vendredi 18 septembre 2020
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Chez les leaders d’opinions africains, le soft power de l’Oncle Sam fait toujours recette

Chez les leaders d’opinions africains, le soft power de l’Oncle Sam fait toujours recette

Le dernier baromètre Africaleads de l’Institut Immar R&C, présenté à l’occasion du Forum Afrique MOCI-CIAN, a fait apparaître un net leadership nord-américain. Alors que les leaders d’opinion africains misent sur le renforcement de l’intégration régionale, les entrepreneurs français restent prudents face aux nombreux défis soulevés par la ZLECA.
Pour la deuxième année consécutive, l’Institut Immar Research &Consulting a publié le baromètre Africaleads. « La France pâtit d’une forme de « french bashing » lié à la situation sécuritaire dans le Sahel », a introduit Etienne Giros, président délégué du Conseil français des Investisseurs en Afrique (CIAN). En effet, le sondage qui mesure les tendances portées par les influenceurs africains (chefs d’entreprises, acteurs de la société civile, artistes, chefs religieux, décideurs politiques,…) confirme le recul de l’influence française enregistré depuis plusieurs années. A la question de l’impact positif des pays étrangers sur le continent, l’hexagone n’arrive qu’en 7e position (20 %, ex æquo avec le Japon), juste devant la Russie (14 %) et la Turquie (8 %). « La France intervient dans les secteurs économique, militaire, politique, diplomatique ou culturel… Lorsque vous disposez d’une relation aussi large, vous vous exposez davantage à la critique », tempère Etienne Giros.

Avec une progression de +28% en un an, la dimension sécuritaire expliquerait en partie cette situation. En effet, « l’image de la France est particulièrement impactée dans les pays en crise comme l’Algérie, le Burkina Faso ou le Cameroun », souligne Brahim Sail, directeur général de l’institut Immar R&C. Etienne Giros ajoute pour sa part, l’impact négatif de certaines actualités comme la politique française des visas, la hausse des tarifs dans l’enseignement supérieur pour les étudiants non européens, mais aussi la redondance de sujets mémoriels dans le débat public. « Pourtant les entreprises françaises ont un comportement citoyen. Elles restent en Afrique quand ça va mal, elles africanisent les postes et sont actives en matière de RSE », déplore-t-il. Toujours est-il que les résultats de ce baromètre sont sans appel et, selon l’étude élargie cette année à l’Egypte, au Nigéria, au Kenya et à l’Ethiopie, la diminution de l’influence française en Afrique, profiterait largement aux pays anglophones.

Véritable plébiscite des leaders d’opinion africains pour les Etats-Unis
Alors que l’Allemagne parvient à tirer son épingle du jeu (n°1 du Top 5 des pays qui impactent le plus favorablement les leaders d’opinion en Afrique du Nord et n°2 en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale), force est de constater que les Américains ont connu une percée notable. « Le Canada a fait une entrée dans ce classement assez étonnante. Cela tient sans doute à sa politique éducative, car de plus en plus d’Africains partent y étudier. Ensuite, ce pays véhicule une image plus positive -que la France- en matière d’immigration, notamment concernant l’Islam », souligne Etienne Giros. Toutefois, c’est le leadership des Etats-Unis qui s’est significativement imposé cette année.

« Ils ont gagné 15 points en un an ! Ils bénéficient toujours d’une image positive indépendamment des déclarations de Donald Trump. De plus, le soft power américain, relayé par les nouvelles technologies dont les Africains sont friands, fait toujours rêver », constate-t-il. Dans les chiffres, avec 48% d’opinions favorables, les Etats-Unis caracolent en haut du classement des pays bénéficiant de la meilleure image en Afrique, devant l’Allemagne (39 %), le Canada (32 %) et la Chine qui enregistre un recul sensible (31 %), passant de la 2e à la 4e place. Au niveau régional, le pays de l’oncle Sam est celui qui dispose de l’image la plus positive en Afrique de l’Est (65 %) devant la Chine (36 %), mais aussi en Afrique centrale (59 %), en Afrique de l’Ouest (44 %) et campe la 2e position en Afrique du Nord (38 %) juste derrière l’Allemagne (46 %).

Enfin, dans le top 10 des entreprises les plus plébiscitées par les leaders africains, on retrouve Coca-Cola en 6e position, Microsoft (8e) et Nike (9e). Cela étant, avec l’arrivée des locomotives anglophones du continent, les entreprises africaines s’imposent désormais dans le haut des classements des leaders d’opinion.

