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Cette nuit en Asie : assommé par Apple, Samsung cherche à contre-attaquer

Cette nuit en Asie  : assommé par Apple, Samsung cherche à contre-attaquer

Le géant sud-coréen a vu sa part de marché dans les smartphones passée de 32 % en 2013 à 19,6 % au dernier trimestre 2014. En Chine, Samsung a été relégué ces derniers mois au troisième rang des producteurs de smartphones derrière Apple et Xiaomi.

Vingt quatre heures après l’annonce des bénéfices trimestriels record d’Apple, le géant sud-coréen Samsung Electronics a présenté, ce matin, des résultats moins spectaculaires mais a laissé entendre qu’il allait se ressaisir pour redresser ses profits et retrouver son titre de plus gros producteur mondial de smartphones que le groupe californien peut désormais lui contester. Sur le quatrième trimestre de 2014, Samsung Electronics, qui produit des téléphones portables mais aussi des puces, des écrans plats incurvés ou des aspirateurs, a vu son profit net reculer, en glissement annuel, de 27% pour atteindre 5.34 milliards de wons, soit 4,9 milliards de dollars. Les ventes mesurées sur cette période ont diminué, par rapport au dernier trimestre de 2013, de 11% à 52.700 milliards de wons. L’essentiel de cette baisse est liée à la rapide érosion, ces derniers trimestres, des parts de marchés sur le segment très rentable des smartphones, qu’il dominait sur la quasi-totalité de la planète depuis la fin de 2011 et qui nourrissait, depuis plusieurs années, l’essentiel de la dynamique de ses bénéfices. En 2013, 70% des profits opérationnels de la société provenaient de sa division mobile. L’an dernier, ce ratio serait tombé à 58%. Au cours des trois derniers mois de 2014, Samsung aurait vendu, selon les projections des experts de Strategy Analytics, 74,5 millions de smartphones, soit un montant similaire à celui avancé sur la même période par Apple. Si ce volume qui représente une part de marché mondial de 19,6% est une victoire pour Apple, c’est une défaite pour Samsung qui a monopolisé jusqu’à 32% de ces ventes planétaires en 2013. Au dernier trimestre, l’an dernier, il avait écoulé 86 millions de smartphones.

Pour expliquer ce malaise de Samsung, les analystes pointent le succès de l’iPhone 6 et notamment de sa version “Plus” qui a su conquérir, avec son grand écran, des consommateurs asiatiques, et notamment chinois, habitués depuis des années à communiquer sur des appareils au format “phablette”, à mi-chemin entre le smartphone conventionnel et la tablette. La grande popularité de ce modèle a fait souffrir les appareils haut de gamme Galaxy de Samsung, qui dans le même temps voyait ses smartphones de moyenne gamme se faire concurrencer en Chine, en Inde et en Asie du Sud-Est par une multitude de marques jouant la révolution du low-cost. Embarquant, comme Samsung, la plateforme Android dans leurs machines, les sociétés Xiaomi, Meizu, Elephone ou encore Micromax assemblent et vendent des smartphones de bonne qualité en acceptant des marges minuscules et en privilégiant les ventes et le marketing en ligne. En Chine, Samsung a ainsi été relégué ces derniers mois au troisième rang des producteurs de smartphones derrière Apple et Xiaomi.

Malgré ces déconvenues, Samsung Electronics note, ce matin, qu’il a tout de même dégagé sur l’ensemble de 2014 un bénéfice net de 23.400 milliards de wons, soit 21,5 milliards de dollars. Le montant est en recul de 23% sur un an mais reste supérieur aux prévisions des analystes. Surtout, le groupe assure qu’il a déjà activé le redressement de sa division mobile. Préparant le lancement au printemps du successeur du Galaxy 5, la société aurait décidé, pour doper ses ventes et gonfler ses marges par appareil, d’équiper son nouveau smartphone de ses propres processeurs, plutôt que de s’approvisionner chez d’autres géants de l’électronique tels que Qualcomm. Il anticipe ainsi de bonnes performances dans sa branche composants électroniques, qui bénéficie elle-même de l’envolée des vente de produits Apple, dont elle est l’un des principaux fournisseurs. Pour résister à l’offensive des marques chinoises de smartphones, Samsung devrait aussi doper sa gamme d’appareils bon marché pour lesquels il équipe actuellement de nouvelles usines géantes au Vietnam et en Inde.

Apparemment séduits par ces perspectives, les investisseurs n’ont pas sanctionné, ce matin, le titre de Samsung Electronics sur la place de Séoul. Longtemps en hausse, il marquait un léger recul de 0,3% à la mi-journée.

