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Cet Angola que le président Lourenço doit redresser

Cet Angola que le président Lourenço doit redresser

Outre l’adversité née de la baisse des cours du pétrole, le successeur de Dos Santos devra travailler à une plus grande cohésion économique et sociale.

Tout juste élu, João Lourenço, le nouveau président angolais, qui succède à José Eduardo Dos Santos, a annoncé la couleur. Sur le plan économique, il entend améliorer le climat des affaires et lutter contre la corruption pour mieux attirer les investissements étrangers. Et mettre l’accent sur la diversification, l’économie angolaise étant dominée par le secteur pétrolier. Un programme qui s’inscrit dans un contexte économique et financier morose. Les défis à relever sont importants.

La manne pétrolière a permis de reconstruire le pays

C’est à partir de 2002, après vingt-sept ans d’une guerre civile dévastatrice, qui a opposé l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita) et le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), que l’Angola a démarré sa reconstruction. Pendant plus de dix ans, le pays, qui se dispute la première place en tant que producteur d’or noir avec le Nigeria en Afrique subsaharienne, a bénéficié d’une conjoncture pétrolière très favorable.

L’envolée des cours mondiaux du baril de pétrole entre 2002 et 2007 conjuguée à celle de la production a entrainé une croissance spectaculaire de l’économie angolaise. Ainsi, de + 5 % en 2003, le taux de croissance a grimpé à 22 % en 2007. Pour s’établir entre + 2 % et + 6 % de 2008 à 2014. Une croissance tirée par le secteur pétrolier et gazier, dont le produit intérieur brut (PIB) est passé de 7,092 milliards de dollars (Mds $) en 2002 à 53,278 Mds $ en 2012, pour décliner à partir de 2013 selon le Rapport économique 2016 de Angola réalisé par le Centre d’études et de recherches scientifiques (CEIC) de l’Université catholique d’Angola (Ucan). Les recettes tirées du pétrole ont suivi la même trajectoire. « Entre 2002 et 2016, le montant des recettes d’exportation provenant du pétrole, soit 50 % des recettes budgétaires et 94 % des recettes d’exportation, s’est élevé à 580 milliards de dollars », indique Manuel José Alves Da Rocha, professeur d’économie à l’Ucan.

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Durant les années fastes, les autorités angolaises ont profité de la manne pétrolière pour reconstruire, équiper et moderniser le pays. Les grands bénéficiaires de cet argent ont été les infrastructures. Vaste réseau routier reliant tous les chefs-lieux de province à Luanda la capitale, voiries urbaines démultipliées, notamment dans la province de Luanda où les município s sont connectés entre eux par de grandes artères, déploiement de la fibre optique, centrales électriques, aéroports, ports, remise sur rail des lignes de chemins de fer, logements sociaux, édifices publics, buildings privés et autres équipements… les réalisations ont été nombreuses. Difficile pour celui qui n’a pas mis les pieds dans le pays depuis plus de vingt ans de retrouver ses repères, tant les changements sont spectaculaires. La manne pétrolière a également permis de financer des opérations de déminage. Si les 18 provinces que compte le pays ont été affectées par le phénomène des mines antipersonnel, celles du centre et du sud-est ont été les plus touchées. On estime à 275 millions de dollars le coût de finalisation du déminage d’ici 2025.

Une classe moyenne est née mais pauvreté et inégalité persistent

Outre une poignée d’extrêmes nantis, la croissance économique qui a résulté du boom pétrolier a favorisé l’émergence d’une classe moyenne, certes limitée en nombre, mais dont le mode de vie n’a rien à envier à celui des pays développés. Pour preuve, vitrines de la « réussite » économique du pays, Luanda et ses banlieues riches, telle Talatona, regorgent de centres commerciaux et de supermarchés bien achalandés, en majorité détenus par des Angolais, ainsi que de condòminos (copropriétés), qui forment des petites cités résidentielles coquettes aux appartements confortables. Le parc automobile de la capitale, composé principalement de véhicules privés et individuels, témoigne aussi de cet enrichissement. Autres signes de la modernisation du pays, du moins de ses grandes villes, les banques et leurs distributeurs automatiques de billets se sont multipliés de même que les écoles et les universités privées. Le boom économique du pays a attiré de nombreux étrangers, notamment des Portugais, des ressortissants d’Afrique de l’Ouest et des Congolais de Kinshasa.
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Néanmoins, gratte-ciel et belles villas ne parviennent pas à masquer la pauvreté, voire l’extrême pauvreté qui sévit ici et là et les fortes inégalités. Il suffit de se promener dans la municipalité de Cacuaco pour s’en rendre compte. Sur plusieurs kilomètres s’étend un vaste bidonville, une juxtaposition de baraques précaires, faites de bric et de broc, où l’électricité et l’eau sont rares, qui font penser aux townships de Pretoria. Dans les campagnes, la pauvreté est également présente. Ainsi, bien que le PIB/habitant et par an soit supérieur à 4 000 dollars, il est très inégalement réparti. Près de 70 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. Une grande part des habitants des campagnes, qui forment 38 % de la population du pays, vit dans une économie non monétaire, basée sur l’autoconsommation. L’Indice de développement humain (IDH) est très faible, plaçant le pays au 149e rang sur 189.

