vendredi 07 mai 2021
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Burkina Faso: Les ministres veulent être des serviteurs de l’État, sans s’oublier eux-mêmes

Burkina Faso: Les ministres veulent être des serviteurs de l’État, sans s’oublier eux-mêmes

Il est dur de constater que, depuis 2008, le pays des hommes intègres a essayé de mettre un peu d’ordre dans les rémunérations des grands serviteurs de l’État. Non seulement cette volonté ne passe pas chez les premiers concernés mais en plus c’est une idée qui n’est pas partagée publiquement par les partis politiques et leurs militants.

Quelles sont les causes de ce refus persistant et obstiné de la majorité des ministres de se voir appliquer le décret 2008-891/PRES/PM/MEF du 31 décembre 2008 ? Alors qu’ils aiment à se présenter pour des patriotes qui viennent au gouvernement par amour de leur pays et de ses hommes et non pour les ors de la République !

Le Centre d’information, de formation et d’études sur le budget(CIFOEB) vient de mettre sur la place publique la rémunération des ministres et ses conséquences sur le budget. On peut parier que cela ne quittera pas les publications médiatiques et glissera comme de l’eau sur les costumes des ministres pour vite sécher dans l’indifférence générale. On se souvient que lors du grand débat vite avorté sur la mise à plat des salaires des fonctionnaires avec dans le viseur la suppression des fonds communs, les syndicats avaient demandé que ce débat ne concerne pas que les fonctionnaires mais la répartition des ressources de l’État en général pour voir les proportions du gâteau que chacun prend. De débat, il n’en eût point, de la suppression des fonds communs non plus. La ministre qui jouait à la sankariste en se présentant comme celle qui veut offrir de l’eau à tous et non du champagne à certains, a été priée d’aller le faire sous d’autres cieux ; puisqu’elle n’a pas renoncé elle-même au champagne. Et les choses ont repris leur cours normal.

Les ministres veulent être des serviteurs de l’État, sans s’oublier eux-mêmes.

Chez-nous, la politique est une arme de conquête du pouvoir et de la richesse. Faire de la politique, c’est pour avoir : gloire, pouvoir et richesse. Et c’est pourquoi, l’argent prend de plus en plus de place dans la conquête du pouvoir. C’est un investissement qui peut rapporter gros, puisqu’une fois au pouvoir on peut prétendre à un salaire conséquent. Le salaire des ministres est de 1 155 000 Fcfa, c’est peut-être une broutille pour certains, mais il faut 33 mois de SMIG (2019) qui est de 34 644 Fcfa pour l’obtenir, soit plus de deux ans et demi de travail pour l’ouvrier. Mais nos ministres ne sont pas satisfaits du décret qui fixe ce montant. On va nous expliquer que tel ministre qui vient de telle institution internationale avait un salaire de 10 000 000 Fcfa, ou que tel enseignant d’université avait 6 000 000 Fcfa. À ce train, c’est l’exception qui devient la règle. Avec une telle pagaille dans la rémunération, quel est le principe qui fait l’égalité des ministres, peut-on avoir une collégialité dans ce gouvernement, où chacun a négocié son salaire, sa part du gâteau ? Qui est celui qui arbitre ses contrats d’embauche et sur la base de quels textes ? Quel sentiment d’équité peut se dégager de cette gestion ?

On entend des commentateurs dire que les ministres qui sont payés plus, le sont sur une base légale. Et pourquoi le gouvernement n’est pas transparent sur ces autres textes qui contredisent le décret ou le complètent ? S’il y a une base légale à ce traitement différentié, il faut la publier comme le décret.

C’est le gouvernement qui serait en faute par son silence, qui présente les autres comme des fautifs alors qu’il n’en est rien. Quoiqu’il en soit, la balle est dans le camp du gouvernement, et qu’il se rappelle du dicton qui dit « qui ne dit mot consent ». Sur la base du long silence passé on peut dire qu’il faudrait mettre fin à ses arrangements qui n’honorent ni ceux qui les pratiquent ni ceux qui en bénéficient, et se rappeler qu’être appelé au plus haut niveau de l’État fait de vous un serviteur de tous et particulièrement des plus humbles.

