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Business for Social Responsibility : « Aujourd’hui, nous sommes dans un monde post COP 21 »

Business for Social Responsibility : « Aujourd’hui, nous sommes dans un monde post COP 21 »

La BSR (Business for Social Responsibility) est un organisme à but non lucratif qui assiste les entreprises dans le développement des stratégies et des solutions de développement durable. Pour cette institution, la COP 21 a marqué un véritable tournant, pour le pôle climatique en particulier. Emilie Prattico (photo), la responsable des engagements climatiques de la BRS pour la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique, décrypte ici le regain d’intérêt des entreprises pour la cause climatique.

Comment la BSR parvient-elle à placer le développement durable au cœur des plans de développement des entreprises ?

Emilie Prattico : Nous le faisons à plusieurs niveaux et de plusieurs manières. Nous travaillons avec les entreprises, en les accompagnant, en tant qu’entreprise individuelle sur des problèmes précis. Nous réalisons par exemple une étude à propos de l’impact sur les droits de l’homme pour un nouveau projet ou encore, nous réfléchissons avec les entreprises sur la manière de renforcer certains aspects développement durable dans leur chaine d’approvisionnement.

Parfois, nous essayons d’avoir une approche plus systémique. Il est alors plus judicieux de parler de collaboration. Nous réunissons plusieurs entreprises du même secteur ou travaillant sur les mêmes thématiques au sein d’un groupe de travail qui réfléchit à la façon dont le développement durable peut s’inscrire non seulement dans une stratégie d’entreprise mais également dans un secteur. On essaie de faire prendre conscience aux entreprises de leur rôle au sein d’un secteur, d’une chaine de valeur.

Vos objectifs s’intègrent parfaitement aux préoccupations de la COP 21. Quelles ont été vos actions dans le cadre de cette conférence ?

EP : C’est sûr qu’étant donné l’importance anticipée pour la COP 21, la BSR a investi beaucoup dans la préparation de cet évènement. Nous avons compris que cette rencontre pouvait avoir un impact important sur le climat, la planète, mais également les entreprises que nous accompagnons (plus de 250 entreprises).

En amont de la COP 21, nous avons renforcé notre thème climat. Nous avons agrandi notre équipe et développé notre offre afin d’accompagner les entreprises sur les projets ponctuels relatifs au climat d’une part. Nous avons également essayé d’être le lien, les traducteurs de ce qui se passait au niveau des acteurs publics, des politiques et des diplomates, pour les entreprises. Le langage politique et celui des entreprises n’étant pas toujours identiques. Il a donc fallu dans ce cadre publier une étude traduisant le texte qui allait être négocié en décembre à Paris dans un langage plus business qui disait ce qu’impliquait la COP 21 pour les entreprises. Ce travail a été fait en amont de la COP.

Vous décrivez là un rôle interne, mais de l’extérieur, les observateurs ont plus connu une BRS engagée aux côtés de la cause des entreprises. Parlez-nous plus de cet engagement.

EP : Nous avons cofondé, il y a deux ans, une coalition nommée We mean business. Il s’agit d’une coalition de sept organisations comme la BSR, à but non lucratif et tournées vers le secteur privé, qui ont décidé de joindre leurs forces sur le climat afin d’unifier leurs ambitions et leurs voix. En amont de la COP 21, cette coalition a mis en place sept engagements, allant de la déforestation, à l’encouragement d’un prix sur le carbone, en passant la mitigation des polluants à courte durée de vie, que les entreprises pouvaient prendre publiquement. Ces engagements, qui, pris dans l’ensemble, traduisent une grande ambition de la part du secteur privé, ont été publiés sur la plateforme Nazca (Non state actor zone for climate action) des Nations Unies. On a aujourd’hui plus de 500 entreprises multinationales qui ont pris tout ou partie de ces engagements, ce qui fait qu’aujourd’hui, plus de 900 engagements ont été pris. Ces entreprises représentent une puissance financière qui s’évalue en trillions de dollars. Le message que l’on voulait faire passer était de montrer aux politiques, aux diplomates que le secteur privé a déjà mis la machine en marche sur la question du climat, mais a besoin de plus de structures, de cadres législatifs plus avancés, plus ambitieux pour mettre en œuvre les engagements pris en amont de la COP.