Optimiste, le continent parie sur les groupes africains
Les influenceurs africains interrogés sont pour 64 % confiants dans l’avenir (+8 points en un an), sur un panel de 2423 individus sondés. Parmi les trois priorités affichées, l’éducation est rétrogradée à la 2e position (48 %) derrière la sécurité (68%) et devant l’autosuffisance alimentaire (34 %). Paul Kagamé s’impose comme le leader politique du continent, tandis que le milliardaire Aliko Dangote est considéré comme l’homme d’affaires le plus influent. Si l’Afrique du Sud bénéficie encore de la meilleure image au niveau continentale, devant le Maroc puis le Rwanda, le pays perd 12 % : un constat qui n’est sans doute pas étranger à la xénophobie ambiante qui trouble la nation arc-en-ciel et qui crispe les relations avec le géant nigérian…

« Parmi les entreprises les plus appréciées par les leaders d’opinion, 3 d’entre elles sont africaines : Dangote à la 4e place juste devant Ethiopian Airlines et Safaricom à la 10e position » précise Ibrahim Sail. Un constat qui s’affirme encore plus en Afrique de l’Est où 4 des 5 entreprises les plus appréciées sont africaines (Ethiopian Airlines, Safaricom, Kenya Airways et Equity). Au niveau sectoriel, sur les 6 premières compagnies aéronautiques plébiscitées, 3 sont africaines (Ethiopian Airlines, Kenya Airways et Royal Air Maroc) tandis que les banques africaines occupent les 5 premières places du classement avec Ecobank devant Afriland First Bank, Com Bank of Ethiopia, GTBank et BMCE. Enfin, dans le secteur des télécommunications, après Orange (28%) qui sauve les couleurs tricolores, les marques préférées des leaders d’opinion sont elles aussi africaines : MTN, Ethio Telecom, Safaricom, Ooredoo et Vodacam. « Il y a plein de raisons d’être optimiste, mais il y a également beaucoup de raisons d’être inquiets donc il faut se bouger ! », alerte Alain Giros.

Intégration régionale : entre optimisme africain et inquiétudes françaises
Le 7 février, le CIAN présentait son baromètre Africaleads, mais également son rapport 2020, concernant l’environnement des affaires sur le continent, devant les entrepreneurs français réunis à la CCI d’ile de France, à l’occasion du Forum Afrique organisé conjointement avec le MOCI.

Le continent compte désormais 5 pays classés parmi les 20 économies les plus dynamiques au monde. « L’Egypte concentre 40% du PIB d’Afrique du Nord » tandis que « l’Afrique de l’Est conforte sa position en matière de dynamisme grâce à une croissance soutenue depuis une dizaine d’années », a rappelé Sandrine Sorieul, directrice générale du CIAN.

Par ailleurs, l’intégration régionale fait l’unanimité chez les leaders d’opinion africains qui sont 70% à avoir une « bonne image » de l’Union africaine (UA), 81% à soutenir la création d’une monnaie unique à l’ouest du continent, et 93% à approuver la mise en place de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA). Cet optimisme affiché contraste avec les inquiétudes avancées par l’hexagone lors du forum Afrique…

« L’Union européenne possède un avantage comparatif évident sur lequel, elle compte s’appuyer -mais- comment contrecarrer les desseins de la Chine ? (…) il faut jouer sur les normes afin d’éviter que l’Afrique ne soit inondée de produits de mauvaise qualité » a lancé Axel Pougin de la Maisonneuve, DGA à la Direction générale du développement et de la coopération (DEVCO) de la Commission européenne. « Qu’adviendra-t-il des Accords de partenariat économiques [accords commerciaux créés pour soutenir le libre-échange entre l’UE et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, ndlr] ? », s’interroge-t-il, avant de regretter que le secteur privé ne soit « pas suffisamment associé au processus de la ZLECA ».

De son côté, Marc Bandelier, DG de CFAO FMCG & Agri s’inquiète des nombreux obstacles qui restent à franchir : « barrières douanières, barrières liées aux infrastructures et barrières liées aux normes ». Si chacun attend beaucoup de la ZLECA qui compte un potentiel de 1,2 milliard de consommateurs, encore faut-il s’y préparer : le chemin semble pavé d’embûches avant d’atteindre l’autoroute africaine du marché commun. « Il faut que cette construction soit progressive, mais solide afin d’éviter demain, un Togo-Exit », a prévenu Laurent Gizardin, directeur international d’ASCOMA (spécialiste du courtage en assurances).

En dépit du contexte sécuritaire, devenu a priorité absolue des leaders d’opinion africains, l’optimisme nourri par l’intégration régionale semble inébranlable. En revanche, du côté de Paris, la question sécuritaire ne freine pas les entrepreneurs, mais les défis relatifs à l’opérationnalisation de la ZLECA alimentent les inquiétudes.

afrique.latribune

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