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Chute des Bourses en Chine: “Ils sont encore en train d’apprendre”

Chute des Bourses en Chine: “Ils sont encore en train d’apprendre”

Ralentissement économique depuis quelques années, chutes des Bourses depuis quelques semaines : l’économie chinoise inquiète (lire notre article: Dégringolade des Bourses chinoises: quel impact pour la Belgique ?).

Comment expliquer ce phénomène ? Pierre Defraigne, économiste, professeur en Belgique et en Chine, était ce mercredi l’invité de Matin Première. Pour lui, il s’agit du résultat d’une politique du régime chinois. “Il ne se passe pas en Chine autre chose que ce qui s’est passé en Europe, aux USA. A chaque fois que la création monétaire est trop importante, cela crée des bulles, qui doivent éclater. La Chine a toujours été un pays avec une épargne extrêmement importante, imposée par le régime. Et maintenant on essaie de canaliser cette épargne vers la Bourse. Mais on en est encore à l’apprentissage”.

Un apprentissage qui fait que trop peu d’entreprises ont bénéficié de l’afflux d’investissements des Chinois. “Les Bourses sont alimentées par des flux financiers, notamment d’origine extérieure, avec trop peu d’offre de la part des entreprises. Il y a un goulot d’étranglement en Chine : les entreprises font la file d’attente à cause de règlements très stricts. Les valeurs existantes bénéficient donc de cet afflux de liquidités et d’un coup leur valeur est tout à fait excessive et atteint des sommets nouveaux pour la Chine”.

Le pouvoir a été pris de court. Il a eu une réaction tout à fait excessive, en mobilisant des instruments très interventionnistes

Si ici cela a conduit à une bulle, Pierre Defraigne nuance : les investissements en Bourse ne sont pas forcément mauvais pour l’économie. “Si les gens envoient leur épargne en Bourse pour aider l’économie à se diversifier, cela fait sens, c’est bon pour l’économie : ça augmente la productivité et la rémunération pour les ménages et donc ça corrige une des dysfonctions de l’économie chinoise, l’inégalité des revenus”.

Le problème a été la gestion de ces investissements. “Si on permet aux gens d’emprunter pour faire des opérations financières, et notamment de vendre des actions qu’ils n’ont pas, on arrive à des débordements. Et en plus, le pouvoir a été pris de court. Il a eu une réaction tout à fait excessive, en mobilisant des instruments très interventionnistes. Comme il a poussé les ménages à transformer leur épargne en actions, il s’est senti comptable de leur réussite. C’est un apprentissage qu’ils doivent faire…”

Nous allons graduellement vers une croissance mondiale qui ralentit, et qui est la conséquence de la crise de 2007-2008

En outre, la Chine doit également composer avec une économie mondiale en berne. “La Chine n’échappe pas au marasme qui s’installe et s’aggrave au plan mondial, note l’économiste. Nous allons graduellement vers une croissance mondiale qui ralentit, et qui est la conséquence de la crise de 2007-2008″.

Or, “la Chine n’est pas en cas particulier, elle s’inscrit de plus en plus dans l’économie mondiale. Elle a attiré chez elle des investissements créateurs d’emplois. Mais maintenant que la demande extérieure diminue, elle doit compter plus sur sa demande interne – ce qui explique pourquoi elle pousse les ménages chinois à utiliser leur épargne pour augmenter leurs revenus et soutenir l’économie. Mais cette transition d’une économie tournée vers l’exportation et l’investissement direct étranger à une économie qui se nourrit de sa propre demande, et nécessite une redistribution des revenus, est une entreprise de très grande ampleur, qui va prendre beaucoup de temps”.

Si l’ensemble de la communauté internationale ne se met pas autour d’une table pour régler le problème du surendettement et relancer la demande mondiale, nous allons vers de grandes difficultés

Pierre Defraigne se veut optimiste sur la capacité de la Chine à s’en sortir rapidement, mais il insiste : il faut que la communauté internationale règle la crise actuelle. “Personnellement je suis optimiste sur le fait que la Chine va passer le cap. Mais si l’ensemble de la communauté internationale ne se met pas autour d’une table pour régler le problème du surendettement et relancer la demande mondiale, nous allons vers de grandes difficultés”.

rtbf.be

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