On peut trouver une excuse sociologique qui explique cette conception qui associe pouvoir politique et fortune économique. Celle de la conception traditionnelle du pouvoir qui est prégnante dans la société, où le « naam » (la chefferie) donne accès à tout. Cet atavisme culturel persiste dans l’imaginaire populaire encore. Nous sommes en République au Faso, mais les dirigeants ne se voient pas comme des serviteurs de l’État, mais des princes, des naaba (des chefs), des rois soleil, qui doivent avoir plus de prestiges, plus d’honneurs, plus d’argent que ceux grâce à qui, et pour qui, ils sont au pouvoir.

La rémunération est le premier des avantages où ils ne veulent rien concéder. Ne me parlez pas d’amour de la patrie, j’aime bien mon pays mais j’aime aussi l’argent, et c’est même un sacrifice que je fais pour ma carrière en venant au gouvernement, pensent-ils. Ce n’est pas une opinion individuelle, c’est un non-dit au niveau des partis. À preuve dans les programmes politiques et les promesses de campagne lors des dernières élections couplées présidentielle et législatives, à notre connaissance, aucun des partis politiques ne s’est engagé à respecter ce décret, où à baisser le montant du salaire des ministres.

Le Burkina Faso, n’est pas la Suède, où les politiciens ne veulent pas se servir en allant au gouvernement. Ils mettent un point d’honneur à être transparents sur tout ce que l’État leur donne. On ne demande pas à nos ministres de conduire eux-mêmes leurs véhicules comme au pays de Olaf Palme, car dans notre pays, compte tenu de la faible qualification générale, les chauffeurs des ministres sont utiles à la lutte contre le chômage.

Le document du CIFOEB qui circule sur les réseaux sociaux n’est pas à jour sur le nouveau gouvernement, car il manque des informations sur certains postes ministériels, il y a 20 alors que le nouveau gouvernement compte 33 ministres, dont 3 ministres d’État, dont celui de l’administration territoriale, celui de la défense dont les salaires sont plus élevés de 50 000F à qui le CIFOEB a donné 1 155 000 Fcfa. Il est difficile d’obtenir ces informations qui devraient être publiques, consultables en un clic de souris, parce que c’est un devoir de transparence nécessaire dans l’utilisation des fonds publics que nos responsables devraient accepter.

Plus de transparence dans la gestion des fonds publics

Le débat sur le décret numéro 2008-891/PRES/PM/MEF du 31 décembre 2008 portant rémunération du premier ministre, des présidents d’institution et des membres du gouvernement ne doit pas être vu et entendu comme une réclamation de la baisse des salaires des ministres, c’est une revendication de la transparence. Car les revenus des ministres contribuent aussi au développement de l’économie nationale. C’est une exigence de transparence et de la fourniture des informations au public.

Lors du compte rendu du Conseil des ministres du 16 avril 2020, pour participer à la mobilisation des ressources pour la lutte contre le Covid-19, le président du Faso a décidé de céder six mois de salaire, le premier ministre quatre, les ministres d’État deux et les autres ministres un mois. Le compte rendu ne dit pas où ces versements seront faits, ou si ce sera des retenues à la source. Comment vérifier que ces braves et généreux ministres qui ont battu le tam-tam pour dire qu’ils vont donner, ont donné ?

C’est le hic quand on parle d’argent, la transparence n’est pas toujours de mise. Et cela ne va pas pour les ministres seulement, on aime tous avoir des signes extérieurs de richesse, mais afficher sa feuille de paie, personne ne le veut. C’est cette mentalité qu’il faut changer, quand on a des pudeurs, on évite de se faire payer par les fonds publics car vous devrez montrer patte blanche.

 

Lefaso.net

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