Accueil / Finances / COLLOQUE DE FINANCES PUBLIQUES : LES CONSTATS AMERS DU WALI DE Bank Al-Maghrib

COLLOQUE DE FINANCES PUBLIQUES : LES CONSTATS AMERS DU WALI DE Bank Al-Maghrib

COLLOQUE DE FINANCES PUBLIQUES : LES CONSTATS AMERS DU WALI DE Bank Al-Maghrib

La 10ième édition du Colloque international des finances publiques, sur « Pouvoirs politiques et finances publiques : quels enjeux au Maroc et en France ? », aura été marquée par le témoignage de M. Abdellatif Jouahri, Gouverneur de la Banque Centrale.
En effet, nonobstant son expérience des finances publiques qui profite d’abord à Bank Al-Maghrib, sa connaissance profonde de l’économie nationale et ses qualités d’analyste des grands équilibres, l’assistance choisie et très attentive s’est délectée des propos de l’homme.
Et même s’il est difficile de faire un compte-rendu exhaustif du témoignage de M. Abdellatif Jouahri, on ne peut résister à l’envie de partager quelques-uns de ses constats réalistes exprimés avec engagement, franchise et beaucoup de cœur pour notre pays.

Sur le sujet même du colloque, le Gouverneur de BAM a relevé que l’application totale de la loi organique de la loi de finance, LOLF, serait difficile à mettre en œuvre dans sa globalité, soulignant l’énormité de la tâche qui consiste à faire l’évaluation du patrimoine de l’Etat.
De même que M. Jouahri n’a pas manqué de remarquer que la décompensation était à ce jour inachevée du simple fait qu’il reste le gaz, le sucre et l’électricité en chantier, précisant au passage que celle du sucre a été suspendue et reportée au-delà des élections.
Pour le Wali de la Banque centrale, une vraie réforme des finances publiques ne peut se faire sans une analyse des dépenses publiques pour en apprécier l’efficacité, de même qu’une seconde sur les investissements publics afin d’en évaluer les rendements.

ICOR, l’indice d’efficacité de l’utilisation des investissements publics indique qu’au niveau mondial, ceux-ci sont plus efficaces, avec une baisse constatée de l’ICOR, lequel est passé de 6,7% en 2008-2010, à 5,53% en 2011-2013, démontrant que le pourcentage des investissements pour le développement sur le PIB s’améliore. Le Maroc, pourtant, est encore à la traine avec un indice de 7,7 % quand il est de 2,2% en Corée du Sud.
Sur la réforme des retraites, M. Jouahri a regretté que la bataille n’ait pas été menée jusqu’au bout et de façon définitive car elle ne concerne que les six prochaines années au-delà desquelles il faudra revenir sur ce sujet ô combien délicat !

Et quand le Gouverneur évoque la grande question de l’éducation nationale, c’est pour apporter la preuve que les abandons scolaires et les redoublements coûtent annuellement 9 milliards de dirhams au Budget de l’Etat !
C’est dire où en est l’efficacité de la dépense publique, soulignant que l’optimisation des ressources de l’État devient une urgence…

Il faut donc, affirme-t-il, une planification stratégique pour une meilleure évaluation de cette dépense publique.
L’autre défi qui interpelle M. Jouahri, porte sur la mise en œuvre de la régionalisation avancée. Il met en garde contre des dépenses qu’elle peut engendrer et le gouffre pour les finances publiques qu’elle peut entraîner. Et M. Jouahri d’interpeler l’assistance sur l’insuffisance des élites pour mener à bien cette réforme majeure matérialisée par la régionalisation avancée.
Enfin, le Gouverneur de Bank Al-Maghrib s’est appuyé sur une étude récente du cabinet Mc Kinsey portant sur l’intérêt d’une convergence entre l’Homme et la Femme, laquelle se traduirait par une démultiplication du PIB d’un pays.
Ce qui est loin d’être le cas du Maroc où, regrette-il, 75% des femmes en âge de travailler se trouvent hors du marché du travail…

Après ces constats aussi vrais qu’amers, M. Jouahri est revenu à son cœur d’activité pour annoncer que la Banque centrale prépare activement la transition vers plus de flexibilité du régime de change et le passage au ciblage de l’inflation, ce qui représente une grande avancée économique pour notre pays.
Et que préciser, en conclusion qu’il fallait, pour négocier ce tournant d’importance, préparer au mieux les opérateurs privés tout particulièrement car il s’agit « d’une réforme irréversible, en préparation depuis 2013 et qui doit être assurée de façon pérenne ».

 

 

Afifa Dassouli / lnt.ma

Aller en haut