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Cobalt, la peur de manquer

Cobalt, la peur de manquer

La question de son approvisionnement est au cœur des préoccupations des fabricants automobiles et de batteries rechargeables.

A l’origine du « dieselgate », Volkswagen a récemment choisi d’accélérer le développement de ses voitures électriques. Bien décidé à concurrencer Tesla sur le marché de la grande consommation, le constructeur allemand cherche à sécuriser son approvisionnement en cobalt, un matériau essentiel à la fabrication des batteries. Reuters a révélé fin septembre que le groupe avait demandé aux producteurs de cobalt de lui soumettre des propositions pour le fournir pendant dix ans à partir de 2019. Avec l’ambition de sortir jusqu’à 3 millions de véhicules propres d’ici à 2025, et à raison de 10 kilogrammes de cobalt en moyenne par batterie, Volkswagen aurait besoin de 30.000 tonnes par an, soit environ… 25% de la production mondiale actuelle.

L’approvisionnement en cobalt est à l’évidence et à raison, disent les analystes, au coeur des préoccupations des fabricants. D’abord parce, contrairement au lithium, l’offre mondiale est restreinte. « C’est même la seule des ressources nécessaires aux véhicules électriques qui fait face à des réserves limitées, prévient UBS. En outre, le cobalt est un sous-produit du cuivre et du nickel, il n’existe quasiment pas de mine de cobalt. Son extraction est assujettie par conséquent à celle de ces deux métaux.

Surtout, UBS pointe que l’offre de cobalt « dépend d’une source centre-africaine d’approvisionnement risquée : la République démocratique du Congo ». La RDC, pays dont la situation sécuritaire est jugée inquiétante et dont les infrastructures sont faibles, abrite 50% des réserves de la planète et produit aujourd’hui à elle seule plus de la moitié du cobalt utilisé dans le monde. « La domination de la RDC, avec ses risques opérationnels et politiques, élevés soumet l’offre mondiale à la volatilité, indique Citigroup. Les coupures de courant par le passé ont ralenti la production minière. »

Pour autant, avec la voiture électrique, BMI Research, une filiale de l’agence de notation Fitch, voit le pays d’Afrique centrale comme le marché minier à plus forte croissance dans les cinq ans à venir. Alors que le sourcing responsable est devenu un point essentiel pour les acheteurs de batteries, les investisseurs comme les régulateurs, les analystes ne manquent donc pas d’évoquer également les problèmes liés à l’environnement et surtout aux conditions de travail. En 2016, Amnesty avait dénoncé l’exploitation des enfants dans les mines de cobalt. Le gouvernement vient de s’engager à l’éliminer d’ici à 2025.

Muryel Jacque
lesechos

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