En Chine, Valls appelle à un rééquilibrage des échanges avec la France

Comme à chaque passage d’un haut représentant de l’Etat français en Chine, le Premier ministre Manuel Valls a entamé, ce matin, son périple de trois jours dans la deuxième économie mondiale en se livrant à un exercice délicat, vantant la qualité de la relation avec la Chine et l’ouverture de la France vis-à-vis de ses investisseurs, tout en appelant à davantage de « réciprocité » dans la relation économique bilatérale. Un mot qui ne renvoie plus, désormais, à la sous-évaluation de la devise chinoise, mais plutôt aux blocages persistants que subissent certaines filières françaises pour exporter en Chine, en particulier dans l’agro-alimentaire. Malgré des accords signés d’Etat à Etat, les procédures administratives se révèlent interminables pour lever les obstacles, par exemple, à la charcuterie hexagonale. Sur le fond, toutefois, l’enjeu principal, pour rééquilibrer une relation commerciale dans laquelle la Chine vend 2,5 fois plus à la France qu’elle ne lui achète, repose toujours sur la signature de grands contrats, notamment pour la filière aéronautique. D’où la première étape de Manuel Valls dans l’usine d’assemblage d’Airbus, à Tianjin. Une usine prise en exemple de la relation entre les deux pays, puisque les A320 vendus en Chine y sont assemblés. Actuellement, Airbus est en pleine négociation avec la Chine pour pousser plus loin sa relation commerciale avec elle, autour de l’A330. Une version adaptée à la demande chinoise a été proposée par l’avionneur qui pourrait, en échange de commandes substantielles, s’engager à localiser sur le sol chinois une partie de l’aménagement de la cabine de l’appareil. Aux côtés de Fabrice Brégier, le PDG d’Airbus, Manuel Valls s’est dit « sûr » que ce « centre de finition » finirait par voir le jour « sous réserve qu’il reçoive un nombre suffisant de commandes ».

Grande confusion sur le sort de l’otage japonais aux mains de l’Etat islamique

Les autorités de Tokyo semblent, ce matin, peiner à faire la lumière sur le sort exact de l’otage japonais détenu depuis octobre par l’Etat islamique (EI). Hier soir, le gouvernement semblait espérer une libération prochaine de son ressortissant, un journaliste qui avait été enlevé en octobre dernier. Mais dans la nuit, les pourparlers menés avec les djihadistes par la Jordanie, qui essaye elle de sauver dans le même mouvement un de ses pilotes fait prisonnier en Syrie en décembre, se sont apparemment grippés et ce matin et un nouvel ultimatum a été lancé par l’EI. Dans un nouveau message audio, l’otage japonais Kenji Goto indique que l’Etat islamique exécutera le pilote jordanien, Maaz al-Kassasbeh, si Amman ne leur remet pas avant le coucher du soleil Sajida al-Rishawi, une terroriste irakienne, incarcérée en Jordanie depuis 2005, que les djihadistes tentent depuis des mois de faire libérer. Le Japonais ne dit rien de précis dans le message rédigé par ses ravisseurs sur sa propre situation. Depuis le début de la semaine, Tokyo, qui a assisté le week-end dernier impuissant à la décapitation en Syrie d’un autre des ses ressortissants, Haruna Yukawa, presse la Jordanie d’accepter rapidement l’échange de prisonniers exigés par l’EI. Mais avant de finaliser l’accord, qui risque d’ulcérer son allié américain, opposé à toute négociation avec les djihadistes, Amman souhaiterait obtenir une preuve de vie de son pilote qui n’a pas été exhibé par l’organisation depuis plusieurs semaines. « Nous avons demandé depuis un moment des preuves que le héros Maaz est en vie et en sécurité mais nous n’avons rien reçu. », a expliqué le ministre jordanien des Affaires étrangères Nasser Joudeh. Si elles n’obtenaient pas dans les prochaines heures de message rassurant sur le sort de leur otage, les autorités jordaniennes pourraient refuser de libérer Sajida al-Rishawi pour “seulement” sauver un otage japonais dont le sort ne passionne pas l’opinion publique jordanienne.

Chine-Etats-Unis, une relation militaire qui se corse

Washington a-t-il vraiment envie de pousser plus loin sa coopération militaire avec Pékin ? Et l’armée chinoise a-t-elle confiance dans la première puissance mondiale ? A ces deux questions, deux récents événements distincts invitent à des réponses mesurées, mais plutôt négatives. Le Pentagone vient de décider de ne plus organiser de grands exercices militaires conjoints avec la Chine tant qu’un accord n’aura pas été trouvé au sujet des incidents aériens survenus au cours des derniers mois. Cette mesure prise par l’armée américaine illustre les interrogations, chez une partie du commandement militaire américain, concernant l’efficacité de la stratégie de réchauffement pratiquée avec l’armée de libération populaire chinoise. Alors que les deux pays ont entamé un rapprochement depuis un an et demi, Washington constate que cette stratégie n’a en rien adouci Pékin dans les litiges territoriaux qui l’opposent à ses voisins. Il y a même eu, dans la zone aérienne qui entoure l’archipel d’île que se disputent la Chine et le Japon, des manœuvres de jets chinois perçues, à Washington et Tokyo, comme des provocations délibérées. D’où la décision du Pentagone de refuser, pour l’instant, la proposition d’envoyer un porte-avion américain en Chine. Au même moment, une réunion entre des représentants du commandement militaire des deux pays, en Chine, a été l’occasion pour Pékin de faire passer un message plutôt âpre au sujet de Hong Kong. L’ancienne colonie britannique y a été incluse, par Pékin, dans la liste des « intérêts fondamentaux et inquiétudes principales » de la Chine, citée juste après le dossier taïwanais, mais avant les litiges territoriaux en mer de Chine du Sud ou les questions de cyber-sécurité. « Les Etats-Unis devraient respecter honnêtement les intérêts fondamentaux de la Chine », a précisé Sun Jianguo, l’officiel chinois. Cette remarque est interprétée par tous les analystes comme une façon de pointer du doigt l’interférence supposée des Etats-Unis dans les troubles qui secouent actuellement Hong Kong au plan politique. A plusieurs reprises, des références ont été faites au sujet de « forces étrangères » qui manipuleraient, en sous-main, les manifestants démocrates. Pour Pékin, Washington jouerait, dans ce dossier, un jeu trouble.

Gabriel Gresillon / Correspondant à Pékin et Yann Rousseau / Correspondant à Tokyo
lesechos.fr

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