La COP 21 a-t-elle changé quelque chose dans votre organisation ?

EP : Après la COP, des choses ont changé à notre niveau, étant donné l’appétit de nos membres pour l’action climatique. Un appétit qui est justifié par un risque réglementaire, mais aussi par une tendance générale qui va vers une conscience beaucoup plus approfondie et une action beaucoup plus ambitieuse en faveur du climat. Donc, depuis la COP, nous accompagnons beaucoup plus les entreprises sur les actions climatiques. Il y a un regain d’activité sur ces questions d’efficacité énergétique, d’émission des gaz à effet de serre et bien sûr d’adaptation aux effets du changement climatique dans les communautés où les entreprises opèrent. Pour nous, cela s’est traduit par un positionnement beaucoup plus pragmatique et concret d’accompagnement pour mettre en œuvre les engagements que les entreprises ont faits en amont de la COP. Il y a aussi ce rôle de « traducteur » du discours politique. L’accord de Paris est un texte légal, politique qui n’est pas toujours digestible directement par les entreprises et il faut aussi le leur traduire. La BSR travaille actuellement sur une traduction, une « interprétation » de l’accord de Paris à destination des entreprises.

Quel rôle pensez-vous que les entreprises peuvent jouer dans l’atteinte des objectifs fixés lors de cette conférence ?

Un rôle crucial. Si l’on considère les engagements faits par les pays durant la COP 21, ces fameux INDC (Intended Nationally Determined Contributions), on se rend compte que pour atteindre ces objectifs, les pays doivent faire appel aux entreprises. Un pays ne peut réduire ses émissions de gaz à effet de serre, sans compter sur la coopération des entreprises. Les entreprises ont donc un rôle un rôle pragmatique de participation à l’atteinte des objectifs nationaux, et donc les objectifs globaux de la COP 21.

Mais encore plus important, grâce aux entreprises, on peut éventuellement imaginer, espérer ou anticiper une ambition encore plus grande. Grâce aux innovations technologiques et financières, on peut imaginer que plus de moyens seront déployés en faveur de la réduction de la hausse de la température globale, qu’encore plus d’investissements pourront être possibles grâce à de nouveaux services et produits financiers. Donc, il y a un rôle de catalyseur qui pourrait être joué par les entreprises qui mèneraient la barque sur les actions contre le changement climatique.

La BSR compte actuellement plus de 250 entreprises membres, ce qui suppose un nombre considérable d’experts. Comment organisez-vous la sélection de vos experts et la mise à disposition de ces expertises pour nos membres?

EP : Nous avons plus de 250 entreprises pour une équipe d’environ 110 collaborateurs. Cela nécessite donc une organisation très réfléchie sur comment servir ces entreprises au mieux. Cela commence par une compréhension de l’économie qui est globale. On comprend alors que les chaînes d’approvisionnement sont mondiales, complexes et qu’elles nécessitent la collaboration de plusieurs secteurs d’une part. D’autre part, il faut aussi reconnaître que le développement durable a plusieurs dimensions. Nous parlons du climat, mais il y a également les droits humains par exemple.

Notre organisation est donc en premier lieu géographique. Nous avons des bureaux en Asie, des bureaux en Europe qui gèrent également la zone Moyen-Orient et Afrique, et nous avons des bureaux aux USA. Au total nous avons huit bureaux.

Nous estimons qu’il est nécessaire d’avoir une certaine expertise locale et une expertise par secteur. Donc, dans ces bureaux, nous avons aussi des experts par secteurs. Cette expertise est souvent développée par une expérience dans le secteur en entreprise. Nous avons également une expertise thématique alimentée par une certaine expérience dans le secteur privé, mais qui est de manière prédominante axée sur un thème précis.

