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CAMEROUN: Stratégie de développement : Le Minepat prend le contrepied du FMI

CAMEROUN: Stratégie de développement : Le Minepat prend le contrepied du FMI

Louis Paul Motaze préconise la poursuite des investissements dans les infrastructures pour soutenir la croissance, alors que Christine Lagarde demande une mise en bémol des grands projets.

 

Ce n’est pas un exercice auquel les membres du gouvernement ont habitué l’opinion publique. La tribune libre du ministre de l’Economie, publiée dans la presse vendredi 16 septembre, est un fait inédit. Sur deux pages, Louis Paul Motaze pose les termes d’un débat qui n’a pas livré toute sa quintessence sur les leviers futurs de la croissance économique du Cameroun. C’est un exercice périlleux qui le soumet à la critique et constitue un marqueur pour juger son action à la tête du ministère de l’Economie. Manifestement, le Minepat est prêt à la discussion. En tout cas, son propos est riche en enseignements sur les engagements et défis passés, les réussites et contraintes présentes et les différents futurs envisageables.

Louis Paul Motaze observe de prime abord que la résilience de l’économie camerounaise n’est pas un vain mot. « Si l’environnement national et international a été très peu accommodant, ses conséquences immédiates ont été bien gérées, au point de ne pas contrarier fonda – mentalement les objectifs de croissance et remettre en cause notre marche vers les progrès social », énonce le ministre de l’Economie. Seulement, au lieu de se limiter à résister, l’économie camerounaise a généré depuis 2010, date de mise en œuvre du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE), une croissance sans cesse en progrès au point de tourner de – puis trois ans autour de 6%. Partie de 3,3% en 2010, le PIB pourrait s’établir en fin d’année à 5,9%.

Le ministre de l’Économie y voit l’impact des projets structurants contenus dans l’axe stratégique n°1 du DSCE qui a trait au « développe – ment des infrastructures ». Il s’agit notamment du port en eau pro – fonde de Kribi, déjà achevé, de la retenue d’eau de Lom Pangar, des barrages de Memve’ele et de Mekin, en cours d’achèvement, de la centrale à gaz de Kribi, déjà en exploitation, etc. Selon Louis Paul Motaze, il y a une étroite relation entre la réalisation de ces projets et la croissance du Cameroun. En effet, un croisement de la courbe de mise en œuvre de ces infrastructures et celle de la croissance montre bien que l’évolution de l’une a accompagné celle de l’autre. Une victoire de la théorie keynésienne relative à la politique économique basée sur l’intervention de l’Etat grâce à des investissements publics massifs.

Tout irait pour le mieux si le Fonds monétaire international n’avait pas un regard différent sur la mise en œuvre des grands projets. En visite au Cameroun en janvier 2016, la directrice générale a jugé deux projets importants : Lom Pangar et le port de Kribi. Pour Christine Lagarde, le Cameroun doit s’arrêter un moment et élaborer des priorités en matière d’investissement public au regard de la rareté des ressources. Le Fonds monétaire international est resté sur cette logique qui veut qu’un frein soit mis sur l’endettement du pays sans autre forme de procès.

La tribune libre du ministre de l’Economie ne s’attarde pas sur la question de la dette, mais établit que la consolidation de notre croissance économique repose sur la poursuite des investissements. Louis Paul Motaze a beau jeu d’emprunter au discours de Christine Lagarde le 8 janvier 2016 à Yaoundé. Elle indiquait que « le manque d’infrastructures est un obstacle à la croissance économique, et que la mise à ni- veau de celles-ci nécessitait de gros investissements. D’après elle, l’essor économique de notre pays repose sur la poursuite du programme engagé depuis 2010. D’ailleurs et sur ce sujet, le FMI sou – tenait plus tôt, en 2014, (Perspectives de l’économie mondiale) qu’il était temps de procéder à une relance par les infrastructures. Puisque des investissements publics dans l’infrastructure et de meilleure qualité sont essentiels pour stimuler l’activité et créer des emplois, et que si l’investissement est bien géré, son effet stimulant sur la production compense les emprunts contractés. »

La prochaine mission du FMI au Cameroun promet une belle explication entre ses émissaires et les autorités camerounaises.

 

 

 

Parfait N. Siki  / newsducamer.com

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