C’est rude, car cela s’est traduit par une quasi-division par deux en trois ans des recettes publiques tirées de l’exploitation du pétrole, et une croissance tombée sous les 5 %, ce qui est insuffisant pour un pays comme le Gabon. Cette baisse des cours du pétrole valide donc la stratégie de diversification menée notamment via le plan Graines dans l’agriculture et la stratégie de valorisation de la filière bois en mettant l’accent sur la transformation sur place. Une diversification sans laquelle nous serions actuellement en très grand danger. Il faut parallèlement faire attention à la dette publique et envisager des alternatives, comme la titrisation ou le Club de Paris, aux mécanismes élargis de crédit du Fonds monétaire international qui s’accompagnent d’une certaine tutelle.

Quel est l’objet de votre visite en France ?

Je suis venu assurer la promotion du 1er salon international de l’Habitat et de l’urbanisme qui se tiendra à Libreville du 17 au 20 octobre prochain. Un thème essentiel pour le développement durable et l’intégration de la jeunesse, qui est à la fois un des atouts de l’Afrique et un défi puisque le continent comptera 2 milliards d’habitants à la fin du siècle.

Je suis venu aussi travailler à la réactualisation du partenariat entre le Gabon et la France, qui est notre principal partenaire sur le plan économique, politique mais aussi militaire. Il s’agit, pour le Gabon comme d’ailleurs pour les autres pays africains, de passer d’une logique de l’aide internationale à une logique de projets et d’investissements, et de développer les grands travaux via des partenariats public-privé. Le Gabon est bien placé pour cela, en tant que hub de l’Afrique centrale, qui peut constituer la prochaine zone émergente.

Propos recueillis par Yves Bourdillon
lesechos

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