Quand nous travaillons avec une entreprise, nous essayons de trouver la meilleure combinaison possible entre notre expérience locale, notre expérience secteur et notre expérience thématique, afin de couvrir toutes les dimensions d’un projet et tous les besoins de l’entreprise.

Avec quels types d’entreprises intervenez-vous en Afrique ?

EP : En Afrique, nous intervenons avec deux types de catégories. Il s’agit des entreprises africaines telles que Anglogold Ashanti ou Anglo Américan et des entreprises non africaines intervenant sur le continent. La majorité de ces entreprises interviennent dans les secteurs miniers et agricoles. Nous menons également des activités programmatiques d’autonomisation des femmes, notamment au Kenya, en Ethiopie et en Egypte.

Comment les entreprises intéressées peuvent-elles intégrer votre organisation ?

EP : Il y a deux moyens pour devenir membre de la BSR. Certaines entreprises viennent à nous, en sachant que la BSR opère depuis 24 ans et que nous existons dans toutes ces régions et sur toutes ces thématiques. Nous avons une présence certaine dans le monde du développement durable qui intéresse certaines entreprises.

La BSR fait également du travail de prospection. Avec notre compréhension du paysage économique et des thématiques de développement durable, il y a certaines entreprises que nous estimons être soit leaders, soit innovantes dans certains domaines et qui nous intéressent en terme de collaboration. Nous essayons donc de créer une relation et de collaborer avec ces entreprises pour tout ce qu’elles peuvent apporter à notre réseau de membres et à notre expertise sur certaines thématiques.

Sinon, il n’y a pas vraiment de critères pour être membre de la BSR, il y a bien entendu des frais d’adhésion, on est un réseau de membres, mais à partir du moment où une entreprise veut s’engager pour améliorer sa capacité en développement durable, la BSR est tout à fait ouverte à collaborer avec elle.

Vous êtes une organisation à but non lucratif. Comment parvenez-vous à rester économiquement viable ?

EP : Bien que nous soyons à but non lucratif, il faut aussi que notre organisation soit durable et cela comprend bien entendu une dimension économique. La principale caractéristique du fait d’être à but non lucratif, c’est que l’on n’a pas de dividendes à distribuer parmi nos membres ou parmi les collaborateurs. Cela dit, nous avons quand même un modèle économique qui nous permet d’être viables et des objectifs financiers que nous essayons d’atteindre tous les ans.

Nos frais d’adhésion constituent une première source de revenus complétée par le fruit de nos travaux, nos projets d’accompagnement et de conseil aux entreprises. Nous bénéficions également de subventions et de donations de fondations philanthropiques ou d’organisations multilatérales comme les Nations Unies, qui financent essentiellement nos projets de recherche, qui eux-mêmes alimentent notre expertise.

Quelles ont été jusqu’à présent vos plus grandes victoires et que pensez-vous qu’il reste à faire ?

EP : Pour nous, la COP 21 a été un vrai succès pour le secteur privé et pour la prise de conscience, à la fois du grand public et du secteur privé, du rôle très important de catalyseur du secteur privé dans les thématiques qui dépassent les intérêts de l’entreprise tels qu’on les concevait auparavant. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, nous sommes dans un monde post COP 21, où on reconnait que les intérêts des entreprises vont bien au-delà des intérêts financiers. C’est une grande réussite non seulement pour la BSR, mais pour le secteur privé et la société en général.

La COP 21, a été un grand tournant, mais maintenant il faut mettre en œuvre la feuille de route qui est indiqué par la rencontre et par l’Accord de Paris. Pour la prochaine année, le plus grand but est de s’assurer que les choses nécessaires au changement, à la transition énergétique et au changement de modèle économique préconisé par les accords de Paris soient mises en place.

Mais au-delà de la COP 21, nous avons aussi les objectifs de développement durable des Nations Unies qui sont plus larges que le climat et très importants pour le secteur privé et certainement pour la BSR. Il est donc primordial de s’assurer, dans les cinq prochaines années, que tous ces objectifs de développement durable soient mis en place.

Propos recueillis par Gwladys Johnson pour le magazine Energies Africaines No7.

agenceecofin.com

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