Accueil / International / Ces quatre menaces qui planent au-dessus des marchés

Ces quatre menaces qui planent au-dessus des marchés

Ces quatre menaces qui planent au-dessus des marchés

Nous vivons un marché « goldilocks », un marché où tout va bien : ni trop chaud, ni trop froid. Mais quatre phénomènes pourraient bien, à terme, faire cesser le conte de fées.

Jusqu’ici tout va bien. « La croissance économique synchronisée, les conditions financières accommodantes et l’extrême faiblesse de la volatilité des marchés incitent à la complaisance », reconnaissent Joachim Fels et Andrew Balls chez Pimco. Comme en 2006. A l’époque, l’issue n’avait pas été « heureuse » reconnaît Pimco, qui recommande la prudence. A terme, en effet, quatre risques pourraient bien inscrire le mot fin au scénario « Goldilocks » (juste comme il faut, disait Boucle d’or) des marchés.

¶1. Le prix du pétrole

Loin de son plus bas atteint début 2016 à 28 dollars, le prix du baril de Brent navigue entre 45 et 60 dollars depuis un an. Une relative stabilité qui a contribué à ramener le calme sur les marchés. Sauf que, à y regarder de près, le baril a pris 29 % depuis le 21 juin dernier , à 57,75 dollars. Dans ce contexte, Neil Dwane, chez Allianz GI, a adopté un point de vue « contrariant ». Il estime que le « risque d’offre sur l’or noir est sous-estimé. Si l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis a révolutionné le secteur pétrolier, le marché croit-il vraiment que le pétrole de schiste connaîtra une croissance éternelle ? » D’autant que, selon lui, les coûts de production vont finir par augmenter.

Surtout il constate qu’il y a « beaucoup d’incertitudes au Moyen Orient », entre l’Arabie saoudite, l’Irak, le Kurdistan … et donc « de raisons de s’inquiéter sur l’évolution du prix du pétrole ». Or si les prix du pétrole devaient s’emballer, cela pourrait peser sur la croissance de certains pays, en Europe notamment, mais aussi augmenter les pressions inflationnistes. Un scénario qui n’est pas du tout intégré par le marché.

¶2. L’inflation aux Etats-Unis

C’est le scénario idéal pour les marchés : un peu plus de croissance aux Etats-Unis, une inflation maîtrisée et une Fed qui remonte ses taux à un rythme qui rend la chose « aussi intéressante que de regarder la peinture sécher sur les murs », dixit Janet Yellen. Sauf que la Fed n’a toujours pas résolu le mystère de la courbe de Philips qui ne semble plus fonctionner correctement. Cette courbe fait le lien entre le taux de chômage et la hausse des salaires. Quand l’un baisse beaucoup, l’autre devrait monter.

Or, pour Wilfrid Galand et Olivier Raingeard chez Neuflize OBC, cette relation est en passe de « se reformer aux Etats-Unis. Plus le taux de chômage va rester bas, plus les salaires vont augmenter. Si l’inflation salariale se tend, cela peut poser un problème, car ce n’est pas du tout anticipé par le marché. » Déjà, selon les calculs de la Fed d’Atlanta, sur la base des emplois existants (hors nouveaux emplois en moyenne moins bien rémunérés), la hausse des salaires a été de 3,6 % en octobre. Une accélération de l’inflation n’est donc pas à exclure, ce qui pourrait alors pousser la Fed à accélérer son rythme de hausse des taux et prendre ainsi les marchés par surprise.

Ce scénario pourrait avoir un autre effet négatif selon Neuflize OBC, qui a mis en lumière un lien entre la capitalisation des profits du S & P 500 (le PE) et un indicateur de volatilité du cycle économique (mesuré par l’inflation et la croissance).

Ce dernier est bas, proche de ses niveaux de 1997 et 2007 ce qui indique une forte visibilité économique et justifie que les « investisseurs soient prêts à payer les actions à des niveaux élevés. Mais si l’inflation venait à s’emballer, cela créerait une forme d’incertitude macroéconomique qui pourrait remettre en cause leur propension à accepter ces valorisations ».

¶3. La solidité de l’Europe

L’élection d’Emmanuel Macron en France a ouvert un nouveau cycle de confiance pour le modèle européen. La Catalogne risque-t-elle de le fermer ? Pour l’instant, les investisseurs se focalisent sur la croissance, mais il y a un danger pour l’euro, comme pour les taux obligataires. « Laisser des mouvements régionaux sécessionnistes détruire l’unité des vieux Etats européens ne pourrait provoquer qu’un chaos économique », selon Daniel Gerino, chez Carlton Sélection qui estime qu’il faut rester vigilant face « aux vieux démons du nationalisme ».

De ce point de vue, ce qui se passe à l’est de l’Europe est peut-être encore plus préoccupant : la victoire de partis eurosceptiques en Autriche ou en République tchèque, qui peuvent constituer un axe avec d’autres réfractaires à Bruxelles (la Pologne, la Hongrie). Et ce à un moment où des doutes s’installent sur la capacité de l’Allemagne à jouer son rôle de leader.

« L’Allemagne n’est plus un pôle de stabilité après les élections. La coalition Jamaïque a du mal à se concrétiser et il risque d’y avoir un vide de pouvoir en Allemagne pendant quelques semaines », relève Wilfrid Galand.

En revanche, pour Oddo BHF AM, il est sans doute trop tôt pour agiter le spectre d’une nouvelle crise dans la zone euro, alors que le Brexit a plutôt permis de resserrer les rangs. « La capacité de Merkel à rassembler ne doit pas être sous-estimée. Soyons patients, l’Europe paraît en mesure d’avancer et de mettre en place des mesures susceptibles de stimuler sa croissance ».

¶4. Moins de liquidités sur les marchés

« Les banques centrales restent bienveillantes et plutôt accommodantes », reconnaît Wilfrid Galand. Pour l’instant. Mais à l’horizon 2018, le contexte va changer. La Fed va réduire son bilan, la BCE va acheter moins d’obligations et la Banque d’Angleterre remontera ses taux d’intérêt. Bref, 2018 sonnera le début de la fin de l’argent gratuit déversé depuis des lustres sur le marché.

Certes, les banquiers centraux ont conscience de la nécessité de réduire graduellement leur soutien, mais « ces réductions actives revêtent un caractère tout à fait exceptionnel sur le plan historique », rappelle Pimco. Comment savoir comment réagiront vraiment les investisseurs ? « Les valorisations pleines et la volatilité faible laissent peu de place à l’erreur ».

Pierrick Fay
lesechos

Aller en haut