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Ces obstacles qui freinent la consolidation des banques européennes

Ces obstacles qui freinent la consolidation des banques européennes

Le secteur bancaire européen a désormais les moyens de lancer un vaste mouvement de consolidation. Mais les obstacles demeurent, et l’opportunité d’une telle stratégie divise.
Une période charnière va-t-elle s’ouvrir pour la finance européenne ? Si, dix ans après la crise financière, les banques américaines ont beaucoup grossi et dominent dans les métiers du financement des très grandes entreprises, le Vieux Continent pourrait en effet à son tour déclencher un vaste mouvement de fusions-acquisitions transfrontalières afin de doper ses champions .

Les autorités – avec des nuances d’un pays à l’autre – lancent des messages en ce sens. Il faut dire que les planètes commencent à s’aligner, observe une étude Oliver Wyman à paraître ce vendredi, de nombreuses banques ayant à nouveau les moyens de se lancer. Mais les réticences restent fortes.

Des raisons stratégiques

Sur le plan stratégique, le mouvement de concentration ne manque pas d’arguments. Pour les gendarmes financiers, réguler trop de banques est devenu un problème en soi. « Nous sommes passés du « too big to fail » au « too many to fail » . Si une banque de petite taille faisait faillite et touchait en cascade l’ensemble du secteur, la crise pourrait être aussi dangereuse que la disparition d’un établissement systémique », souligne un bon connaisseur.

A l’inverse, si les établissements grandissaient au sein de la zone euro, ce serait un vrai gain : « comme les PME n’ont pas facilement accès aux financements de marché, elles restent très vulnérables aux chocs rencontrés par leurs banques domestiques », souligne le rapport.

Des banques actives à l’échelle de la zone euro pourraient aussi y trouver leur compte : elles géreraient de façon plus rationnelle leurs liquidités, en les affectant aux zones géographiques en demande de crédits. Enfin, dans les métiers de la banque de financement et d’investissement (BFI), les établissements européens pourraient mieux faire valoir leurs atouts face à leurs concurrents américains, qui « en cas de choc économique pourraient avoir à donner la priorité à leur marché domestique ».

Plus de moyens pour y parvenir

« Le moment paraît bien choisi pour repartir à l’offensive : en France, mais cela s’observe aussi ailleurs en Europe, il existe de grands groupes puissants, à la fois suffisamment capitalisés, rentables, et maîtrisant leurs coûts », souligne Elie Farah, associé chez Oliver Wyman. Voilà donc le portrait-robot d’une banque capable de « consolider » le secteur. Parmi celles cochant quasiment toutes les cases , BNP Paribas et l’espagnole Santander : les deux groupes ont chacun réalisé plus de 20 acquisitions sur la période 2013-2017.

Plus largement, les frontières géographiques se sont gommées – sans avoir disparu – au sein de la zone euro pour au moins deux raisons : sur le plan réglementaire, les grandes banques disposent depuis 2014 d’un régulateur unique (basé à Francfort), et du mécanisme européen de résolution pour les banques en difficulté. Côté technologies, la banque digitale se joue, elle aussi, des frontières. « En particulier, les jeunes sont à l’aise avec les achats en ligne, et par conséquent, moins enclins à acheter localement », note Oliver Wyman.

Encore des obstacles à surmonter

Il reste qu’une série d’obstacles pratiques gênent encore les fusions bancaires transfrontalières en Europe. Ces derniers sont d’ordre réglementaire : une banque qui grossirait au point de devenir « systémique » (G-SIB dans le jargon des régulateurs) serait pénalisée en fonds propres. Surtout, comment espérer faire émerger des champions européens si les grands groupes doivent respecter leurs obligations de solvabilité comme de liquidité pays par pays, filiale par filiale, et non de façon centralisée ?

Les spécificités informatiques restent elles aussi très nationales, et coûteuses à réformer. Au total, selon Olivier Wyman, sur la période 2006-2016 « les réductions de coûts tirées d’opérations transfrontières étaient inférieures à 70 % des économies dégagées lors de fusions domestiques », estime Oliver Wyman.

Edouard Lederer
lesechos

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