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Christian Adovelande : « Nous accordons une grande importance à la finance climat »

Christian Adovelande : « Nous accordons une grande importance à la finance climat »

La BOAD déploie sa stratégie Environnement & Climat pour la période 2015-2019. Son président, Christian Adovelande, en a présenté les principes et les actions concrètes pour le magazine Energies Africaines.

Energies Africaines : La BOAD a bouclé 40 ans d’interventions aux côtés de ses Etats membres. Quel rôle l’institution a-t-elle véritablement joué dans le secteur de l’énergie au cours de cette longue période ?

Christian Adovelande : Lors de la célébration des festivités des 40 ans de la banque, l’un des thèmes de réflexion portait sur l’économie verte. Ce qui a été une opportunité pour la banque de présenter sa nouvelle stratégie Environnement & Climat, dans laquelle sont déclinées notre vision et notre stratégie en la matière. Cette stratégie, qui n’était pas encore finalisée en 2013, est à présent disponible. En consultant cette stratégie qui couvre la période 2015-2019, vous vous rendrez compte de l’importance que nous accordons à la finance climat, sous laquelle le financement des énergies renouvelables est pris en charge en tant qu’option d’atténuation.

EA : Quels sont les principaux leviers de cette action ?

CA : Du point de vue stratégique, nous nous sommes positionnés sur des mécanismes majeurs de financement des AME (accords multilatéraux sur l’environnement), notamment du FA (Fonds d’adaptation), du FEM (Fonds pour l’environnement mondial) et du FVC (Fonds vert pour le climat), pour prioritairement faciliter l’accès des Etats membres de l’Uemoa à des subventions pour financer, entre autres, des projets de promotion des énergies renouvelables. A noter par ailleurs que nous avons été fortement engagés dans la mise en place de la Société Africaine des Biocarburants et des Energies Renouvelables (SABER), en rapport avec l’Uemoa, et y avons financièrement contribué. Nous avons conscience que l’augmentation de la part des énergies renouvelables est plus que nécessaire pour résorber le déficit énergétique, réduire la facture énergétique des Etats, et surtout améliorer sensiblement la qualité de vie des populations les plus pauvres n’ayant pas accès à l’énergie.

EA : Quels objectifs vous êtes-vous fixés ?

CA : D’une manière générale, l’objectif de la BOAD pour ce secteur est de mettre l’énergie en qualité et quantité suffisantes à la disposition des populations et des industries des pays de l’Uemoa, à travers la réduction du coût de production de l’électricité, l’accroissement du taux d’accès à l’électricité, la résorption du déficit énergétique par l’accroissement de la production et la promotion d’interconnexions régionales, et l’accroissement des performances des différents secteurs de l’économie des pays de l’Union. Dans cette optique, les interventions de la banque dans le domaine de l’énergie ont consisté à accompagner les Etats dans la résorption de leur déficit énergétique par l’accroissement de leurs capacités de production d’énergie électrique et le renforcement de la fiabilité de leurs réseaux de transport et de distribution. Au terme de la période sous revue, le montant global des financements de la BOAD dans le secteur de l’énergie s’élevait à 454 milliards FCFA hors Fonds de développement énergie. Les financements de la banque ont contribué non seulement à l’accroissement des capacités de production d’énergie dans les Etats membres, mais également à la construction de plus de 1400 km de lignes électriques d’interconnexion entre eux, ainsi qu’au renforcement, pour une puissance de plus de 1000 MW, des moyens de production, de transport et de distribution sur les réseaux inter-Etats.

EA : Pouvez-vous nous citer quelques investissements parmi les plus marquants qui ont été réalisés à ce jour par la BOAD dans ces domaines ?

CA : Au nombre des projets majeurs financés par la banque figurent entre autres : l’interconnexion électrique Mali-Côte d’Ivoire de la société Energie du Mali (EDM), l’électrification des localités de Bakel, Selibaly et Goureye, au Sénégal, de la Société de Gestion de l’Energie de Manantali (SOGEM), l’extension des capacités de la centrale thermique de CIPREL SA en Côte d’Ivoire (CIPREL IV A), ou encore l’extension en cycle combiné des capacités de production de la centrale thermique d’Azito par la société Azito Energie SA en Côte d’Ivoire. La gestion du FDE est assurée par la BOAD. A ce titre, le fonds bénéficie des principes de gouvernance de la BOAD.

Outre ses propres actions, la BOAD est un acteur majeur de la politique énergétique définie au niveau de l’Uemoa. Elle est partie prenante aux travaux de l’IRED (Initiative régionale pour l’énergie durable), une stratégie mise en place au sein de l’Union pour mieux faire face aux crises énergétiques récurrentes dans plusieurs des Etats membres. Dans le dispositif institutionnel et financier de mise en œuvre de l’IRED, il a été mis en place le Fonds de développement énergie (FDE), qui a pour objet de contribuer à l’amélioration de l’accès à l’énergie des Etats membres de l’Uemoa.

EA : La baisse drastique du prix du baril de pétrole intervenue récemment doit-elle modifier votre approche des énergies renouvelables ?

CA : Absolument pas ! Bien au contraire, il faudra plus que jamais travailler à augmenter la part de marché des énergies renouvelables pour asseoir davantage une stabilité dans le secteur de l’énergie, souvent ébranlé par la fluctuation du baril de pétrole. Il y va de la maîtrise des budgets des pays qui, hélas, dépendent encore beaucoup trop des énergies fossiles, grandes émettrices de carbone.

EA : En Afrique de l’Ouest, quelle est la source d’énergie renouvelable la plus rentable entre l’hydroélectricité, le solaire, l’éolien ou la biomasse ?

CA : Au fait, la rentabilité d’une énergie renouvelable donnée dépend des conditions de son exploitation, mais surtout de la maîtrise des technologies. Il s’agira donc de faire un bon inventaire du potentiel éco-énergique pour l’éolien, la biomasse, l’hydraulique, le solaire photovoltaïque et le solaire thermique. Puis une évaluation des technologies disponibles devrait permettre d’évaluer les meilleurs coûts de production de chaque source d’énergie dans des localités et des conditions bien définies. En valeur absolue, l’énergie hydroélectrique est la plus rentable, mais son exploitation reste fortement exposée aux aléas climatiques, qui perturbent considérablement le régime des cours d’eau dans notre sous-région, passant de sécheresse à inondation.

EA : Dans quelles conditions la BOAD peut-elle accompagner des investissements privés dans le secteur des énergies renouvelables ?

CA : Le financement du secteur privé a toujours fait partie des priorités de la banque. Nous avons des lignes de crédit qui lui sont déjà dédiées dans la plupart des secteurs « traditionnels »de développement économique et social. Et, comme je vous l’ai dit au début de cette interview, nous allons mettre en place des mécanismes de financement dédiés au secteur privé intervenant dans les énergies renouvelables, en nous appuyant notamment sur les mécanismes internationaux des AME, principalement du Fonds vert pour le climat.

Propos recueillis par Batedima Paul Kadja

Le magazine ENERGIES AFRICAINES est édité par la Société Africaine des Biocarburants et des Energies Renouvelables (SABER) en partenariat avec l’Agence Ecofin.

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