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CIMA : les activités d’assurance s’accroissent mais les inquiétudes demeurent

CIMA : les activités d’assurance s’accroissent mais les inquiétudes demeurent
Les compagnies d’assurance et de réassurance de la zone de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances ont poursuivi une croissance rentable malgré les crises diverses, a-t-on appris auprès de l’agence d’analyse A.M. Best. Dans son Best’s Special Report, elle s’est aussi inquiété du rapport au risque pays qui pourrait être un facteur négatif.

Les performances de l’année dernière pour les activités d’assurance dans la zone de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (CIMA) sont bonnes. D’après l’agence d’analyse A.M. Best, les réformes engagées ont ouvert la voie à la rationalisation du marché et ont ainsi permis au secteur de se développer considérablement. Dans un rapport, le Best’s Special Report publié ce lundi 12 mars, l’agence a indiqué que les compagnies d’assurance et de réassurance de la zone ont poursuivi la croissance rentable entamée il y a quelques années, ceci «malgré de forts vents contraires économiques et parfois politiques qui ont rendu la conjoncture opérationnelle difficile». «Les réformes législatives dans la région destinées à augmenter la rétention des primes dans la zone CIMA et à renforcer le capital social des assureurs pourraient contribuer à créer un marché plus robuste», étaye le document.

Abondant dans le même sens, Charlotte Vigier, analyste financière senior à A.M. Best a attiré l’attention sur la performance opérationnelle qui est restée bonne en bénéficiant de faibles niveaux de sinistralité. « La croissance connue par le marché des assurances CIMA n’a pas été au détriment de la profitabilité, la rentabilité opérationnelle étant soutenue par de solides résultats techniques et de bons et stables retours sur investissement », a-t-elle déclaré. Le rapport indique aussi que la demande en produits d’assurance progresse régulièrement dans la zone depuis quelques années, le volume des primes ayant plus que doublé entre 2006 et 2016.  Malheureusement, selon A.M. Best, cette performance cache un certain nombre d’insuffisances dans le milieu.

En effet, selon le Best’s Special Report, prenant en compte la conjoncture économique difficile et la poursuite des pressions tarifaires dans le secteur du pétrole et du gaz, le continent africain présente de «vastes disparités de croissances entre les différents pays». «La zone CIMA offre notamment une image contrastée par rapport au reste du sous-continent, des différences étant également évidentes entre ses membres», précise le rapport qui parle aussi d’un faible taux de pénétration. L’analyse indique qu’en 2016, la zone CIMA comptait 182 assureurs avec un marché de 1 103,1 milliards de Fcfa par primes brutes émises, soit 3% du volume généré par le continent. «Ceci s’est traduit par un taux de pénétration de l’assurance très faible de 1,1%, contre une moyenne mondiale de 6,3% en 2016», note le rapport.

Augmentation du volume des primes en 2018

Malgré les insuffisances relevées, l’agence A.M. Best a annoncé aussi de bonnes prévisions pour cette année. L’agence a notamment tablé une augmentation du volume des primes, sous l’effet de la reprise du segment non-vie alors que les conditions macroéconomiques dans la plupart des états membres s’améliorent. Selon le rapport, avec la prise de conscience progressive des populations de l’importance de l’assurance, les assureurs auront une forte demande dans le segment vie. Au même moment, assure A.M. Best, la rentabilité opérationnelle des assureurs directs portée par les tarifs et un environnement de sinistres stables, devrait rester à un bon niveau. L’agence annonce également qu’au cours de cette année, les assureurs de la zone CIMA profiteront de l’exigence d’augmenter le capital social minimum à 5 milliards de francs CFA pour les sociétés d’assurance anonymes d’ici 2021, afin d’avoir un bilan solide.

Il y a cependant des facteurs négatifs auxquels il faut faire attention. Ghislain Le Cam, directeur, pôle analytique à A.M. Best parle de risque pays. «Les assureurs et réassureurs locaux sont exposés à une conjoncture difficile sujette à l’instabilité. Les risques politiques et les troubles sociaux ont notamment le potentiel d’affecter rapidement et négativement la solidité financière d’une compagnie», a expliqué l’expert. Selon lui, les assureurs devraient améliorer la gestion des risques d’entreprise (ERM) et la gouvernance, deux points sur lesquels les assureurs de la zone CIMA sont souvent en retard. «Les changements réglementaires introduits devraient encourager les assureurs et réassureurs à renforcer leurs capacités techniques, ce qui devrait se traduire à long terme par une gestion améliorée des risques et des pratiques de gouvernance. Ceci pourrait être un élément de crédit positif», a ajouté Ghislain Le Cam.

Notons que la CIMA couvre 14 pays regroupant le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Guinée Bissau, la Guinée Equatoriale, le Mali, le Niger, la République Centrafricaine, le Sénégal, le Tchad et le Togo. Elle a été mise en place en 1992 et supervise les activités d’assurance et de réassurance dans ses pays membres.

Sylvain Vidzraku

afrique.latribune

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