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Ces tycoons britanniques qui rêvent de fabriquer des automobiles

Ces tycoons britanniques qui rêvent de fabriquer des automobiles

Le champion des aspirateurs James Dyson, le patron du géant de la chimie Ineos, Jim Ratcliffe ou le magnat de l’acier Sanjeev Gupta nourrissent tous des ambitions dans l’automobile. Quitte à chasser parfois loin de leurs bases.

Est-ce parce que les Britanniques ont toujours été férus de belles carrosseries ? De l’autre côté de la Manche, les grands tycoons sont en tout cas de plus en plus nombreux à s’intéresser à l’automobile. Et ils ne font pas que rêver : mobilisant des centaines d’ingénieurs et débloquant de gros budgets, ils se donnent les moyens de se lancer dans la fabrication de modèles portant leur marque.

L’inventeur des aspirateurs sans sac, James Dyson , le patron du géant de la chimie Ineos, Jim Ratcliffe, le magnat de l’acier, Sanjeev Gupta ont tous, ces derniers mois, annoncé des projets de diversification dans l’automobile, quitte à chasser parfois loin de leurs bases. Leur point commun : être des patrons autodidactes devenus milliardaires.

« Ce sont t ous des entrepreneurs qui ont identifié de nouveaux marchés et ils sont convaincus d’avoir quelque chose de neuf à y apporter », explique David Bailey, de l’université Aston, à Birmingham. Pourquoi sont-ils aussi nombreux en Angleterre ? « Depuis la création de cette industrie, il y a toujours eu au Royaume-Uni une tradition de petits constructeurs, dans les voitures de sport comme dans les 4X4 », glisse-t-il.

Des atouts sur la batterie ou la carrosserie

L’avènement programmé de la voiture électrique suscite évidemment des vocations. James Dyson, sans doute le plus avancé, compte profiter de cette révolution pour se diversifier dans l’automobile, en misant sur son savoir-faire dans la fabrication de batterie lithium-ion et de moteurs électriques. « Nous savons aussi faire de la robotique, des systèmes de vision, de l’intelligence artificielle. Soit tout ce qu’il faut pour fabriquer une voiture électrique », expliquait-t-il récemment aux « Echos » .

Même idée chez Sanjeev Gupta, qui souhaite lui aussi fabriquer des voitures électriques, mais en pariant sur des matériaux composites plus légers pour la carrosserie, et en produisant depuis l’Australie – il a même déposé une offre pour y reprendre une usine General Motors en janvier dernier . « Nous continuons d’étudier toutes les options, et espérons conclure d’ici à la fin de l’année », précise GFG Alliance, le holding de Sanjeev Gupta.

Mais l’électrification n’explique pas tout. Jim Ratcliffe cherche simplement à concrétiser un rêve personnel, en lançant un modèle capable de succéder au mythique Land Rover Defender, que Jaguar Land Rover a cessé de fabriquer en 2016 et dont il n’a pas réussi à racheter les droits. Un défi qu’il s’est lancé en sirotant une bière avec des amis, un soir de 2015, dans un pub du quartier londonien de Belgravia, « The Grenadier », qui a depuis donné son nom au projet. Des versions essence, diesel et hybride plug-in sont prévues.

Dyson, sans doute le plus avancé

Même si on n’en est qu’aux prémices, les moyens mobilisés sont loin d’être anecdotiques. Dyson investit deux milliards de livres – un pour concevoir la voiture en elle-même, l’autre pour développer sa batterie électrique. Il a déjà dépensé 200 millions de livres pour réaménager son campus de Hullavington. Situé au sud-ouest de l’Angleterre, c’est une ancienne base de la Royal Air Force, où doivent aussi être construits plusieurs circuits d’essais. Environ 400 ingénieurs y travaillent déjà et 2.000 y sont attendus à terme.

dyson

De son côté, Ineos parle d’un projet qui, s’il produisait lui-même son véhicule, coûterait pour démarrer de 600 à 700 millions de livres et mobiliserait plus de 1.000 personnes en interne, et 5.000 ou 6.000 indirectement.

Les projets avancent. Dyson vient d’annoncer qu’il fabriquera sa nouvelle voiture depuis Singapour , à la fois pour accéder à « des marchés à forte croissance, une chaîne logistique très complète et une main-d’oeuvre hautement qualifiée ». La construction d’une nouvelle usine de deux étages démarrera en décembre. De son côté, Ineos doit annoncer d’ici à la fin de l’année le choix de son site de fabrication. « Dans l’idéal, nous aimerions produire au Royaume-Uni. Evidemment, il faut que ce soit économiquement viable », explique Jim Ratcliffe.
Ineos en discussions avec Ford

Selon le « Financial Times » , le groupe de chimie serait notamment en discussion avec Ford pour produire ses voitures depuis son usine de moteurs de Bridgend, au Pays de Galles, où 1.100 employés sur 1.700 sont menacés de chômage après la fin en 2020 d’un contrat avec Jaguar Land Rover. Plusieurs sites étaient jusqu’à récemment à l’étude chez Ineos, dont deux outre-Manche (notamment Teesside, au nord-est de l’Angleterre), et d’autres en Allemagne et dans les pays de l’Est. La liste a été revue à la baisse, vient d’indiquer Ineos.

Ces projets iront-ils au bout ? Une « Dyson Car », positionnée sur le segment premium, doit être créée d’ici à la fin 2020, pour une commercialisation prévue l’année suivante. Ineos entend de son côté être prêt à vendre sa nouvelle voiture fin 2020. Mais les constructeurs actuels ne resteront pas les bras croisés. « Nous contrôlons étroitement tout ce qui peut porter atteinte à nos droits de propriété intellectuelle », prévient-on chez Jaguar Land Rover, où une nouvelle génération de Defender est attendue pour 2019.

lesechos

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