La baisse des cours a cassé la dynamique de croissance…

Le nouveau chef de l’État angolais hérite donc d’une situation socio-économique et financière difficile, liée à la chute brutale des cours mondiaux du baril intervenue au deuxième semestre 2014. Ainsi, depuis 2015, la croissance s’est contractée pour s’établir à 1,1 % en 2016. Elle devrait remonter à 2,3 % en 2017 et 3,2 % en 2018, selon le rapport 2017 sur les perspectives de l’Angola réalisé par l’OCDE et la BAD. Excédentaire depuis 2004, à l’exception de 2009, la balance des paiements est redevenue déficitaire en 2014 (- 3,9 Mds $), 2015 (- 3,0 Mds $) et 2016 (- 3,8 Mds $). Les recettes d’exportation sont tombées à 34,6 Mds $ en 2016. La Banque centrale doit donc puiser dans ses réserves de change, passées à 19 Mds $ en 2017, soit 8 mois d’importation, contre 35 à 40 Mds auparavant. Suite à la chute des recettes fiscales, le déficit budgétaire a atteint 4,5 % du PIB en 2015 et est estimé à 5,9 % du PIB en 2016. L’endettement a augmenté rapidement pour faire face à la baisse des revenus pétroliers, atteignant 47,9 milliards de dollars, dont 25,5 milliards de dette extérieure. Il représente près de 70 % du PIB, sans compter la dette des entreprises publiques. Outre les prêts accordés pour la reconstruction d’après-guerre de l’Angola et les infrastructures par la Chine, premier partenaire économique du pays, le gouvernement a également convenu d’importantes lignes de crédit adossées à des actifs pétroliers avec le Portugal, le Brésil et les États-Unis.

et les mesures urgentes prises se doivent de donner des résultats

Pour atténuer les répercussions du choc pétrolier sur l’économie, le gouvernement a pris diverses mesures dont la rationalisation des dépenses publiques par le retrait des subventions sur le carburant, un effort de mobilisation des recettes non pétrolières, l’accès limité aux devises et la dépréciation du taux de change. Certaines touchent de plein fouet la classe moyenne, base de l’électorat du MPLA. « Avec la réduction des importations, on ne trouve plus certains produits. Les voyages à l’étranger sont limités et on ne peut plus sortir l’argent, ce qui handicape les familles qui ont envoyé leurs enfants faire des études à l’étranger. Celles qui ont acheté un bien à l’étranger ont également du mal à rembourser les emprunts qu’elles ont contractés », explique Rodrigo, un chef d’entreprise. Bien qu’utiles et nécessaires, ces mesures ne seront pas suffisantes. Le choc pétrolier a mis en évidence la fragilité de l’économie angolaise, dominée par le secteur des hydrocarbures et sa dépendance à l’extérieur. Plus de 80 % de ce qui est consommé dans le pays, est importé et les relations intersectorielles sont faibles. La diversification, pour sa part, en est à son balbutiement. « Entre 2002 et 2016, la structure du PIB est restée quasiment identique, le pétrole représentant toujours environ 45 % du PIB. Seulement 5 % du budget de l’État est consacré à l’agriculture », souligne Manuel José Alves Da Rocha.

Des priorités à garder à l’esprit

En attendant l’émergence de nouvelles filières de diversification hors pétrole (agriculture, industrie agro-alimentaire, construction, énergie, services et tourisme), les priorités à court terme sont de trois ordres. Au plan social, l’objectif est de réformer les systèmes de santé et d’éducation, pour notamment réduire les inégalités sociales. D’où la nécessité d’augmenter la part du budget de l’État qui leur revient. Au plan des infrastructures, la réduction des revenus limitant la réalisation de grands ouvrages, l’accent doit être mis sur la maintenance des infrastructures, en particulier routières, le renforcement du réseau de transport électrique et l’extension du système d’adduction d’eau pour accroître l’offre en eau potable. Au niveau macroéconomique, l’objectif est de juguler l’inflation, limiter les sorties de devises et trouver des financements extérieurs pour pallier la baisse des ressources tirées du pétrole. Un grand défi. L’Angola n’est pas en programme avec le Fonds monétaire international et les conditions d’emprunts à l’extérieur sont rendues plus difficiles depuis que l’agence Standard & Poor’s a abaissé la note de l’Angola de B à – B avec perspectives stables. Pour refinancer la dette, les autorités ont annoncé en août dernier qu’elles allaient émettre pour 2 milliards d’euros d’obligations. Malgré ce contexte
critique, des Angolais restent optimistes. « La crise est une chance pour ce pays. Le MPLA est bon quand il est sous pression. C’est un parti de gestion de crise », martèle un analyste politique. À suivre.

MURIEL DEVEY MALU-MALU,
lepoint Afrique

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